mardi 17 avril 2012

D’une dictature à l’autre

Comme beaucoup de gens j’ai suivi « Des paroles et des actes » , cette émission télé parallèle à la campagne officielle, où chaque candidat à la présidentielle a eu pendant quinze minutes une nouvelle opportunité de mieux se faire connaître et de présenter son programme. On a plus particulièrement découvert ceux qu’on appelle les « petits candidats »  (Nathalie Arthaud, Jean-Claude Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou) et même si leur programme a été loin d’être convaincant, certains ont séduit par leur sympathie et leur sincérité – je pense tout spécialement à Philippe Poutou. On a pu constater que chaque candidat avait le souci du bonheur des français, sa part de vérité, dénonçait la dérive financière mais avait sa propre réponse. Dans ce domaine, c’est peut-être Nathalie Artaud qui a été la plus radicale pour ne pas dire agressive : elle a dénoncé la dictature des patrons et proposé la dictature du prolétariat.

Mais pourquoi faut-il passer d’un extrême à l’autre ? Pourquoi n’y aurait-il pas un juste milieu entre le pouvoir des patrons et le pouvoir des salariés ? Pourquoi faut-il qu’on soit systématiquement dans l’agression de l’autre ? Dans le bien ou le mal ? Pourquoi ne pas proposer un système économique où il y aurait égalité de pouvoir entre les salariés et les patrons ?

C’est ce que j’ai fait pendant plus de vingt ans dans mon entreprise. La pierre angulaire de cette égalité de pouvoir passait par l’élection du patron par une assemblée composée pour moitié de tous les salariés qui avaient chacun une voix et pour moitié des actionnaires qui avaient autant de voix que les salariés mais, à la différence des salariés, des voix proportionnelles à leur apport en capital http://refondationducapitalisme.blogspot.fr/2009/04/le-patron-note-et-elu-par-ses-salaries.html ; j’ai en effet voulu respecter la hiérarchie des actionnaires car je pense qu’une personne qui a 30% ou 40% du capital doit avoir un droit de regard plus important que celle qui en a 1%. Pour être élu, il fallait une majorité des ¾ des voix ce qui suppose l’adhésion des deux partenaires principaux de l’entreprise. Cette élection était assortie de procédures garantissant l’égalité de pouvoir entre les actionnaires et les salariés. Entre autres règles, je m’étais fixé celle de ne pas vendre plus de 10% de mes actions sans l’accord du personnel. Pour l’information du personnel, j’avais mis en place des conseils de gestion dans lesquels on pouvait débattre des résultats de l’entreprise, de son organisation, des investissements, des salaires… Chaque sujet débattu était suivi d’un vote mais seulement consultatif ; je n’étais pas obligé de tenir compte de ce vote. Tenant la légitimité de mon autorité d’un mandat donné par les deux partenaires de l’entreprise, entre autres, les salariés, éthiquement, cela ne me dérangeait pas ; de plus, cela me permettait d’avoir davantage de souplesse dans la gestion de l’entreprise.

Ce système ne peut être fiable que dans une moyenne ou grande entreprise puisque la pierre angulaire en est la remise en question du patron : difficile de remettre en question le patron d’une petite entreprise sans remettre en question l’entreprise elle-même. Par contre, on pourrait bien imaginer que dans une grande entreprise les actionnaires désignent le patron et que ce choix soit validé sous forme de référendum par tous les salariés. Peu importe la forme, l’important c’est une égalité de pouvoir entre les actionnaires et les salariés.

Dommage que personne n’en parle dans cette élection présidentielle ! On va d’un excès à l’autre : on passe de la dictature financière – que nous connaissons aujourd’hui - à la dictature salariale – solution totalement utopique ; on banalise la confrontation dans l’entreprise alors qu’on attend des hommes politiques les réponses pour que chacun soit mieux au travail  et grandisse en responsabilité et en dignité.




mardi 10 avril 2012

Sauve qui peut



«Sauve qui peut» c’est le titre de l’excellent reportage sur l’entreprise DESCAMPS diffusé le 03 avril sur France 2 http://www.pluzz.fr/sauve-qui-peut-2012-04-03-22h50.html.
Dans ce documentaire Clarisse FELETIN nous fait vivre l’agonie de la maison DESCAMPS qui a été le fleuron français de l’industrie textile et le dernier fabriquant des serviettes éponges en France.
On assiste au dépôt de bilan du 26 juin 2010 qui a été précédé de plans sociaux à répétition et de la fermeture de quatre usines du Groupe, toutes délocalisées en Asie. Au moment du dépôt de bilan, il reste 100 personnes inquiètes à l’usine de Régny dans la Loire.
Comme il se doit, c’est le Tribunal de Commerce – en l’occurrence celui de Paris – qui va statuer sur le sort de l’entreprise DESCAMPS et attendre des appels d’offres de reprise.

Trois offres paraissent sérieuses.

Un plan de continuation (le repreneur s’engage à payer tous les fournisseurs et souvent achète l’entreprise pour un euro symbolique).
Il est proposé par Matéo ZUCCHI, l’un des représentants de la dynastie italienne du même nom (leader européen du linge de maison), actionnaire de l’entreprise DESCAMPS. Ce plan de continuation verrait la venue d’un nouveau partenaire,  le Groupe « Astrance Capital » dont Pascal LAUFFER est Président et qui, dans un premier temps, limiterait les licenciements à 38 personnes.

Un plan de cession (le repreneur achète l’actif mais n’a plus à payer le passif et entre autres les fournisseurs).
Cette offre est faite par « Maison de la Literie » leader français du lit qui a un réseau très étoffé de magasins et dont le PDG Fondateur Pierre ELMALEK s’engage à garder tout le personnel et à développer l’activité.
Cette offre satisfait tellement les salariés de DESCAMPS qu’elle leur arrache un « trop beau pour être vrai » !

Un nouveau plan de cession, proposé par le Baron PETIET Président de « Krief  Group » qui a pour seul souci de profiter de la notoriété de la marque DESCAMPS et délocaliser la production en Chine pour en faire le leader mondial dans son domaine d’activité.

A ce moment du reportage on pense que tout est clair et que « Maison de la Literie » sera désignée par le Tribunal de Paris pour reprendre la Maison DESCAMPS. Mais la famille ZUCCHI ne veut pas en rester là et, à l’étonnement du Tribunal, des Avocats et de l’Administrateur judiciaire, nomme Pascal LAUFFER à la tête du Groupe DESCAMPS qui, de ce fait, devient juge et partie : il a en effet maintenant à la fois la « casquette » du Président DESCAMPS et  la « casquette » du Président « d’Astrance Capital » qui veut reprendre DESCAMPS ! On arrive à la situation paradoxale qu’il connaît toutes les offres faites par ses concurrents et leur fait même visiter l‘usine ! Malgré ce « coup fourré » les salariés restent confiants et pensent que le Tribunal va statuer en faveur de « Maison de la Literie ». Mais, coup de théâtre ! Le Tribunal apprend que le frère du Président de « Maison de la Literie » est juge au Tribunal de Paris mais pas dans la même Chambre et, ne voulant pas risquer la critique d’un soi-disant manquement à l’Ethique, préfère lâchement se dessaisir du dossier, à la grande déception des salariés de DESCAMPS. Deux mois après, le dossier DESCAMPS est repris par le Tribunal de Bobigny : retard fort préjudiciable à sa bonne gestion car, entre temps, le passif s’est aggravé. A la stupéfaction générale et au grand désarroi des salariés, « Astrance Capital » est désigné pour reprendre l’entreprise. Les salariés très mécontents font appel de la décision du Tribunal de Bobigny mais la Chambre d’appel confirme la décision.

Résultat : 23 licenciements immédiats et 6 mois plus tard mise au chômage des ouvriers restants. Le Groupe « Astrance Capital » ne respecte pas du tout ses engagements mais la justice ne peut rien faire. Le Groupe « Astrance Capital » et le Groupe ZUCCHI vont bien, leur cours en bourse a augmenté ! Le bonheur des uns fait le malheur des autres.

Quelle leçon tirer de cette lamentable affaire ?
Si les salariés de DESCAMPS avaient eu le droit de désigner leur patron, certainement que Pascal LAUFFER ne l’aurait pas été !
Si les salariés de DESCAMPS avaient eu le droit de veto pour s’opposer à la décision du Tribunal de Bobigny, « Maison de la Literie » aurait certainement été désignée.
Mais malgré cette évidence, les syndicats de tous bords… ne veulent pas entendre parler  de démocratie dans l’entreprise et d’égalité de pouvoir entre salariés et actionnaires sous prétexte de ne pas instaurer une collaboration malsaine avec les patrons ! Combien de leçons faudra-t-il pour qu’ils comprennent enfin que la démocratie dans l’entreprise est la meilleure réponse pour faire face au pouvoir financier ?





mercredi 4 avril 2012

Mes trois piliers

On me demande souvent comment m’est venue l’idée d’instaurer la démocratie dans l’entreprise. En fait elle repose sur trois « piliers ».

Un pilier très personnel, celui de mes valeurs.
Je suis croyant et j’ai l’intime conviction que chaque homme a une dimension sacrée, qu’il a un besoin aussi fondamental que celui de respirer et de se nourrir, c’est celui  d’aimer, d’être aimé et d’être respecté ; ce qu’on peut aussi appeler la dignité. J’ai aussi l’intime conviction que l’homme est le seul être vivant libre et qu’à la différence de l’animal il a la conscience. Dans le « contrat social », Jean-Jacques Rousseau dit que renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme. En terme de management, ce besoin de respect et de dignité se concrétise par le besoin de reconnaissance. Pour satisfaire ce besoin, on informe le salarié, on le responsabilise, on le rémunère et on l’implique dans les décisions qui le concernent. Si l’on va au bout de cette logique dans le respect de la dignité du salarié, il doit être impliqué directement ou indirectement dans la stratégie de l’entreprise et dans le choix de son patron et ne plus être considéré comme un sujet voire un pion ou un moyen.

Un deuxième pilier qui est d’ordre « politique » mais n’a aucune connotation politique au sens où j’ai toujours eu un attachement et un très grand respect pour le Général de Gaulle sans pour autant adhérer à tout ce qu’il a dit ou fait et encore moins à ceux qui se réclament de lui. En 1968, le Général De Gaulle a employé un mot très fort, celui de « participation ». A l’époque je n’étais pas encore patron mais j’ai compris que derrière cette idée il y avait quelque chose d’important qui allait au-delà de la simple participation financière comme beaucoup ont voulu le comprendre… Je me disais « si un jour j’ai la chance d’être patron, j’explorerai cette « troisième voie » entre le capitalisme et le communisme ».

Un troisième pilier qui est de l’ordre du bon sens.
Dans l’entreprise, il y a deux partenaires principaux : les actionnaires qui amènent du capital et les salariés qui amènent leur travail, leurs compétences et leur génie. Ces deux partenaires sont complémentaires et indissociables. Alors, pour qu’une équipe fonctionne bien et optimise les compétences de chacun dans n’importe quel domaine, il faut qu’il y ait une estime et un respect mutuels de chaque partenaire et une égalité de droits et de devoirs. Or, aujourd’hui, cet équilibre n’est pas respecté dans l’entreprise ; il y a un partenaire « actionnaires » qui a tous pouvoirs dans l’entreprise (investir, délocaliser, licencier, recruter…) et un autre « salariés » qui fait pourtant la richesse de l’entreprise et n’a aucun pouvoir hors mis celui du code du travail et le pouvoir de violence qu’est la grève. Créons donc les conditions pour que ces deux partenaires principaux soient à égalité de droits et de devoirs dans l’entreprise.

 

mardi 27 mars 2012

Pourquoi je vais voter Hollande

Plusieurs raisons m’amènent à voter Hollande le 22 avril prochain.

La première est l’alternance : même s’il y a eu la parenthèse Jospin, depuis 17 ans la droite est au pouvoir (deux mandats de Chirac et un de Sarkozy) et je pense que - quel que soit le pays – il est souhaitable et sain qu’il y ait une alternance à la direction des affaires. Il en va de  la bonne relation sociale qu’un camp ou l’autre  ne se sente pas frustré par la monopolisation du pouvoir. De plus, je crois aux sondages et, même si Hollande n’est pas mon candidat idéal, je pense qu’il est le seul à pouvoir battre Sarkozy ; je ne voudrais pas revivre un 21 avril avec Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon en deuxième position qui réélirait Sarkozy dans un fauteuil.

La deuxième est la déception: Nicolas Sarkozy avait le souci de refonder et moraliser le capitalisme et il na pas tenu sa promesse (cf. son discours du 28.01.10 à Davos cf. billet n° 39  de ce Blog le 03.02.10) : (…) « Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de nous demander par quoi nous allons remplacer le capitalisme mais de savoir quel capitalisme nous voulons. La crise que nous traversons n’est pas une crise du capitalisme. C’est une crise de la dénaturation du capitalisme. C’est une crise liée à la perte des valeurs et des repères qui ont toujours fondé le capitalisme (…) Le capitalisme purement financier est une dérive dont on a vu les risques qu’elle faisait courir à l’économie mondiale. Mais l’anticapitalisme est une impasse pire encore.
Nous ne sauverons le capitalisme qu’en le refondant, en le moralisant. Je sais que ce terme peut susciter beaucoup d’interrogations. De quoi avons-nous besoin au fond, sinon de règles, de principes, d’une gouvernance qui reflètent des valeurs partagées, une morale commune ? On ne peut pas gouverner le monde du XXIe siècle avec les règles et les principes du XXe siècle. On ne peut pas gouverner la mondialisation en tenant à l’écart la moitié de l’Humanité, sans l’Inde, l’Afrique, ou l’Amérique Latine… »
Depuis, sur son initiative, il y a eu cinq G20 ! A Washington, à Londres, à Pittsburgh, à Toronto, à Séoul et à Cannes. Que je sache, rien n’a changé….

La troisième ce sont les attaques personnelles : je pense que dans un débat politique digne de ce nom il ne doit pas y avoir d’attaques personnelles. Or Hollande est l’objet de ces attaques aussi bien de la part de son camp « capitaine de pédalo » (Mélenchon) que de l’opposition « on ne peut prétendre à la plus haute fonction lorsqu’on n’a pas été ministre » (Bernadette Chirac) pour ne citer que ces deux exemples. On lui fait un procès en incompétence comme il a d’ailleurs été fait à Ségolène Royal. Personnellement je préfère quelqu’un dans l’humilité que dans un orgueil démesuré.

La quatrième est le moindre mal : je ne me fais pas d’illusion. Un gouvernement de gauche n’aura pas les réponses aux problèmes sociaux que nous vivons et encore moins à la crise financière. Mais au moins  il a la volonté de changer les choses (il est contre le néo-libéralisme) et ses réponses seront meilleures sur le plan social que celles de ceux qui prônent le capitalisme pur et dur.

La cinquième est la valeur d’enseignement de l’échec : c’est par l’expérience voire l’échec de la gauche qu’on trouvera enfin les réponses à la refondation du capitalisme qui passe par la réforme de l’entreprise en faisant de chaque salarié un citoyen économique (cf. billet n° 1 de ce Blog le 23.04.09). On avait beaucoup d’espérance en François Mitterrand : il a déçu. François Hollande décevra aussi, ce que je ne souhaite pas. Mais c’est par ces échecs successifs de la gauche que nous trouverons enfin les vraies réponses.

mardi 20 mars 2012

La sagesse suisse

Ce dimanche 11 mars un évènement important s’est passé en Suisse mais qui n’a presque pas été repris par les médias français. Les Suisses, à 67%, ont voté contre un allongement des vacances de 2 semaines. Résultat déconcertant pour des français ! Que comprendre de cet événement ?

Premièrement, les Suisses ont vite saisi que ce qui leur était proposé ils allaient le payer soit par des cadences supérieures, soit par un allongement de la durée du travail ou, pire encore, au détriment de la compétitivité de leur entreprise, ce qui risquait  d’être un facteur de chômage.

Deuxièmement, les Suisses sont instruits de la logique économique et savent faire la part des choses.

Troisièmement, le citoyen suisse est considéré, comme un citoyen mature, responsable, qui a la possibilité de prendre des décisions en toute connaissance de cause.

Quatrièmement, les syndicats qui militaient pour ces deux semaines de congés supplémentaires ont été sévèrement désavoués et n’ont pas été représentatifs des attentes des salariés.

Le témoignage de Corinne, dans « Aujourd’hui en France » du 12 mars illustre tout à fait le résultat de cette votation sur les deux semaines de congé supplémentaires. « Corinne s’amuse des résultats du vote. Les Suisses ne veulent pas avoir 6 semaines de congé au lieu de 4 ? Rien d’étonnant pour cette frontalière qui travaille dans une agence de voyage à Genève. ‘Il n’y a pas eu de débat avec mes collègues, raconte-t-elle. Beaucoup de Suisses avaient peur de le payer d’une manière ou d’une autre. Et cela aurait été trop lourd pour eux’. Avec 42,5h de travail hebdomadaire, les Helvètes ont des semaines bien chargées. Du coup ‘beaucoup se sont dit que, si l’on donnait une ou deux semaines de vacances de plus, ils devraient sûrement faire plus d’heures’ argumente-t-elle. Et puis, ‘il y a aussi la compétitivité : capitale pour les Suisses. Si on leur octroie plus de congés, l’entreprise sera-t-elle encore viable ?’. Corinne avoue qu’elle se serait posé les mêmes questions si elle avait pu voter ».

Une fois de plus, la démonstration a été encore faite que si l’on considère l’homme comme un citoyen responsable, si l’on a le souci de l’informer, de faire preuve d’un minimum de pédagogie et d’un maximum de respect et d’humilité, si on lui fait confiance, les murs et les obstacles à la bonne entente entre les hommes et à la paix peuvent être facilement supprimés. Et ce qui est valable pour la Suisse l’est aussi pour la France en général et pour les entreprises en particulier. Mais pour cela, il faut mettre fin à la lutte des classes – qui subsiste toujours chez nous, qu’on le veuille ou non - dans laquelle chacun campe sur ses positions, est tour à tour agressé ou agresseur. Pas plus que les Suisses les Français ne veulent détruire leur entreprise, ou « bouffer » du patron. Comme les Suisses, ils sont capables de comprendre la logique économique mais ils ont besoin d’être considérés et reconnus ; c’est par la démocratie dans l’entreprise que nous arriverons à plus de dignité pour chacun.

mardi 13 mars 2012

Délinquance : la lettre et l’esprit



La montée de la délinquance est un véritable sujet de société. Augmentation de 5% de la petite délinquance (vol à la tire, vol à l’étalage, coups et blessures, etc.) sans compter toutes les victimes qui ne se donnent même pas la peine de faire une déclaration à la police sachant que les chances de retrouver leurs agresseurs sont nulles. Pour cette délinquance on trouve chaque jour des parades, à commencer par notre ministre de l’intérieur, Monsieur Guéant. Il en va de la qualité de notre vie et de la sécurité de nos concitoyens.

Mais il y a une autre délinquance qui ne dit pas son nom parce qu’elle ne constitue pas une entorse à la loi et qui est pourtant beaucoup plus grave : c’est l’exil fiscal. A la veille de cette élection présidentielle, on  assiste à une vague sans précédent de gens qui veulent quitter la France – patrons, sportifs, artistes... – pour protéger leur patrimoine et payer moins d’impôts. Non seulement cet exil est préjudiciable financièrement pour la France mais il nous prive de talents. Maurice Lévy, le président de l’association française des entreprises privées et de Publicis, a déclaré récemment « ce n’est pas tant l’exil des riches que je redoute,  c’est le départ des talents français porteurs d’avenir ».
Les agences immobilières et fiscales sont débordées de demandes en Suisse comme en Belgique. Si l‘on en croit l’article de Boris Cassel dans le quotidien « Aujourd’hui  en France » du 05.03.12, « après la Belgique, la Suisse est la deuxième destination la plus prisée des riches contribuables français décidant de s’exiler pour des raisons fiscales. Surtout les cantons francophones de Genève et de Vaud. ‘Il y a une forte demande actuellement confirme Philippe Kenel, célèbre avocat fiscaliste installé dans la capitale helvète ; habituellement je défiscalise en Suisse entre 20 et 30 personnes par an dont la moitié est originaire de France. Depuis le début du mois de janvier, j’ai eu une quinzaine de demandes de la part de contribuables français’. La plupart du temps, il s’agit de patrons d’entreprises. A chaque fois, leur motivation tient en trois mots : payer moins d’impôts (…) Les déclarations de François Hollande (prévoyant une tranche à 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros) ont eu un effet déclencheur. »
On est en droit de s’ étonner que nos hommes politiques ne cherchent pas de parades juridiques ou fiscales à cette évasion de nos capitaux et de nos talents. Et que non seulement ils ne cherchent pas de parades mais semblent cautionner cette logique de gain prévalant sur la logique de solidarité. Personne ne trouve rien à redire au fait que le chef de l’Etat ait demandé à un artiste ô combien célèbre de représenter la France en Chine alors que celui-ci réside en Suisse pour payer moins d’impôts…Pire encore, la seule parade que trouvent nos hommes politiques pour dissuader ces privilégiés de partir à l’étranger ce sont des cadeaux fiscaux (bouclier fiscal et autres…) qui ne font qu’aggraver l’écart entre les plus riches et les pauvres.

Quand comprendrons-nous que cette délinquance qui ne dit pas son nom et a des conséquences graves sur la marche de notre pays doit être combattue au même titre que celle liée aux entorses à la loi ?

mardi 6 mars 2012

La vraie fausse idée de François Hollande



Depuis 2002, 750 000 emplois industriels ont disparu, soit 1 emploi sur 6. Sur ces trois dernières années, près de 900 usines ont fermé et quelque
100 000 emplois ont été détruits en France. Et 2012 ne s’annonce pas mieux.

Pour lutter contre cette désindustrialisation François Hollande a eu l’idée de déposer un projet de loi qui obligerait les entreprises concernées par la fermeture d’un site à en informer le tribunal de commerce qui mandaterait une personne pour rechercher des offres de reprises en lien avec l’entreprise cédante. Si l’entreprise refusait ces offres le tribunal pourrait imposer un plan de cession pour la reprise du site en question. Cette idée, François Hollande l’a proposée aux syndicalistes des hauts fourneaux de Lorraine devant l’usine bloquée d’ArcelorMittal à Florange.

Cette proposition part d’une bonne intention mais ne serait qu’une loi de plus pour mettre la pression sur les entreprises. Et même si toutes ces lois – sur le temps de travail, les salaires, les conditions de travail et maintenant les reprises d’entreprises – ont pour but de protéger les salariés contre des abus, cela ne doit pas nous empêcher de comprendre que la meilleure façon de les protéger serait peut-être de leur donner plus de pouvoir. Déjà celui de participer à l’élection de leur patron, et puis d’un droit de veto pour les investissements, les délocalisations, les licenciements… Cela ne serait-il pas plus efficace pour la défense et la dignité de ces salariés ? Sachons desserrer l’étau extérieur de plus en plus contraignant pour l’entreprise et frein pour son développement. Laissons cette entreprise respirer !
                     
Le seul véritable pouvoir qu’ont les salariés est un droit de violence : le droit de grève. Ils sont pourtant les mieux placés et les premiers concernés pour donner leur avis sur la stratégie de l’entreprise ; même s’il y a parmi eux des éléments toujours négatifs qui s’opposeront systématiquement à tout changement, faisons le pari que la majorité des salariés sont des gens raisonnables qui peuvent comprendre que la compétition existe, que le monde évolue, que la technologie évolue, que les besoins et attentes des personnes évoluent et font que l’entreprise est appelée elle aussi à évoluer : on n’est plus au temps des diligences ! C’est tout simplement faire confiance et croire en l’Homme, pierre angulaire de la démocratie.
Certains esprits chagrins pensent que ce pouvoir donné aux salariés peut être un frein à la bonne réussite et au développement d’une entreprise… Mais qu’est-ce que la réussite si elle passe par de mauvaises conditions de travail, des délocalisations et des licenciement brutaux ? Ce que l’on perdra en terme d’efficacité financière on le gagnera en terme de qualité de vie, de travail et de  dignité de l’homme. L’enjeu n’est-il pas en effet de mettre l’entreprise au service de l’homme et non l’homme au service de l’entreprise ?

lundi 27 février 2012

Une bonne idée du candidat Nicolas Sarkozy



Dans cette campagne électorale pour la présidentielle, depuis que Nicolas Sarkozy s’est officiellement déclaré comme candidat, chaque jour on a droit à de nouvelles propositions : référendum sur le chômage, dose de proportionnelle dans les élections législatives, augmentation de 1000 € par an pour 7 millions de français, suppression des retraites chapeau et des parachutes dorés…  Parmi ces propositions - toutes fort intéressantes même si elles suscitent débat et controverse – Nicolas Sarkozy a proposé, pour mettre fin à l’escalade indécente des rémunérations des grands patrons, que celles-ci soient votées à l’assemblée générale des actionnaires comme c’est déjà le cas en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ; quand on sait que les salaires des patrons du CAC 40 ont augmenté de 34% ces dernières années et qu’ils tournent autour de 1 à 10 M€ par an, cette proposition originale ne peut avoir qu’un accueil favorable de toutes parts.

Mais pourquoi limiter ce contrôle uniquement aux actionnaires ? Pourquoi ne pas l’étendre aux salariés ou à leurs représentants ? N’est-ce pas de la discrimination sociale ?
Est-ce lié à leur statut de salarié ? Dans ce cas-là les salariés qui sont aussi actionnaires dans leur entreprise (le cas de Bouygues ou Auchan entre autres) n’auraient pas le droit de vote sous prétexte qu’ils sont salariés.
Est-ce parce que les salariés seraient moins responsables, moins compétents ? Pourtant ce sont les mêmes qui sont appelés à voter pour choisir leur Président.
Est-ce parce que les salariés seraient partisans dans leurs avis et pas objectifs dans leurs choix ? Détrompons-nous ! Les salariés savent qu’il y a aussi un marché du travail pour les patrons et que s’ils veulent avoir le meilleur ils doivent s’en donner les moyens. Tout le monde le comprend dans le sport par exemple pour les équipes de foot ou de rugby.
Est-ce parce que les actionnaires sont seuls à risquer leur capital ? Mais les salariés risquent beaucoup plus ! Leur emploi ! Et en cas de crise ils sont malheureusement en première ligne.

En fait, le seul frein à ce que les salariés aient leur mot à dire pour la rémunération de leur patron, ce sont nos a priori. Quand comprendrons-nous que le monde a évolué et que le temps des esclaves et des sujets est fini. Les salariés sont à même de comprendre et de donner leur avis sur la rémunération de leur patron ; ce serait la première étape, la première marche, pour l’élection du patron conjointement par les salariés et par les actionnaires dans les entreprises (cf. billet n°1 de ce Blog ).

vendredi 24 février 2012

Du rififi chez Veolia


Dans cette campagne présidentielle les changements économiques prennent tout de suite une dimension politique et prêtent à polémique. On a pu le voir avec les entreprises Lejaby et Photowatt, on le vit maintenant avec l’entreprise Arcelor Mittal sur le site de Gandrange.

Mais ce qui fait aujourd’hui la une des journaux serait l’éventuelle nomination de l’ancien ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, à la tête du Groupe Veolia en échange de sa renonciation à  sa candidature à l’élection présidentielle et de son ralliement à Nicolas Sarkozy. C’est ce que disent les adversaires du Président sortant ; mais rien n’est prouvé en la matière…

Ce qui est plus inquiétant, ce sont les manœuvres de Henri Proglio PDG d’EDF et ancien PDG de Veolia, pour « débarquer » Antoine Frérot l’actuel PDG de Veolia sous prétexte de sa gestion catastrophique et de la perte de quelques 400 M d’€  en 2011 (cf. Le Monde 21.02.12). Pour la destitution d’Antoine Frérot Henri Proglio, administrateur dans la Société Veolia, n’a pas hésité à agir en coulisses pour convaincre plusieurs de ses collègues administrateurs – et pas des moindres : Costa de Beauregard qui représente la famille Dassault, Philippe Kourilsky professeur au Collège de France, Serge Michel patron de la société de conseil Soficot, Louis Schweitzer ex PDG de Renault - pour les persuader de faire ce « coup d’état » à la tête de Veolia. Il n’en est pas à son coup d’essai : Anne Lauvergeon ex PDG d’ Areva en a fait les frais.

Sans entrer dans les dessous de cette affaire, quel est le mobile réel d’ Henri Proglio ? En quoi Nicolas Sarkozy  a-t-il suggéré voire influencé cette promotion de Jean-Louis Borloo ? On ne le saura certainement jamais !

Ce qui est étonnant c’est que dans une entreprise comme Veolia qui emploie plus  300 000 collaborateurs à travers le monde dont 100 000 en France, seulement quelques personnes mandatées uniquement par les actionnaires puissent décider quel sera le nouveau patron sans demander l’avis des collaborateurs qui sont pourtant les premiers concernés par ce changement.

Dans cette campagne électorale, de l’extrême droite à l’extrême gauche, on n’entend personne s’élever contre le fait que quelques hommes puissent décider du sort de Veolia. Pourtant, il serait de l’intérêt des salariés de Veolia et des actionnaires que chaque prétendant puisse exposer son programme et faire preuve de pédagogie pour expliquer les enjeux de Veolia. Cela s’appelle tout simplement de la démocratie (cf. billet n°1 de ce blog). Chaque jour des gens meurent pour le droit de vote ! Quand comprendrons-nous que le salarié est aussi citoyen économique et que dans son entreprise il ne doit pas être considéré seulement comme un sujet mais comme un acteur à part entière ?

mercredi 15 février 2012

Haro sur Renault


La classe politique est unanime, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Nicolas Sarkozy, on a trouvé les responsables de tous nos maux : chômage, délocalisations, bas salaires…. C’est la faute aux pays en voie de développement (PVD)et à fortiori des pays dits pauvres où des gens acceptent de travailler pour 2 € par jour plutôt que de mourir de faim.
On a pu le mesurer à l’occasion de l’inauguration de l’usine Renault à Melloussa près du port de Tanger au Maroc, cette usine qui va créer 6 000 emplois et 30 000 chez les sous-traitants et dont l’objection est de produire de 150 à 170 000 mono-space low-cost Lodgy et le double dès 2013 avec l’installation d’une deuxième chaîne de montage.
Les réactions ont été très vives : Christian Estrosi député UMP des Alpes-Maritimes et ancien ministre de l’industrie « je suis scandalisé ; cette affaire est une provocation » ; Gérard Larcher ancien président du sénat a rappelé à Carlos Ghosn sa responsabilité sociétale ; Bruno Le Roux, porte parole du PS, a pointé la défaillance dans ce dossier de l’Etat actionnaire à 15% de Renault ; plus virulent, Arnaud Montebourg a fustigé une « prime à la casse de l’industrie française » ; les syndicats ne sont pas en reste : Fabien Gache délégué CGT de Renault dénonce un moyen de pression considérable sur les salariés français. Le Maroc et tous les PVD sont unanimement accusés de faire du dumping social. Mais à bien y réfléchir, ne faisons-nous pas aussi du dumping technologique ? Sous prétexte de maîtriser la science et la technologie n’imposons-nous pas aux pays pauvres notre dictat économique ? Le jeu est inégal : d’un côté les PVD n’ont pour argument que leurs salaires de misères et de l’autre les entreprises qui maîtrisent  les technologies de pointe. C’est Pascal Lamy, Directeur Général de l’OMC, qui a dit que « le colonialisme n’est pas terminé, il est maintenant sous d’autres formes ».

Quand comprendrons-nous qu’il est de notre intérêt de donner du travail à ces pays pauvres ? Il en va de notre dignité et de leur dignité et de la Paix dans le monde. Le terreau du terrorisme, c’est la pauvreté. Au risque de provoquer je dis tant mieux si Renault a permis de créer plus de 30 000 emplois au Maroc ; cela est préférable à une vague d’immigration que nous sommes incapables de gérer. Et je trouverais tout à fait normal que Michelin par exemple ait un site de fabrication de pneumatiques en Afrique d’où il tire l’essentiel de sa matière première : le caoutchouc.

Et si le remède à nos maux (chômage, délocalisations, bas salaires…) était un partage plus équitable des richesses ? Il y aurait largement de quoi indemniser les 4 millions de chômeurs que compte la  France. Ce n’est malheureusement pas dans ce sens que nous allons puisque Nicolas Sarkozy nous promet un référendum pour revoir les modalités d’indemnisation des chômeurs qui sont à son avis trop laxistes…


Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...