jeudi 27 août 2009

Quand charité ne rime pas avec solidarité


Deux mots apparemment très proches voire indissociables et pourtant si différents tant dans l'esprit que sur le fond et la forme !
La solidarité est une aide ponctuelle ou permanente – morale, matérielle, financière, physique... - à une personne en difficulté : accident, problème de santé, problème financier … La solidarité suppose un intérêt ou une cause commune ; on a vu récemment des paysans français manifester à Bruxelles avec d'autres paysans de l'Europe. Il est beaucoup plus difficile d'être solidaire lorsque nous avons peu de points communs ou que l'autre nous est différent ; c'est alors que devrait intervenir la charité..
La charité est une aide purement gratuite ; les Restos du coeur, la Fondation de Mère Teresa ou celle de Soeur Emmanuelle sont exemplaires en matière de charité ; la Fondation de l'Abbé Pierre serait elle, beaucoup plus dans la solidarité puisqu'elle demande en contre partie que les personnes aidées participent à cette aide.
Dans la solidarité, la dignité de l'homme est préservée ; qui ne connaît pas la fameuse expression «il vaut mieux apprendre à un homme à pêcher plutôt que de lui donner un poisson» ? Dans la solidarité on travaille sur les causes réelles du problème en essayant d'y remédier ; dans la charité, on est dans l'urgence et, le le plus souvent, le moteur, c'est l'émotion ; la charité n'a pas pour vocation de changer les règles du jeu. Les américains fonctionnent essentiellement à la charité ; chez eux chaque entreprise importante a une Fondation ; ils ne se posent pas la question de savoir pourquoi 14% d'entre eux sont sous le seuil de la pauvreté ni pourquoi 46 millions d'entre eux n'ont pas accès à la santé ; cela fait parti de leur fonctionnement et la charité est là pour compenser ces dysfonctionnements. Barak Obama commence à comprendre l'anomalie de cette démarche et s'apprête à mettre en place un système de solidarité sociale : mais combien d'américains sont-ils prêts à le suivre ?
A l'occasion de la mort de Soeur Emmanuelle, Michel Drucker a rediffusé l'émission qu'il lui avait consacrée quelques années auparavant ; pendant plus de deux heures on a vu des témoignages élogieux de personnes de tous bords sur l'action de Soeur Emmanuelle ; mais à aucun moment on s'est demandé pourquoi tant de misère en Egypte, aux Philippines, au Soudan ? Comme si cela était aussi naturel qu'un tremblement de terre !
Et si notre ambition était d'associer la solidarité à la charité ?
Dans un reportage récent de l'émission «Envoyé Spécial» diffusé par France 2 sur le commerce équitable, le journaliste demande au Père Francisco Van der Hoff son fondateur si le commerce équitable n'était pas de la charité ; le Père s'est mis en colère et a répondu que le commerce équitable n'était pas un commerce de charité mais un commerce juste – il aurait pu ajouter solidaire - dans lequel les agriculteurs sont payés de manière à vivre décemment de leur travail. Le commerce équitable est l'exemple parfait d'une action qui intègre charité bien comprise et solidarité, respecte la dignité de l'homme et apporte des réponses sur le plan économique pour plus d'équité dans les relations commerciales.
Chez nous beaucoup pensent que quantité de personnes sont trop assistées ; et c'est vrai en partie : allocations par ci, allocations par là... Et si ce que nous versons indirectement sous forme d'aide nous le versions directement sous forme de salaire, ne croyez-vous pas que les personnes aidées gagneraient en dignité ? Ce qui n'empêcherait pas de conserver le système de solidarité déjà mis en place pour les personnes ayant perdu leur emploi, pour les familles nombreuses...
La charité est souvent un alibi qui nous donne bonne conscience ; on a donné un euro à un mendiant, on a participé au téléthon : on est tranquille !
La solidarité nous fait nous demander pourquoi il y a tant d'exclus et remet en question nos privilèges et le fonctionnement de la société.
La charité est un acte gratuit pour porter aide aux plus démunis mais qui ne se pose pas toujours la question des sources du problème. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : la charité est efficace, respectable mais un peu comme des lunettes de soleil qui modifient la perception des choses. Avant l'abolition de l'esclavage, les maîtres – souvent bons chrétiens – pouvaient être très charitables avec leurs esclaves mais ne remettaient pas forcément en question l'esclavage en lui-même.
En matière d'entreprise la charité est le fondement du paternalisme.
Beaucoup trop de patrons pensent qu'un bon salaire suffit à répondre aux besoins des salariés. Et si, au-delà de ses besoins matériels, l'homme avait soif de dignité, de reconnaissance ? Ne s'agirait-il pas là d'un des fondements d'un bon management ?
La charité est de l'ordre de la morale, la solidarité est de l'ordre de l'éthique. C'est en associant les deux que nous trouverons les réponses.
Et pour terminer ma réflexion d'aujourd'hui, je voudrais vous poser cette question qui fera l'objet de mon prochain billet de blog : dans l'aide que les pays riches apportent aux pays en voie de développement, quelle est en pourcentage la part d'intérêt personnel, de charité et de solidarité ?



mercredi 19 août 2009

La Taxe Carbone


Instaurer une taxe carbone paraît a priori tout à fait justifié.

Augmenter le prix du gaz et du carburant pour inciter les citoyens à diminuer les émissions de CO2 semble tout à fait cohérent. Protéger la couche d'ozone et par là-même éviter le réchauffement de la Planète devient une urgence !

A la différence près que 45% des émissions de CO2 sont liés à l'activité industrielle et que les entreprises ne produisent pas pour le plaisir de produire mais pour répondre à une demande et que ces mesures devraient être accompagnées d'une incitation à moins consommer ; dans une société de consommation, mission impossible !

A la différence près que le réchauffement de la Terre est un enjeu certes important mais qui n'est qu'une partie de l'enjeu du développement durable et ne doit donc pas faire oublier les autres problèmes : à quand un grenelle sur la pauvreté ?

Le réchauffement de la Terre n'est pas un problème régional, ni national, ni continental mais mondial ! Quelles que soient les mesures prises elles ne peuvent être efficaces que si elles sont validées et appliquées par tous les Etats. Le G8 s'est dernièrement tenu en Italie : on en retiendra la visite de l'Aquila et qu'aucune décision importante n'a été prise ; rendons cependant à César ce qui est à César : il a été décidé de créer un fond de 20 milliards de dollars pour combattre le fléau de la faim ; c'est bien peu en regard des 18 mille milliards de dollars accordés aux banques... Ce G8 était pourtant un moment privilégi éé pour harmoniser les mesures à prendre contre le réchauffement climatique ! Il est vrai qu'il y a eu le protocole de Kyoto et bientôt celui de Copenhague; mais ces grands sommets fixent des objectifs et au nom du libéralisme laissent les Etats trouver les moyens de les atteindre ; c'est la porte ouverte au dumping ; faute d'harmoniser les moyens, la compétition économique va reprendre le dessus ; les entreprises auront beau jeu de dire qu'elles sont pénalisées en regard des entreprises étrangères qui n'auront pas les mêmes exigences – peut-on imaginer l'organisation des jeux olympiques sans règles communes à chaque sport ?

Et si nous profitions du formidable challenge qu'est le développement durable pour que les Etats harmonisent leur politique énergétique et se réfèrent à une monnaie unique et stable ? Si nous profitions des enjeux du développement durable pour instaurer une véritable autorité économique mondiale autre que l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale fagocités par les pays riches ? Ne serait-ce pas la véritable mondialisation au profit de tous les peuples ?

mercredi 12 août 2009

Les vacances : un temps privilégié pour la gratuité



Gratuité, mot incongru dans l'entreprise où tout étant compté et calculé en retour sur investissement, il n'a surtout pas sa place. Pourtant, quel mot magnifique que celui de gratuité lié à notre capacité à faire le bien sans rien attendre en retour sinon le plaisir d'avoir posé un acte généreux pour l'homme, la société, l'environnement !

La gratuité, c'est l'huile qui permet aux rouages de la société et de l'entreprise de mieux fonctionner que ce soit à titre collectif (les Restos du coeur, Emmaüs, les ONG...) ou à titre individuel (en ces temps de sècheresse, je pense aux pompiers volontaires, mais en ce temps de vacances je pense aussi à tous ces animateurs de clubs qui s'investissent pour mieux nous divertir, nous faire découvrir la nature, les richesses culturelles de leur région... Si le Puy du Fou existe c'est grâce à plus de mille bénévoles...)

Et si nous profitions de nos vacances pour exercer notre gratuité ?

Bien sûr, les vacances c'est avant tout un moyen nécessaire de reprendre des forces, de se déconnecter du travail quotidien, une bouffée d'oxygène indispensable même pour les plus forts !

Mais les vacances sont aussi un moment propice à la réflexion, à la méditation, aux questions existentielles : pourquoi la vie ? Qu'est-ce que le bonheur ? Etc.

Les vacances, c'est également un moment de gratuité parce que un temps disponible pour apporter à sa famille, à ses amis, un témoignage d'affection, de solidarité, que le tourbillon du quotidien ne nous laisse pas toujours le temps de donner et qui nous apporte bonheur, épanouissement...

Les entreprises commencent à comprendre l'importance de la gratuité. Elles favorisent de plus en plus l'engagement de leurs salariés dans des actions de solidarité ; initiative plutôt bien vue en interne et qui améliore autant le climat social que les compétences des individus.

L'Oréal, IBM et bien d'autres pratiquent le congé solidaire en invitant leurs salariés à prendre des congés dans des pays pauvres pour s'investir par exemple dans la construction d'un puits, d'une école... (www.planète-urgence.com)

Ce devoir de gratuité est commun à tous : patrons, professions libérales, artisans, commerçants, salariés...

N'oublions pas qu'à la fin de notre vie, l'important ne sera pas ce que nous aurons gagné mais ce que nous aurons donné.

Et si la gratuité était un élément de réponse essentiel pour un monde plus juste, pour refonder le capitalisme ?



mercredi 5 août 2009

La Lune, Mars : tour de Babel des temps modernes



Qui ne saluerait pas la prouesse des ingénieurs et autres techniciens qui ont fait que le 20 juillet 1969 à 22h56 Neil Amstrong a été le premier homme à marcher sur le Lune et qu’on envisage pour bientôt un voyage sur Mars ? Mais on est en droit de se demander si l’homme ne s’égare pas dans ses priorités.
Le programme Apollo a coûté 150 milliards de dollars actuels et les nouveaux programmes sur la Lune et Mars ont atteint des chiffres astronomiques (c’est le cas de le dire !).
Pendant ce temps, toutes les quatre secondes un enfant meurt de faim, un milliard de personnes sont sous-alimentées, deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, etc.
On nous dit que ces technologies de l’espace font avancer la science ; certainement ; mais a-t-on besoin d’aller sur la Lune ou sur Mars pour faire avancer la science ? Les challenges civils ne sont-ils pas suffisamment importants dans la Santé, le Communication, le Bâtiment, etc. ?
On nous dit aussi que c’est un objet de fierté pour la jeunesse d’un pays ; c’est certainement vrai ; et si la véritable fierté d’une nation était d’éradiquer la pauvreté, la famine, la maladie, le challenge n’en serait-il pas plus noble ?
Ce billet a-t-il vraiment sa place dans un blog qui traite de la refondation du capitalisme ? A bien y réfléchir, oui ! Au sens où le dérapage est le même en économie qu’en politique ; les valeurs références sont la compétition, la conquête, la domination, le monopole valeurs mises en exergue et source de tous maux. Ne sommes-nous pas en train de refaire la tour de Babel ? Mais pour rester sur une note optimiste et d’actualité, je citerai Trinh Xuan Thuan, astrophysicien américain, dans son livre « Origines : la nostalgie des commencements » aux éditions Fayard : « la science n’engendre pas la sagesse ; elle ne nous aide pas non plus à prendre des décisions morales et éthiques, mais elle peut être source d’inspiration. La grande fresque cosmique des origines devrait nous aider à développer le sentiment de notre interdépendance avec tous les êtres, de notre compassion avec les autres et de notre responsabilité universelle envers notre planète »

mercredi 29 juillet 2009

L'encyclique sur l'économie : une vérité qui dérange




Il y a quelques mois, lors de sa visite en Afrique, dans un dialogue improvisé avec les journalistes, le Pape Benoît XVI a déclaré que le préservatif participe au développement du sida et que le meilleur moyen de le combattre était l'abstinence et la fidélité. Cette phrase extraite de son contexte a fait le tour du monde et soulevé un tollé général.
Le 29 juin le Pape a présenté sa dernière encyclique qui porte sur l’économie, le capitalisme et l’Ethique (fr.wikipedia.org/wiki/caritas_in_Veritate). On peut y lire :
La complexité et la gravité de la situation économique (…) la crise nous oblige à reconsidérer notre itinéraire et à nous donner de nouvelles règles et de nouvelles formes d’engagement (n°21)
La richesse mondiale croît en terme absolu mais les inégalités augmentent (n°22)
Il existe des formes excessives de protection des connaissances de la part des pays riches à travers l’utilisation trop stricte du droit à la propriété intellectuelle particulièrement dans le domaine de la santé(n°22)
Le marché n’est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible (n°36)
En effet, l’économie et la finance, en tant qu’instruments, peuvent être mal utilisées quand celui qui les gère n’a comme point de référence que des intérêts égoïstes (...)
C’est pourquoi ce n’est pas l’instrument qui doit être mis en cause mais l’homme, sa conscience morale et sa responsabilité personnelle et sociale (n°36)
La gestion de l’entreprise ne peut pas tenir compte des intérêts de ses seuls propriétaires, mais aussi de ceux de toutes les autres catégories de sujets qui contribuent à la vie de l'entreprise : le travailleur, les clients, les fournisseurs, les divers éléments de la production, les communautés humaines qui en dépendent. Ces dernières années on a vu la croissance d’une classe cosmopolite de managers qui, souvent, ne répondent qu’aux indications d’actionnaires de référence (n°40)
Il faut donc éviter que le motif de l’emploi des ressources financières soit spéculatif et cède à la tentation de rechercher seulement un profit à court terme (n°40)
Les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire comme cela ne s’était jamais présenté auparavant ; s’ils sont mal gérés, ils peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités et contaminer le monde entier par une crise. Il faut en corriger les dysfonctionnements (n°42)
Tandis que, d’un côté, sont revendiqués de soi disant droits, de nature arbitraire et «voluptuaire», avec la prétention de les voir reconnus et promus par les structures publiques, d’un autre côté, des droits élémentaires et fondamentaux d’une grande partie de l’humanité sont ignorés et violés (n°43)
Pour fonctionner correctement l’économie a besoin de l’éthique (…) car on note un certain abus de l’adjectif éthique qui employé de manière générique se prête à désigner des contenus très divers, au point de faire passer sous couvert des décisions et des choix contraires à la justice et au véritable bien de l’homme (n°45)
C’est pourquoi la société actuelle doit réellement reconsidérer son style de vie qui, en de nombreuses régions du monde, est portée à l’hédonisme et au consumérisme (n°51)
Les devoirs que nous avons vis à vis de l’environnement sont liés au devoir que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres ; on ne peut exiger les uns et piétiner les autres (n°51)
Les sociétés techniquement avancées ne doivent pas confondre leur propre développement technologique avec une soi-disant supériorité culturelle, mais elles doivent redécouvrir en elles-mêmes les vertus, parfois oubliées, qui les ont fait progresser tout au long de leur histoire (n°59)
Les opérateurs financiers doivent redécouvrir le fondement véritablement éthique de leur activité afin de ne pas faire un usage abusif des instruments sophistiqués qui peuvent servir à tromper les épargnants (n°65)
Le développement des peuples se dénature si l’humanité croit pouvoir se recréer en s’appuyant sur les prodiges de la technologie (n°68)
Quand l’absolutisation de la technique prévaut, il y a confusion entre les fins et les moyens : pour l’homme d’affaires, le seul critère d’action sera le profit maximal de la production (n°71)
Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain (n°75)

Qu’on le veuille ou pas, à travers ces quelques extraits on voit bien que cette encyclique est une dénonciation en règle du dérapage du système capitaliste. Propos qu’à la limite Olivier Besancenot ne renierait pas…Bizarrement cela ne fait pas la une des journaux ; au mieux quelques articles très édulcorés ; peu de religieux en parlent dans leurs discours ; il est vrai que ce n’est pas évident de remettre en question la société et le confort matériel et égoïste qu’elle nous apporte !

jeudi 16 juillet 2009

Le travail du dimanche : quand la loi est impuissante

 


En dehors de toute considération religieuse le dimanche est un jour « sacré » où par tradition les gens ne travaillent pas, où se tiennent la plupart des réunions de famille, les manifestations de tous ordres (sportives, religieuses, artistiques, etc.).
En ce sens, le dimanche est un jour à protéger et aucune loi ne peut imposer le travail ce jour-là.
D’autre part, heureusement qu’il y a des gens qui travaillent le dimanche dans les hôpitaux, les restaurants, les centres de loisirs…Les modes de vie évoluant, on s’aperçoit que cette exception peut toucher d’autres activités : les centres commerciaux, les commerces dont l’activité dépend en grande partie du tourisme, etc.
Il est donc tout à fait opportun de légiférer en la matière pour que les choses soient claires.
Les pistes :
* faire du dimanche un jour comme un autre et légaliser le travail du dimanche ; piste à écarter d’emblée pour les raisons citées ci-dessus.
* légaliser le travail du dimanche dans certains secteurs mais en faisant appel aux volontaires ; cela semble de loin la meilleure solution ; mais là où le bas blesse, c’est sur cette notion de volontaires ; n’y a –t-il pas le risque d’avoir des « volontaires » d’office ?
Quelle loi peut empêcher qu’un patron ne fasse pas de la discrimination à l’embauche en préférant quelqu’un qui acceptera volontiers de travailler le dimanche ? Quelle loi pourra empêcher un patron de faire de la discrimination à la promotion privilégiant celui qui est volontaire pour travailler le dimanche ? Quelle loi pourra empêcher un patron de pousser gentiment vers la porte un salarié refusant obstinément d’être volontaire pour travailler le dimanche ?
La seule loi qui le peut, c’est la démocratie dans l’entreprise (cf. billet n°1 du 23.04.09 « Le patron noté et élu par ses salariés ») !
Un patron qui aurait des attitudes empreintes de mauvaise foi, de discrimination aurait certainement bien du mal à obtenir la confiance de ses salariés et serait à son tour gentiment poussé vers la porte de sortie…Arrêtons d’imposer à l’entreprise depuis l’extérieur des contraintes de plus en plus exigeantes ; laissons-là respirer, desserrons ces contraintes et mettons à l’intérieur de l’entreprise le contre pouvoir de la démocratie qui fera de chaque salarié un citoyen économique et lui donnera un droit par son bulletin de vote ; cela sera certainement plus efficace !

lundi 6 juillet 2009

La personne morale : un bon alibi


On lit régulièrement dans la presse que d’importantes sociétés (Microsoft, Total, Saint-Gobain, Bouygues, SFR, Orange, L’Oréal, Dior, Sephora, etc.) sont condamnées apour fraude ou entente illicite ou pollution …Ne nous en plaignons pas : il est bien normal que la justice soit la même pour tous. A la différence près que condamner une personne morale c’est condamner tout le monde et personne. Derrière toutes ces entorses à la loi il y avait certainement des personnes qui faisaient ou qui savaient ou qui couvraient. Bizarrement, elles ne sont jamais inquiétées. La porte est grande ouverte à la récidive ; il suffit de provisionner sur le bilan « frais de justice à prévoir ».
A quand une loi qui interdirait de gestion un PDG ou un Directeur coupable d’avoir participé ou couvert de tels délits? On ne nous fera jamais croire qu’au plus haut niveau « on ne savait pas » lorsqu’il s’agit d’ entorses à la légalité répétitives et de cette ampleur !
Tout un chacun qui vole un produit dans un supermarché a de fortes chances d’être inquiété voire conduit au poste de police, et c’est normal. Un salarié sera sanctionné pour faute professionnelle et c’est normal !
Aujourd’hui en permanence des centaines de personnes organisent la fraude, le vol, la pollution… sans pour autant être inquiétées. On arguera que la relation hiérarchique peut excuser ; argument trop facile car la fin ne justifie en aucun cas tous les moyens : on a vu récemment dans l’armée américaine en Irak des gradés être condamnés pour tortures…
Finissons-en avec cette hypocrisie. Le statut de personne morale a bon dos ; il faut avoir le courage de chercher les responsables et les coupables et de les condamner à la hauteur du préjudice commis. Voilà une réforme qui est bien dans l’esprit de la refondation du capitalisme.

vendredi 26 juin 2009

La Pub : un outil à utiliser avec modération



La pub est emblématique et indissociable du système économique libéral ; elle est le meilleur et le pire. Elle permet d’informer, elle permet de promouvoir un produit, un service, elle permet d’abaisser les prix de revient en favorisant la consommation de masse ; enfin, elle participe à la qualité de notre vie ; peut-on imaginer une ville sans pub ? Aurions-nous accès à toutes ces manifestations sportives ou artistiques sans le sponsoring de la pub ? Même les plus « intégristes » qui sont contre la pub, savent avoir recours à elle pour faire passer leurs idées et informer sur leur action ! Donc, pas question de revenir sur la pub : elle a depuis longtemps prouvé son utilité et ses bienfaits.

Mais, utilisée sans modération, la pub peut devenir le pire.
La pub devient le pire en créant des besoins inutiles et en favorisant la surconsommation : si tout le monde vivait comme les américains, il faudrait que la planète soit huit fois plus grande et si tout le monde vivait comme les européens, il faudrait qu’elle soit cinq fois plus grande ; n’y a-t-il pas un paradoxe chez ceux qui à la fois se veulent défenseurs de l’environnement et adhèrent à un système qui favorise la consommation ? Aujourd’hui, ne faudrait-il pas avoir le courage de parler de décroissance ou de croissance durable ?
La pub devient le pire lorsqu’elle renchérit inutilement les coûts : le budget publicité pour une lessive, pour un médicament ou pour un parfum… peut représenter jusqu’à 50% du coût d’un produit.
La pub peut être néfaste lorsqu’elle développe nos instincts les plus primaires : il suffit de voir la publicité sur le café qui fait appel essentiellement à l’émotion empreinte de sensualité…
La pub est aussi le pire lorsqu’elle prend une place trop importante dans notre vie au quotidien : on a récemment autorisé TF1 a augmenter ses pages de pub ; aux Etats-Unis, il est courant qu’un film soit coupé trois ou quatre fois par la pub.
La pub est polluante lorsqu’il y a inflation de panneaux dans un paysage.
Elle est aussi envahissante dans les media : certains journaux lui consacrent la moitié de leurs pages.
La pub est le pire parce qu’elle favorise l’hégémonie du plus fort : seul les « gros » peuvent avoir accès à la pub ; et dans cette logique du plus fort, ils peuvent imposer leurs produits et leurs services même s’ils ne sont pas toujours les meilleurs…
Enfin la pub est le pire parce que son moteur est la manipulation via la mode qui devient une tyrannie ; et même si beaucoup de lois luttent contre la publicité mensongère les publicitaires sont suffisamment malins et subtiles pour les contourner…

Certains diront quand-même que, grâce à la publicité, des millions de personnes ont un emploi ; c’est vrai ! Mais sont-ils pour autant productifs ? Pour l’entreprise qui les emploie, cela ne fait aucun doute ; mais sont-ils productifs pour notre Société ? Et là, je voudrais faire un parallèle : on peut créer des millions d’emplois avec de nouveaux fonctionnaires mais cela favorisera-t-il pour autant l’enrichissement de l’Etat ?
On a récemment permis des pages de pub télévisées pour la grande distribution : en quoi cela est-il utile pour notre Société ? Par contre, cela est fort utile pour chaque enseigne. Et si tous ces budgets consacrés à la pub l’étaient à la Recherche, à l’Education, à l’amélioration des conditions de travail, à l’abaissement des coûts de revient, à la protection de l’environnement…ne serions-nous pas davantage dans l’intérêt général que dans l’intérêt particulier ? Sans parler du potentiel d’emplois nouveaux que cela génèrerait !

Alors, puisque le thème de ce blog est la refondation du capitalisme, il n’y a rien de déplacé à faire des propositions pour un mode de publicité utile et dans l’intérêt général.
Pourquoi ne pas interdire la publicité sur les produits alimentaires (sauf sur le point de vente bien entendu !) ? Imagine-ton les sommes colossales qui pourraient être économisées et utilisées à des fins plus utiles ? Ne pourrait-on pas imaginer de limiter en pourcentage le budget attribué à la pub en fonction des secteurs d’activité ? Cela peut paraître utopique mais la pub sur le tabac et l’alcool a bien été interdite… même si elle est souvent contournée, la loi n’étant pas assez sévère.
En Suède, la publicité destinée aux produits pour les enfants est prohibée.

Voilà des pistes intéressantes pour la refondation du capitalisme ! mais elle vont à l’encontre des intérêts égoïstes de tous ceux qui sont aux commandes des manettes des affaires …et de la pub.


mardi 9 juin 2009

La société de consommation : piège à guêpes


En vacances, j’ai souvent l’occasion de voir fonctionner un piège à guêpes.
Cet instrument se présente comme un bocal suspendu à l’envers dont l’orifice a une forme d’entonnoir évasé. Les guêpes rentrent attirées par l’appât (qui peut être de la viande ou un produit sucré) et une fois à l’intérieur, il leur est impossible de retrouver la sortie. Prisonnières, elles sont amassées les unes sur les autres et se battent jusqu’à en mourir pour manger l’appât. Alors qu’en fait, elles étaient entièrement libres avant d’entrer dans ce piège ; la nature leur offrait tout ce dont elles avaient besoin ; mais guidées par leur avidité elles se sont laissé prendre au piège.
Je trouve qu’un piège à guêpes est tout à fait symbolique de notre société.
Le piège, c’est notre société de consommation, l’appât ce sont les offres permanentes pour plus de sécurité, de gain, de confort, de loisirs… avec tout ce que cela véhicule de valeurs superficielles : la réussite matérielle, la mode, l’apparence…
Les abeilles, c’est nous, prisonniers que nous sommes de notre besoin d’avoir, de pouvoir, de gagner, de paraître, en un mot de notre égoïsme. A partir de là, pas plus que les abeilles, nous ne trouvons la sortie ! Qui acceptera de réduire son niveau de vie pour plus de solidarité ? Qui acceptera de limiter ses déplacements (voiture, avion…) pour diminuer la pollution ? Qui acceptera de payer plus d’impôts pour aider les pays pauvres ? Qui ne succombera pas au charme de la mode ? Qui acceptera de remettre en question notre société de consommation qui répond à notre besoin d’avoir ? Par notre aveuglement nous sommes les propres artisans de notre piège. Alors que nous avons tout pour être heureux : la famille, les amis, la nature, les progrès de la science et en particulier de la médecine…
Les hommes politiques ont bien compris notre incapacité à vivre autre chose et leurs messages sont essentiellement basés sur le croissance, le plein emploi, la protection. Le piège est bien ficelé et entretenu en permanence par la publicité et la plupart des médias.
Une minorité cependant a conscience de ce piège ; on les appelle les « gauchistes », les alter mondialistes… Mais leur réponse est souvent sectaire, extrémiste et partisane …
Alors faut-il en déduire que nous sommes dans une société décadente comme l’ont été en leur temps les égyptiens, les grecs, les romains ? Dans les moments de pessimisme, je ne suis pas loin de le penser…

jeudi 4 juin 2009

Gouvernance d'entreprise ou imposture ?


Gouvernance d’entreprise ou imposture ?

La Gouvernance d’entreprise a un lien direct avec la RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) qui découle elle-même de la philosophie du Développement Durable (la RSE a été a l’ordre du jour du sommet de la Terre à Johannesburg en 2002).
La Gouvernance d’entreprise est la prise en compte par la direction dans ses décisions de sa responsabilité sociétale et par là-même de ses devoirs vis à vis de toutes les parties prenantes de l’entreprise (cf. schéma).
Cette nouvelle forme de gestion serait plutôt sympa si elle n’était pas entachée d’imposture.
Pour mieux comprendre imaginons qu’à la finale de la dernière coupe du monde de rugby entre l’Angleterre et l’Afrique du Sud, au dernier moment, l’ arbitre ait un accident. Impossible de trouver un arbitre et pourtant il faut faire jouer cette finale ! Quelqu’un a une idée géniale : pas de problème : il y a des gens qui connaissent parfaitement les règles du jeu, ce sont les joueurs ! Prenons un joueur remplaçant, anglais ou africain, pour faire l’arbitre ! Cela sera-t-il possible ? Bien sûr que non ! Pourquoi ? Parce qu’il ne pourra pas être impartial ou alors il lui faudra faire preuve de beaucoup d’éthique !
C’est pourtant une anomalie que nous vivons couramment dans l’entreprise dont une partie prenante est à la fois juge et partie ; je veux parler des actionnaires auxquels la direction est totalement soumise et qui défendent avant tout leurs intérêts… Ne cherchons pas plus loin les causes des bonus faramineux, des licenciements et délocalisations abusifs….
Créons donc les conditions pour que la direction d’une entreprise reflète un juste équilibre entre le rapport des forces de toutes les parties prenantes.
L’élection du PDG par les salariés et les actionnaires n’est-elle pas une excellente réponse ? Un patron qui devrait rendre des comptes à ses salariés n’aurait-il pas du mal a justifier des rémunérations exorbitantes ou des prises de décisions uniquement dans l’intérêt des actionnaires… ?
Klaus Schwab, fondateur et président du forum de Davos, ne dit-il pas dans le Figaro du 13 novembre 08 la même chose à travers cette réflexion que lui inspire la crise actuelle « j’espère que l’adoption volontaire d’une philosophie des affaires basée sur le principe à long terme du stakeholder (partie prenante) plutôt que sur le principe unilatéral et orienté à court terme du shareholder (actionnaire) sera un des résultats positifs de cette crise » ?

Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...