vendredi 26 juin 2009

La Pub : un outil à utiliser avec modération



La pub est emblématique et indissociable du système économique libéral ; elle est le meilleur et le pire. Elle permet d’informer, elle permet de promouvoir un produit, un service, elle permet d’abaisser les prix de revient en favorisant la consommation de masse ; enfin, elle participe à la qualité de notre vie ; peut-on imaginer une ville sans pub ? Aurions-nous accès à toutes ces manifestations sportives ou artistiques sans le sponsoring de la pub ? Même les plus « intégristes » qui sont contre la pub, savent avoir recours à elle pour faire passer leurs idées et informer sur leur action ! Donc, pas question de revenir sur la pub : elle a depuis longtemps prouvé son utilité et ses bienfaits.

Mais, utilisée sans modération, la pub peut devenir le pire.
La pub devient le pire en créant des besoins inutiles et en favorisant la surconsommation : si tout le monde vivait comme les américains, il faudrait que la planète soit huit fois plus grande et si tout le monde vivait comme les européens, il faudrait qu’elle soit cinq fois plus grande ; n’y a-t-il pas un paradoxe chez ceux qui à la fois se veulent défenseurs de l’environnement et adhèrent à un système qui favorise la consommation ? Aujourd’hui, ne faudrait-il pas avoir le courage de parler de décroissance ou de croissance durable ?
La pub devient le pire lorsqu’elle renchérit inutilement les coûts : le budget publicité pour une lessive, pour un médicament ou pour un parfum… peut représenter jusqu’à 50% du coût d’un produit.
La pub peut être néfaste lorsqu’elle développe nos instincts les plus primaires : il suffit de voir la publicité sur le café qui fait appel essentiellement à l’émotion empreinte de sensualité…
La pub est aussi le pire lorsqu’elle prend une place trop importante dans notre vie au quotidien : on a récemment autorisé TF1 a augmenter ses pages de pub ; aux Etats-Unis, il est courant qu’un film soit coupé trois ou quatre fois par la pub.
La pub est polluante lorsqu’il y a inflation de panneaux dans un paysage.
Elle est aussi envahissante dans les media : certains journaux lui consacrent la moitié de leurs pages.
La pub est le pire parce qu’elle favorise l’hégémonie du plus fort : seul les « gros » peuvent avoir accès à la pub ; et dans cette logique du plus fort, ils peuvent imposer leurs produits et leurs services même s’ils ne sont pas toujours les meilleurs…
Enfin la pub est le pire parce que son moteur est la manipulation via la mode qui devient une tyrannie ; et même si beaucoup de lois luttent contre la publicité mensongère les publicitaires sont suffisamment malins et subtiles pour les contourner…

Certains diront quand-même que, grâce à la publicité, des millions de personnes ont un emploi ; c’est vrai ! Mais sont-ils pour autant productifs ? Pour l’entreprise qui les emploie, cela ne fait aucun doute ; mais sont-ils productifs pour notre Société ? Et là, je voudrais faire un parallèle : on peut créer des millions d’emplois avec de nouveaux fonctionnaires mais cela favorisera-t-il pour autant l’enrichissement de l’Etat ?
On a récemment permis des pages de pub télévisées pour la grande distribution : en quoi cela est-il utile pour notre Société ? Par contre, cela est fort utile pour chaque enseigne. Et si tous ces budgets consacrés à la pub l’étaient à la Recherche, à l’Education, à l’amélioration des conditions de travail, à l’abaissement des coûts de revient, à la protection de l’environnement…ne serions-nous pas davantage dans l’intérêt général que dans l’intérêt particulier ? Sans parler du potentiel d’emplois nouveaux que cela génèrerait !

Alors, puisque le thème de ce blog est la refondation du capitalisme, il n’y a rien de déplacé à faire des propositions pour un mode de publicité utile et dans l’intérêt général.
Pourquoi ne pas interdire la publicité sur les produits alimentaires (sauf sur le point de vente bien entendu !) ? Imagine-ton les sommes colossales qui pourraient être économisées et utilisées à des fins plus utiles ? Ne pourrait-on pas imaginer de limiter en pourcentage le budget attribué à la pub en fonction des secteurs d’activité ? Cela peut paraître utopique mais la pub sur le tabac et l’alcool a bien été interdite… même si elle est souvent contournée, la loi n’étant pas assez sévère.
En Suède, la publicité destinée aux produits pour les enfants est prohibée.

Voilà des pistes intéressantes pour la refondation du capitalisme ! mais elle vont à l’encontre des intérêts égoïstes de tous ceux qui sont aux commandes des manettes des affaires …et de la pub.


mardi 9 juin 2009

La société de consommation : piège à guêpes


En vacances, j’ai souvent l’occasion de voir fonctionner un piège à guêpes.
Cet instrument se présente comme un bocal suspendu à l’envers dont l’orifice a une forme d’entonnoir évasé. Les guêpes rentrent attirées par l’appât (qui peut être de la viande ou un produit sucré) et une fois à l’intérieur, il leur est impossible de retrouver la sortie. Prisonnières, elles sont amassées les unes sur les autres et se battent jusqu’à en mourir pour manger l’appât. Alors qu’en fait, elles étaient entièrement libres avant d’entrer dans ce piège ; la nature leur offrait tout ce dont elles avaient besoin ; mais guidées par leur avidité elles se sont laissé prendre au piège.
Je trouve qu’un piège à guêpes est tout à fait symbolique de notre société.
Le piège, c’est notre société de consommation, l’appât ce sont les offres permanentes pour plus de sécurité, de gain, de confort, de loisirs… avec tout ce que cela véhicule de valeurs superficielles : la réussite matérielle, la mode, l’apparence…
Les abeilles, c’est nous, prisonniers que nous sommes de notre besoin d’avoir, de pouvoir, de gagner, de paraître, en un mot de notre égoïsme. A partir de là, pas plus que les abeilles, nous ne trouvons la sortie ! Qui acceptera de réduire son niveau de vie pour plus de solidarité ? Qui acceptera de limiter ses déplacements (voiture, avion…) pour diminuer la pollution ? Qui acceptera de payer plus d’impôts pour aider les pays pauvres ? Qui ne succombera pas au charme de la mode ? Qui acceptera de remettre en question notre société de consommation qui répond à notre besoin d’avoir ? Par notre aveuglement nous sommes les propres artisans de notre piège. Alors que nous avons tout pour être heureux : la famille, les amis, la nature, les progrès de la science et en particulier de la médecine…
Les hommes politiques ont bien compris notre incapacité à vivre autre chose et leurs messages sont essentiellement basés sur le croissance, le plein emploi, la protection. Le piège est bien ficelé et entretenu en permanence par la publicité et la plupart des médias.
Une minorité cependant a conscience de ce piège ; on les appelle les « gauchistes », les alter mondialistes… Mais leur réponse est souvent sectaire, extrémiste et partisane …
Alors faut-il en déduire que nous sommes dans une société décadente comme l’ont été en leur temps les égyptiens, les grecs, les romains ? Dans les moments de pessimisme, je ne suis pas loin de le penser…

jeudi 4 juin 2009

Gouvernance d'entreprise ou imposture ?


Gouvernance d’entreprise ou imposture ?

La Gouvernance d’entreprise a un lien direct avec la RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) qui découle elle-même de la philosophie du Développement Durable (la RSE a été a l’ordre du jour du sommet de la Terre à Johannesburg en 2002).
La Gouvernance d’entreprise est la prise en compte par la direction dans ses décisions de sa responsabilité sociétale et par là-même de ses devoirs vis à vis de toutes les parties prenantes de l’entreprise (cf. schéma).
Cette nouvelle forme de gestion serait plutôt sympa si elle n’était pas entachée d’imposture.
Pour mieux comprendre imaginons qu’à la finale de la dernière coupe du monde de rugby entre l’Angleterre et l’Afrique du Sud, au dernier moment, l’ arbitre ait un accident. Impossible de trouver un arbitre et pourtant il faut faire jouer cette finale ! Quelqu’un a une idée géniale : pas de problème : il y a des gens qui connaissent parfaitement les règles du jeu, ce sont les joueurs ! Prenons un joueur remplaçant, anglais ou africain, pour faire l’arbitre ! Cela sera-t-il possible ? Bien sûr que non ! Pourquoi ? Parce qu’il ne pourra pas être impartial ou alors il lui faudra faire preuve de beaucoup d’éthique !
C’est pourtant une anomalie que nous vivons couramment dans l’entreprise dont une partie prenante est à la fois juge et partie ; je veux parler des actionnaires auxquels la direction est totalement soumise et qui défendent avant tout leurs intérêts… Ne cherchons pas plus loin les causes des bonus faramineux, des licenciements et délocalisations abusifs….
Créons donc les conditions pour que la direction d’une entreprise reflète un juste équilibre entre le rapport des forces de toutes les parties prenantes.
L’élection du PDG par les salariés et les actionnaires n’est-elle pas une excellente réponse ? Un patron qui devrait rendre des comptes à ses salariés n’aurait-il pas du mal a justifier des rémunérations exorbitantes ou des prises de décisions uniquement dans l’intérêt des actionnaires… ?
Klaus Schwab, fondateur et président du forum de Davos, ne dit-il pas dans le Figaro du 13 novembre 08 la même chose à travers cette réflexion que lui inspire la crise actuelle « j’espère que l’adoption volontaire d’une philosophie des affaires basée sur le principe à long terme du stakeholder (partie prenante) plutôt que sur le principe unilatéral et orienté à court terme du shareholder (actionnaire) sera un des résultats positifs de cette crise » ?

mercredi 27 mai 2009

Erreur sur la finalité de l’entreprise

Nous sommes tous concernés par l’entreprise comme client, comme salarié, comme actionnaire... Cette structure omniprésente dans l’organisation de notre société est souvent méconnue. Rarement nous avons l’occasion de nous demander « à quoi sert l’entreprise, quelle est sa finalité ? ». Lorsque nous nous posons cette question la réponse est immédiate : la finalité de l’entreprise, c’est de gagner de l’argent ! Cette mentalisation a certainement une grande part dans les dysfonctionnements de notre société : la fracture sociale, l’exclusion, le fossé Nord-Sud, le réchauffement de la Planète, l’éradication des espèces…
Pourquoi ? Quel est le rapport entre cette mentalisation et les dysfonctionnements ? Je répondrai à cette question par une autre question : une personne mange-telle la même chose si elle vit pour manger ou si elle mange pour vivre ? Certainement non ! Parce que la finalité n’est pas la même. La destination de nos vacances sera-t-elle identique selon que notre but est de faire du sport, de découvrir des pays ou de nous reposer ?
A travers ces deux exemples nous voyons bien que la façon de renseigner notre cerveau influence notre fonctionnement. Et un chef d’entreprise n’aura pas le même management si dans son esprit la finalité de l’entreprise est financière ou sociétale : dans le premier cas il privilégiera la rentabilité faisant de l’homme un moyen et dans le deuxième cas il privilégiera le sociétal faisant de l’homme une fin en soi et de l’argent seulement un moyen : l’homme n’est pas fait pour l’entreprise, c’est l’entreprise qui est faite pour l’homme !
Pour mieux comprendre, prenons un peu de recul : quelles sont les vocations de l’entreprise ?
Répondre aux attentes et aux besoins de ses clients, fédérer des hommes, optimiser des compétences, innover, créer des richesses (dividendes, salaires, impôts…), participer à la bonne organisation de la société : dans ces vocations je ne vois aucune finalité financière !
Alors, pourquoi cette fausse perception ?
J’ai mon idée. N’y aurait-il pas confusion entre les motivations que l’on a pour créer une entreprise et celles que l’on devrait avoir pour la gérer ? Lorsque j’ai créé l’entreprise Benoit ma motivation était bassement matérielle (me verser un salaire, me constituer un capital …) mais lorsque j’ai été patron j’ai essayé - sans toujours y parvenir - d’oublier ces deux « casquettes » et de me rappeler que j’avais une responsabilité vis à vis de toutes les parties prenantes de l’entreprise – à commencer par les salariés - sans privilégier mes intérêts personnels.
Mais comme dans toutes les Ecoles de Commerce et d’Ingénieurs – et je suis bien placé pour le savoir – les futurs dirigeants sont « formatés » dans l’idée que la finalité d’une entreprise est avant tout financière, ne nous étonnons pas des dérapages du système : bonus faramineux, entorses au respect de l’environnement, licenciements et délocalisations abusifs, écarts de salaires grandissants, pauvreté, exclusion, discrimination…
Je conclurai par ce commentaire de Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial de Davos « ce dont nous avons besoin pour l’avenir, c’est d’une philosophie de management basée sur une éthique professionnelle et non sur la recherche du profit maximum » (cf. Figaro du 13.11.08).
Une partie de la réponse est dans un enseignement différent du management.

vendredi 1 mai 2009

Le capitalisme, un bon système à faire évoluer

La crise financière que nous vivons depuis quelques mois a mis en avant les failles, voire les dérapages du capitalisme sur lequel elle ouvre un débat ; certains parlent de le refonder, d’autres de le moraliser… Ce n’est pas par hasard si les grands de ce monde ont cru utile de se réunir pour en discuter (cf. le G20 de Washington et de Londres). En France, un nouveau parti a été créé, le nouveau parti anti-capitaliste (NPA). Nous sommes entrés dans une période de doutes. Certains ne voient dans cette crise qu’une péripétie ; d’autres en profitent pour remettre carrément le système en jeu. Il faut dire que bien que le bilan du capitalisme soit globalement positif, il fait apparaître des failles importantes ; en France, la fracture sociale s’aggrave (7 millions de français - soit 14% - sont sous le seuil de la pauvreté alors que de plus en plus de personnes sont imposées sur la fortune ; au niveau de la planète, le fossé Nord/Sud se creuse : la moitié de la population vit avec deux dollars par jour ; 960 millions de personnes sont victimes de malnutrition (en augmentation de 40 millions par rapport à 2007 !). 20% de la population de la planète consomment 86% de ses richesses et les 20% les plus pauvres consomment 1% des ressources ; le réchauffement de la Terre est devenu une réalité dû en grande partie au sur développement de la consommation et au gaspillage ; si tout le monde vivait comme les américains, il faudrait que la planète soit huit fois plus grande ; si tout le monde vivait comme les européens, il faudrait qu’elle soit cinq fois plus grande. Dans les entreprises, les bonus faramineux et les écarts de salaires qui s’amplifient (de 1 à 20 à de 1 à 200) posent des questions éthiques sur la logique du capitalisme.

Alors, faut-il pour autant rejeter le système capitaliste qu’on appelle aussi économie de marché ou libéralisme ? On a expérimenté le communisme et on a vite compris que ce n’était pas la solution ; les Chinois eux-même se sont rendus aux vertus du capitalisme. Ce n’est pas par hasard si les gouvernements – de droite comme de gauche – ont privatisé des entreprises publiques pour les rendre plus performantes. A l’évidence, le système capitaliste a des avantages. Pourquoi ? Tout simplement parce que ses fondements sont la compétition et la concurrence et que la compétition et la concurrence font que, à tous les niveaux – du simple ouvrier au chef d’entreprise – chacun d’entre nous donne le meilleur de lui-même et participe ainsi au progrès. Qui plus est, les valeurs du système capitaliste que sont la propriété et le profit sont des moteurs très forts pour la nature humaine – ce qui n’est d’ailleurs pas le côté le plus flatteur de l’homme. Alors pourquoi se priver de cette énergie ? Ne vaut-il pas mieux la canaliser ? C’est en ce sens que je dis de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Qu’on le veuille ou non, tout un chacun alimente cette compétition ; on privilégiera un produit qui répond à nos attentes, nos goûts, notre budget et qui soit de qualité ; on n’a pas de scrupules à aller sur Internet pour trouver le service ou le produit le moins cher. Et lorsqu’on parle d’économie sociale comme réponse (scops, commerce équitable, etc.) on en mesure très rapidement les limites… Même si la Société Renault était une Scop, en cette période de crise elle aurait dû avoir recours au chômage technique et à des réductions d’horaires et le problème du chômage se poserait avec la même acuité ! Pour ce qui est du commerce équitable, imaginons que demain deux ou trois labels concurrents de Max Haavelar voient le jour : quels seraient nos critères de choix ? Le prix, la qualité, le service ! Qu’on le veuille ou non, on revient à la compétition ! Elle est inscrite au plus profond de la nature humaine ; c’est notre égoïsme. L’égoïsme serait-il le fond de commerce du capitalisme ?

Alors, où sont les solutions ? Je vois deux issues possibles : législative et éthique. De nouvelles lois peuvent changer les structures et par là-même les mentalités (par exemple mise en place de la démocratie dans l’entreprise), de nouvelles normes de commerce international sont à instaurer (est-il normal que les pays riches pillent sans scrupule les ressources naturelles des pays pauvres ?) ; l’objet de ce blog est justement une invitation à donner des idées pour un capitalisme plus humain.
La pleine prise en compte par tous les managers de leurs responsabilités éthiques passera par l’instauration de cours d’éthique dans les Ecoles et surtout les Ecoles de Commerce. L’enjeu est de passer d’une société où l’homme est au service de la compétition et de la performance à une société où la compétition et la performance seront au service de l’homme.





jeudi 23 avril 2009

Le patron noté et élu par ses salariés





L'entreprise Jacques Benoit SA que j'ai créée en 1970 était spécialisée dans l'importation, le traitement et le conditionnement de graines salées, de fruits secs et de popcorn ; elle employait 160 personnes à plein temps et la grande distribution représentait 80% de sa clientèle.

Au-delà de son aspect économique, j'ai voulu faire de cette entreprise un laboratoire social, "intuitant" déjà à cette époque que l'Entreprise devait évoluer et que la démocratie devait y être intégrée. Le discours du Général de Gaulle sur la participation n'est certainement pas étranger à cette démarche.

Concrètement, tous les ans les salariés étaient appelés à me noter à bulletin secret sur la confiance qu'ils me faisaient. Ils disposaient à cet effet d'un document comportant 11 notes allant de 0 à 10 avec la question "dans quelle mesure faites-vous confiance à Jacques Benoit pour gérer notre entreprise ?". Chacun, dans un isoloir, entourait la note correspondante, mettait ce bulletin dans une enveloppe vierge et la déposait dans l'urne disposée à cet effet.
Pour le dépouillement : deux cas de figure ; soit j'avais la moyenne et étais automatiquement reconduit dans mes fonctions ; il n'y a avait pas eu de campagne électorale, pas de perturbation... J'insiste sur ce point parce qu'on a souvent voulu caricaturer mon expérience en disant qu'on passsait notre temps en réunions et en votes... Faux ! L'équipe du matin était venue noter à tour de rôle à raison de 5mn chacun ; l'équipe de l'après-midi était venue une heure avant la reprise du travail pour noter à son tour ; il y avait en tout et pour tout deux heures d'arrêt de travail pour le dépouillement.

Deuxième cas de figure, je n'avais pas la moyenne et devais organiser une élection pour élire si nécessaire un nouveau PDG. Pendant longtemps on m'a dit "vous ne prenez pas beaucoup de risques ! Etant le PDG fondateur de cette entreprise, on n'osera jamais vous mettre moins de 5 !" Ce à quoi je répondais "détrompez-vous : il y a beaucoup de 0 et de 1 et un jour il y en aura plus que de 9 et de 10 !" Mais on ne me croyait pas ! Et en 1995, vingt cinq ans après la création de l'entreprise, suite à des résultats économiques très médiocres et - appelons un chat un chat - au licenciement mal compris ou mal expliqué du directeur de production qui ne donnait pas satisfaction, on m'a fait savoir qu'on me remettait en question en me notant 4,17/10... Comme je m'y étais engagé, j'ai donc organisé un élection. Pouvaient se présenter à cette élection tous les salariés de l'entreprise à condition qu'ils aient un an de présence ou des personnes externes à l'entreprise à condition que leur candidature soit validée par le tiers des salariés ou par le tiers des actionnaires. Tout naturellement s'est présenté contre moi le fameux directeur de production dont je m'étais séparé ! Etant licencié, il n'avait rien à perdre ! Il avait de plus parfaitement le droit de se présenter puisqu'il était toujours inscrit aux effectifs et dispensé de faire son préavis ; qui plus est, il avait une "revanche" à prendre et des choses à dire : ayant fait partie du Comité de Direction pendant plus d'un an et demi il connaissait parfaitement l'entreprise et ses cadres. Pour qu'il puisse s'exprimer, j'ai donc organisé une campagne électorale ; pendant quinze jours, il y a eu des réunions payées pour les salariés afin qu'ils puissent entendre mon adversaire ; j'ai mis à sa disposition des panneaux électoraux, un secrétariat et ai vécu tous les ingrédients d'une campagne électorale avec son lot de coups bas, de désinformation, etc.

Cette élection se passait au sein d'une assemblée composée pour moitié de tous les salariés de plus d'un an de présence et qui avaient chacun une voix et de tous les actionnaires qui avaient autant de voix que les salariés mais pas une de plus ; à la différence des salariés ils avaient des voix proportionnelles à leur apport en capital (voulant par là respecter la hiérarchie des actionnaires, trouvant tout à fait normal qu'un actionnaire possédant une part importante du capital ait un droit de regard plus important que celui qui n'en possède qu'une infime partie). Pour être élu, il fallait les 3/4 des voix de ces deux assemblées.



Et là, tout change par rapport au système que nous vivons : le PDG élu tire son autorité d'un mandat donné par les deux principaux partenaires de l'entreprise que sont les salariés et les actionnaires ; alors que dans l'entreprise basique, la légitimité de l'autorité d'une patron est liée à un mandat donné par des personnes que sont les actionnaires dont la seule motivation est le retour sur investissement : comment voulez-vous que ce patron ait une véritable autorité morale dans l'entreprise et que sa politique ne soit pas orientée vers la recherche du profit maxium avec tous les dégâts collatéraux que cela suppose...!

A ce stade de mon témoignage, un certain scepticisme s'installe...

Beaucoup me disent "mais vous ne preniez pas beaucoup de risques puisque vous étiez actionnaire à plus de 70 % ! Sans votre accord, votre adversaire n'avait aucune chance d'être élu !" C'est vrai ! Mais je n'ai jamais parlé d'autogestion : c'est bien ensemble que les deux partenaires devaient désigner leur patron ; et pour ma part, ce n'était pas gagné d'avance ! Rappelez-vous que j'avais eu 4,17 /10 à la notation, un carton jaune qui pouvait se transformer en carton rouge si la moitié des salariés ne votait pas pour moi... Je n'avais pas les 3/4 des voix requis. Dans ce cas-là j'avais deux choix possibles : soit je faisais confiance à mon adversaire et votais pour lui : il devenait le nouveau PDG et je restais actionnaire ; soit je ne lui faisais toujours pas confiance et devais présenter un nouveau candidat. Dans les deux cas, je devais quitter mon poste de PDG. Aurai-je vraiment laissé ma place ? Honnêtement, je n'aurais pas eu le choix parce déjà à l'époque depuis vingt ans je faisais régulièrement des conférences sur le bien-fondé de la démocratie dans l'entreprise ; j'avais écrit "l'entreprise démocratique" (ce livre dans lequel tout le système de cette démocratie est détaillé) et - qui plus est - cette procédure était adossée au règlement intérieur de notre entreprise ; cela n'avait pas force de loi - j'en conviens - mais moralement m'engageais fortement : je ne me voyais pas pouvoir dire "tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai écrit çà comptait pour du "beurre" et aujourd'hui je ne le respecte pas" ; cela leur aurait était intenable et j'aurais du partir.

Au sujet de cette démocratie, on me dit souvent que ce système peut à la limite être valable pour de petites entreprises parce qu'on y connaît son patron et on peut porter un jugement de valeur. En fait, ce raisonnement est tout à fait erronné ; cette démocratie ne peut être applicable que dans les moyennes et grandes entreprises ; je situe ce niveau à plus de trois cents salariés. Pourquoi ? Parce que, si vous avez bien suivi mon raisonnement, la pierre angulaire de cette démocratie est la remise en question du chef d'entreprise comme la pierre angulaire de la Constitution de la Vème République est l'élection au suffrage universel du Président de la République. Plus l'entreprie est petite, plus le patron est un homme-orchestre : il porte plusieurs casquettes et le remettre en question c'est remettre en question l'entreprise. Par contre, plus l'entreprise est importante, plus le chef d'entreprise est un chef d'orchestre ; et remettre en question le PDG d'une grande entreprise ne remet pas l'entreprise en question.

Autre objection : les salariés ont-ils les compétences pour choisir leur Patron ?

Ce à quoi je réponds : ces personnes dont vous doutez des compétences voire de l'intelligence sont pourtant les mêmes qui, à l'extérieur, sont appelées à voter pour leur maire, leur député, leur président, etc. Alors, puisqu'on les reconnaît comme intelligentes et responsables à l'extérieur de l'entreprise, pourquoi deviendraient-elles bornées et irresponsables à l'intérieur de l'entreprise ? J'irai même plus loin : je pense qu'en terme de compétences, les personnes qui vivent leur entreprise au quotidien ont certainement plus d'éléments d'évaluation pour choisir le PDG que celles qui élisent leur patron uniquement sur le cours des actions, et que le risque d'erreur est moindre !

Il y aurait encore beaucoup à dire... J'ai même peur d'avoir été un peu long...
Mais je ne manquerai pas de répondre à toutes les questions et objections dans les prochains articles et de mettre en avant tous les avantages de la démocratie dans l'entreprise, une des clefs pour la refondation du capitalisme.

Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...