lundi 27 février 2012

Une bonne idée du candidat Nicolas Sarkozy



Dans cette campagne électorale pour la présidentielle, depuis que Nicolas Sarkozy s’est officiellement déclaré comme candidat, chaque jour on a droit à de nouvelles propositions : référendum sur le chômage, dose de proportionnelle dans les élections législatives, augmentation de 1000 € par an pour 7 millions de français, suppression des retraites chapeau et des parachutes dorés…  Parmi ces propositions - toutes fort intéressantes même si elles suscitent débat et controverse – Nicolas Sarkozy a proposé, pour mettre fin à l’escalade indécente des rémunérations des grands patrons, que celles-ci soient votées à l’assemblée générale des actionnaires comme c’est déjà le cas en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ; quand on sait que les salaires des patrons du CAC 40 ont augmenté de 34% ces dernières années et qu’ils tournent autour de 1 à 10 M€ par an, cette proposition originale ne peut avoir qu’un accueil favorable de toutes parts.

Mais pourquoi limiter ce contrôle uniquement aux actionnaires ? Pourquoi ne pas l’étendre aux salariés ou à leurs représentants ? N’est-ce pas de la discrimination sociale ?
Est-ce lié à leur statut de salarié ? Dans ce cas-là les salariés qui sont aussi actionnaires dans leur entreprise (le cas de Bouygues ou Auchan entre autres) n’auraient pas le droit de vote sous prétexte qu’ils sont salariés.
Est-ce parce que les salariés seraient moins responsables, moins compétents ? Pourtant ce sont les mêmes qui sont appelés à voter pour choisir leur Président.
Est-ce parce que les salariés seraient partisans dans leurs avis et pas objectifs dans leurs choix ? Détrompons-nous ! Les salariés savent qu’il y a aussi un marché du travail pour les patrons et que s’ils veulent avoir le meilleur ils doivent s’en donner les moyens. Tout le monde le comprend dans le sport par exemple pour les équipes de foot ou de rugby.
Est-ce parce que les actionnaires sont seuls à risquer leur capital ? Mais les salariés risquent beaucoup plus ! Leur emploi ! Et en cas de crise ils sont malheureusement en première ligne.

En fait, le seul frein à ce que les salariés aient leur mot à dire pour la rémunération de leur patron, ce sont nos a priori. Quand comprendrons-nous que le monde a évolué et que le temps des esclaves et des sujets est fini. Les salariés sont à même de comprendre et de donner leur avis sur la rémunération de leur patron ; ce serait la première étape, la première marche, pour l’élection du patron conjointement par les salariés et par les actionnaires dans les entreprises (cf. billet n°1 de ce Blog ).

vendredi 24 février 2012

Du rififi chez Veolia


Dans cette campagne présidentielle les changements économiques prennent tout de suite une dimension politique et prêtent à polémique. On a pu le voir avec les entreprises Lejaby et Photowatt, on le vit maintenant avec l’entreprise Arcelor Mittal sur le site de Gandrange.

Mais ce qui fait aujourd’hui la une des journaux serait l’éventuelle nomination de l’ancien ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, à la tête du Groupe Veolia en échange de sa renonciation à  sa candidature à l’élection présidentielle et de son ralliement à Nicolas Sarkozy. C’est ce que disent les adversaires du Président sortant ; mais rien n’est prouvé en la matière…

Ce qui est plus inquiétant, ce sont les manœuvres de Henri Proglio PDG d’EDF et ancien PDG de Veolia, pour « débarquer » Antoine Frérot l’actuel PDG de Veolia sous prétexte de sa gestion catastrophique et de la perte de quelques 400 M d’€  en 2011 (cf. Le Monde 21.02.12). Pour la destitution d’Antoine Frérot Henri Proglio, administrateur dans la Société Veolia, n’a pas hésité à agir en coulisses pour convaincre plusieurs de ses collègues administrateurs – et pas des moindres : Costa de Beauregard qui représente la famille Dassault, Philippe Kourilsky professeur au Collège de France, Serge Michel patron de la société de conseil Soficot, Louis Schweitzer ex PDG de Renault - pour les persuader de faire ce « coup d’état » à la tête de Veolia. Il n’en est pas à son coup d’essai : Anne Lauvergeon ex PDG d’ Areva en a fait les frais.

Sans entrer dans les dessous de cette affaire, quel est le mobile réel d’ Henri Proglio ? En quoi Nicolas Sarkozy  a-t-il suggéré voire influencé cette promotion de Jean-Louis Borloo ? On ne le saura certainement jamais !

Ce qui est étonnant c’est que dans une entreprise comme Veolia qui emploie plus  300 000 collaborateurs à travers le monde dont 100 000 en France, seulement quelques personnes mandatées uniquement par les actionnaires puissent décider quel sera le nouveau patron sans demander l’avis des collaborateurs qui sont pourtant les premiers concernés par ce changement.

Dans cette campagne électorale, de l’extrême droite à l’extrême gauche, on n’entend personne s’élever contre le fait que quelques hommes puissent décider du sort de Veolia. Pourtant, il serait de l’intérêt des salariés de Veolia et des actionnaires que chaque prétendant puisse exposer son programme et faire preuve de pédagogie pour expliquer les enjeux de Veolia. Cela s’appelle tout simplement de la démocratie (cf. billet n°1 de ce blog). Chaque jour des gens meurent pour le droit de vote ! Quand comprendrons-nous que le salarié est aussi citoyen économique et que dans son entreprise il ne doit pas être considéré seulement comme un sujet mais comme un acteur à part entière ?

mercredi 15 février 2012

Haro sur Renault


La classe politique est unanime, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Nicolas Sarkozy, on a trouvé les responsables de tous nos maux : chômage, délocalisations, bas salaires…. C’est la faute aux pays en voie de développement (PVD)et à fortiori des pays dits pauvres où des gens acceptent de travailler pour 2 € par jour plutôt que de mourir de faim.
On a pu le mesurer à l’occasion de l’inauguration de l’usine Renault à Melloussa près du port de Tanger au Maroc, cette usine qui va créer 6 000 emplois et 30 000 chez les sous-traitants et dont l’objection est de produire de 150 à 170 000 mono-space low-cost Lodgy et le double dès 2013 avec l’installation d’une deuxième chaîne de montage.
Les réactions ont été très vives : Christian Estrosi député UMP des Alpes-Maritimes et ancien ministre de l’industrie « je suis scandalisé ; cette affaire est une provocation » ; Gérard Larcher ancien président du sénat a rappelé à Carlos Ghosn sa responsabilité sociétale ; Bruno Le Roux, porte parole du PS, a pointé la défaillance dans ce dossier de l’Etat actionnaire à 15% de Renault ; plus virulent, Arnaud Montebourg a fustigé une « prime à la casse de l’industrie française » ; les syndicats ne sont pas en reste : Fabien Gache délégué CGT de Renault dénonce un moyen de pression considérable sur les salariés français. Le Maroc et tous les PVD sont unanimement accusés de faire du dumping social. Mais à bien y réfléchir, ne faisons-nous pas aussi du dumping technologique ? Sous prétexte de maîtriser la science et la technologie n’imposons-nous pas aux pays pauvres notre dictat économique ? Le jeu est inégal : d’un côté les PVD n’ont pour argument que leurs salaires de misères et de l’autre les entreprises qui maîtrisent  les technologies de pointe. C’est Pascal Lamy, Directeur Général de l’OMC, qui a dit que « le colonialisme n’est pas terminé, il est maintenant sous d’autres formes ».

Quand comprendrons-nous qu’il est de notre intérêt de donner du travail à ces pays pauvres ? Il en va de notre dignité et de leur dignité et de la Paix dans le monde. Le terreau du terrorisme, c’est la pauvreté. Au risque de provoquer je dis tant mieux si Renault a permis de créer plus de 30 000 emplois au Maroc ; cela est préférable à une vague d’immigration que nous sommes incapables de gérer. Et je trouverais tout à fait normal que Michelin par exemple ait un site de fabrication de pneumatiques en Afrique d’où il tire l’essentiel de sa matière première : le caoutchouc.

Et si le remède à nos maux (chômage, délocalisations, bas salaires…) était un partage plus équitable des richesses ? Il y aurait largement de quoi indemniser les 4 millions de chômeurs que compte la  France. Ce n’est malheureusement pas dans ce sens que nous allons puisque Nicolas Sarkozy nous promet un référendum pour revoir les modalités d’indemnisation des chômeurs qui sont à son avis trop laxistes…


mardi 7 février 2012

Les dessous de Lejaby


On a appris avec plaisir et surprise que les 93 ouvrières du site Lejaby à Yssenjeau, même si elles n’ont pas pu sauver leur métier, avaient réussi à sauver leur emploi. Elles ont en effet été reprises par la société de maroquinerie Sofama (200 salariés) implantée dans l’Allier et dirigée par Vincent Raberin.  Grâce entre autres à l’intervention de Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquier ministre de l’enseignement supérieur, enfant du pays et, plus surprenant, grâce à l’intervention de  Bernard Arnault proche du chef de l’Etat, PDG de LVMH maison mère de Louis Vuitton et 4ème fortune au monde. On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle tout en regrettant que les 350 autres salariés de Lejaby licenciés ou en passe de l’être sur les sites de Rillieux-La-Pape (Rhône), Bellegarde (Ain), Bourg-en-Bresse (Ain) et Le Teil (Ardèche) n’aient pas eu la même chance.

Ce sauvetage très médiatisé soulève bien des questions…
Quelle a été la part de calcul et de gratuité dans l’initiative du chef de l’Etat ? Aurait-il fait la même chose hors période électorale ?
Pourquoi après avoir été reçue à l’Elysée la délégation des ouvrières de Lejaby Issenjeau l’a-t-elle aussi été par Bernard Arnault dans la très chic avenue Montaigne ? Cela signifie-t-il que  son intervention ne s’est pas limitée à garantir à Vincent Raberin l’ engagement de Louis Vuitton sur un carnet de commandes dans la durée mais a dépassé cette simple garantie ?
Dans cet engagement, Bernard Arnault qui donne quand-même du travail à 93 ouvrières, ne va-t-il pas « déshabiller » l’un de se fournisseurs pour « habiller » l’autre ? Ou bien cette garantie – ce qui serait surprenant - porte-telle uniquement sur un surcroît de ventes de Louis Vuitton ?
Quel soutien financier ou aides diverses l’Etat a-t-il apportés à la Société Sofama pour reprendre les 93 ouvrières ? Et si soutien il y a va-t-il à l’encontre de toutes les règles contre le dumping (concurrence déloyale) sur lesquelles Bruxelles est très pointilleuse pour que les Etats n’apportent pas de soutiens indus aux entreprises.
Enfin, Nicolas Sarkozy et Bernard Arnault ont-ils passé un « deal » dans cette affaire ? Et si oui, lequel ?

Cependant, restons positifs ! Même si ce sauvetage présente quelques facettes obscures, réjouissons-nous que 93 emplois aient été sauvés tout en regrettant qu’une marque comme Lejaby puisse mourir et pareil savoir-faire disparaître. Il y avait certainement d’autres solutions – entre autres la création d’une Scop – mais aussi urgence en la matière ! Cela nous laisse tout de même l’impression d’un immense gâchis.

 



lundi 30 janvier 2012

La dévaluation de l’euro, starter de la croissance

  
La crise économique, le déficit budgétaire et la croissance deviennent des thèmes majeurs dans cette campagne présidentielle. Certains candidats préconisent la sortie de l’euro et tous ont des recettes pour réduire le déficit ou relancer la croissance et pour que l’Etat fasse des économies tout azimut.

Et pourquoi ne propose-t-on pas la dévaluation de l’euro en permettant à la Banque Centrale Européenne (BCE) de faire marcher la planche à billets ?
J’y vois pourtant plusieurs avantages :
 □ la réduction de nos dettes pour celles exprimées en euro
 □l’augmentation des salaires condition d’une relance de la croissance ; dans ce scénario notre compétitivité ne tiendrait plus à des salaires bas mais à une baisse de l’euro
 □ la relance de nos exportations : nos produits seraient moins chers exprimés en euro. 
Seul inconvénient qui est cependant de taille : l’augmentation du coût de nos importations libellées en dollars comme c’est le cas pour le pétrole.

C’est pourtant ce que font régulièrement les Américains en émettant des dollars, une dévaluation qui ne dit pas son nom, ce que font indirectement les Chinois qui refusent toute réévaluation de leur yuan, ce qu’a fait la France après les accords de Grenelle de mai 68 qui prévoyait une augmentation du SMIG de 35%.

Alors, pourquoi tous ces a priori pour dévaluer l’euro ?
Pour plusieurs raisons :
  □ la réticence  de l’Allemagne qui a tout intérêt à garder un euro fort compte tenu que sa balance commerciale est positive (+ 150 Mds) alors que celle de la France est négative (- 75 Mds).
  □ l’amour-propre mal placé des européens ; à commencer par la France  qui considère la dévaluation de l’euro comme un échec, à juste titre d’ailleurs, parce qu’elle équivaut à une mauvaise gestion du budget national.

N’oublions pas que l’entêtement des uns et des autres peut nous conduire à l’éclatement de la zone euro et plonger dans la misère des pays comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal… La dévaluation, c’est comme le starter d’une voiture : une fois que le moteur a trouvé son régime, il faut vite l’enlever. La maîtrise de l’inflation est capitale pour une économie saine.

 



lundi 23 janvier 2012

Le Front de Gauche et le CAC 40


Dans le contexte des futures élections présidentielles l’ émission « Des paroles et des actes » prend un relief tout particulier. Le jeudi 12 janvier dernier David PUJADAS avait invité Jean-Luc MELENCHON (JLM) pour qu’il présente son programme et réponde aux questions des journalistes et autres personnalités dont Jean-Louis BEFFA (JLB) ancien patron de Saint Gobain et qui vient de publier « La France doit choisir » aux éditions Seuil.

On attendait impatiemment cette confrontation car apparemment tout opposait ces deux hommes et la rencontre risquait d’être houleuse. Mais à la surprise générale autant les débats précédents avec les journalistes avaient été agressifs autant cet échange a été consensuel.
Les deux hommes ont reconnu  que la crise économique que nous vivons est une crise du capitalisme avec sa dérive financière. Les deux hommes ont également reconnu que le pouvoir absolu des actionnaires était la cause de cette dérive financière et qu’il était urgent de modifier le fonctionnement de l’entreprise pour ne pas la laisser aux seules mains des actionnaires :
JLM : « il faut arracher l’entreprise aux griffes de la finance (…) briser le pouvoir des actionnaires qui est excessif »
JLB : « Je suis d’accord pour refaire le système (…) Je suis contre un modèle libéral financier dans lequel un des dogmes est la primauté absolue des actionnaires (…) je suis pour un modèle différent qui replace le pouvoir au centre du conseil d’administration »
Par contre tous les deux avaient des divergences sur les remèdes à appliquer pour mettre un bémol au pouvoir des actionnaires.
JLM propose entre autres le développement de la propriété sociale par les coopératives ouvrières et une loi donnant la préemption aux travailleurs sur leur outil de travail lorsque le propriétaire veut vendre son entreprise.
JLB propose entre autres la présence d’élus des salariés et des confédérations syndicales au conseil d’administration.

On peut tirer trois conclusions de ce débat fort intéressant.
D’abord, qu’il y a unanimité dans la classe politique - toutes tendances confondues - pour affirmer l’origine financière de la crise.
Ensuite qu’il est urgent de modérer le pouvoir des actionnaires dans l’entreprise.
Enfin qu’il y a une absence totale de réponse à ce problème du pouvoir dans l’entreprise.
On peut au passage remarquer que sur les deux heures de débat avec JLM seulement cinq minutes ont été consacrées à la relation actionnaires-salariés dans l’entreprise et que personne  n’a évoqué la nécessité de l’égalité de droits et de devoirs des actionnaires et des salariés ni, bien sûr, la démocratie dans l’entreprise ! A travers cette remarque on mesure l’urgence de remettre en question le pouvoir des actionnaires et briser ce tabou et d’ envisager la démocratie dans l’entreprise !

  

mardi 17 janvier 2012

La réforme de l’entreprise : sujet tabou


A trois mois des présidentielles, les hommes politiques s’agitent, à droite comme à gauche. On parle bien sûr de la crise, de l’économie, de la finance, de la spéculation, de la fiscalité, du chômage, des inégalités croissantes, de la pauvreté... Mais jamais de l’Entreprise et encore moins de sa réforme.

Pourtant, l’entreprise est la cellule de base de l’économie. C’est au niveau de l’entreprise que sont prises la plupart des décisions concernant le bien-être des français : embauches, conditions de travail, montant des salaires, délocalisations, licenciements, … Or, toutes ces décisions sont prises par une personne mandatée par les actionnaires dont la principale motivation est le retour sur investissements et qui, avant tout, privilégient leurs intérêts. Aucun homme politique ne dénonce cette entorse énorme aux droits de l’homme, au bon sens, comme en son temps on avait banalisé l’esclavage, le vote censitaire... On trouvait normal qu’on puisse vendre des hommes et des femmes, que seules les personnes nanties puissent voter . On trouve aujourd’hui normal que les hommes et les femmes qui font la richesse de l’entreprise, y passent la moitié de leur vie active, en tirent 90% de leur qualité de vie (stabilité de l’emploi, rémunération, ambiance) ne soient pas citoyens dans l’entreprise.

On se bat dans la monde pour le droit de vote, la liberté. Quand nos hommes politiques comprendront-ils qu’il est aussi urgent de se battre pour la démocratie dans l’entreprise  et que la réforme de l’entreprise n’est pas un sujet tabou ?

La refondation du capitalisme que tout le monde appelle de ses vœux tant à droite qu’à gauche passe par la réforme de l’entreprise.
Vous qui lirez ce billet, faites-le circuler autour de vous, auprès de vos élus, de vos amis et tous ceux qui espèrent un monde nouveau où l’homme ne sera pas un moyen mais une finalité. L’homme n’est pas fait pour l’entreprise, c’est l’entreprise qui est faite pour l’homme.

mardi 10 janvier 2012

Le labyrinthe de Sarkozy


Dans le JDD du 1er janvier on lit que « Nicolas Sarkozy gère tout à l’affect. La contrepartie de l’affect c’est la brutalité ».  La phrase est signée Henri Guaino, le conseiller spécial du Président, qui essaye de fournir une explication au mode de fonctionnement du chef de l’Etat. C’est aussi l’une des confidences rapportée par le journaliste Eric Mandonnet dans son livre « Président candidat » (l’Express). L’auteur tente dans un récit de la présidence Sarkozy, de dénouer les fils d’un quinquennat en forme de labyrinthe .
Au risque de contredire Henri Guaino, le contraire de l’affect, ce n’est pas la brutalité mais le discernement, l’objectivité, le courage. L’affect a un lien direct avec nos émotions et lorsqu’un chef d’entreprise ou un responsable politique gère à l’affect et que son moteur est l’émotion, c’est la porte ouverte à toutes les dérives, la colère non contrôlée, la recherche du pouvoir, le copinage, l’inconstance dans les décisions, les privilèges abusifs, les sautes d’humeur… Ce n’est pas celui qui fait pitié qui aura forcément raison et ce n’est pas celui qui sera antipathique qui aura forcément tort. Bien sûr nos émotions – qu’on peut appeler sensibilité - sont importantes en tant que moyens, elles nous permettent de recevoir des messages et d’en faire passer mais en aucun cas elles doivent être le moteur de nos décisions.
Lorsque j’entends une personne célèbre se battre pour protéger les phoques sur la banquise – ce qui est louable – et en même temps afficher son racisme, je me dis qu’elle est dans la sensiblerie.
Il est bien d’avoir un potentiel d’émotion ; celui qui n’en a pas sera dans le cynisme, la cruauté, la lâcheté. Mais nos émotions ne doivent pas être moteur de nos actions, de nos pensées ou de nos paroles. Une personne qui vivrait dans la peur de l’accident ou de l’échec n’oserait ni conduire ni entreprendre. Mais si la peur lui est un moyen, elle sera prudente.  La colère est une bonne chose si elle est maîtrisée sinon on sera dans l’insulte, le mépris. Il est bien connu qu’un chirurgien n’opère jamais un membre de sa famille parce qu’il a une relation affective avec lui.
Un chef d’entreprise ou un homme politique dont l’émotion est moyen et non  moteur sera dans le discernement, la sérénité, la paix… Il gèrera les conflits sans implication affective en mettant son amour propre de côté. Il évitera d’avoir une « cour » autour de lui avec ses « chouchous ». Il évitera de placer un membre de sa famille ou un ami à des postes de responsabilité s’il n’en a pas les compétences, il relativisera les faits divers...
Je terminerai en faisant référence au premier testament de la Bible dans le premier livre des rois, chapitre trois : Salomon est appelé à arbitrer à laquelle de deux femmes appartient un enfant. S’il avait été dans l’affect il l’aurait donné à celle qui avait le plus de chagrin et n’aurait certainement pas eu le courage de menacer de couper en deux le bébé pour identifier la vraie mère. Nos émotions sont la meilleure et la pire des choses. La meilleure quand elles sont moyen et la pire lorsqu’elles sont moteur ; un manager qui conduit ses hommes à l’affect aura un très lourd handicap et d’autant plus lourd qu’il n’a pas conscience de son dysfonctionnement et a le sentiment d’être animé des meilleures intentions pour son équipe.

mardi 3 janvier 2012

La règle d’or sur l’Europe : un accord en trompe l’oeil



Même si l’on ne peut que saluer Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui s’investissent complètement pour sauver l’Europe et l’ euro cet énième accord signé le 09 décembre 2011 a tout l’air d’un accord en trompe l’œil et pour trois raisons.

D’abord, cet accord fait double emploi avec le traité de Lisbonne de 2007 dans lequel tous les pays de l’Europe s’étaient engagés à ce que leur endettement ne dépasse pas 3% de leur PIB.
Ensuite, un accord qui porte sur la limite de dépassement de crédit me semble bien arbitraire et peu nuancé ; sachons faire la différence entre un crédit pour financer le fonctionnement des Etats et un crédit qui va générer des investissements rentables. Il y a une différence entre un  ménage qui emprunte uniquement pour faire face à ses fins de mois et se nourrir et un ménage qui emprunte pour construire une maison. Donc, fixer à l’ avance des limites de crédit  me semble bien ambitieux. Lors de la première crise financière liée aux « subprimes » en 2008 on a vu que les Etats – à commencer par la France et l’Allemagne – n’ont pas pu tenir leur engagement de ne pas dépasser un endettement de 3% de leur PIB puisqu’ils en sont presque venus à 7% ! Le contexte les y obligeait…
La troisième raison pour laquelle cet accord me semble utopique, c’est qu’à la différence du traité de Lisbonne, cet engagement des 17 Etats membres de la zone euro de ne pas dépasser les 3% d’endettement du PIB est très directif et contrôlé. Chaque Etat devra soumettre son projet de budget et en cas de dépassement il pourrait y avoir des sanctions … Mais quelles sanctions ? cet accord a bien pris le soin de ne pas en parler ! Sanctions financières ? Impossible pour un pays en difficulté économique. Sanctions administratives ? Difficilement imaginables. Alors, il reste le blâme mais je ne crois pas que ce soit une sanction dissuasive…La seule sanction qui aurait des effets serait une sanction politique comme on l’a vu en Grèce après le départ forcé de Georges Papandréou et en Italie de Silvio Berlusconi. Mais cette sanction n’est pas du ressort de l’Europe ; c’est le pays concerné qui peut la prendre à travers ses représentants. La seule mesure  qui peut encore sauver l’Europe et l’ euro c’est l’harmonisation progressive des charges sur le travail et le capital. C’est que chaque Etat s’engage à ne pas vivre au-dessus de ses moyens. La route est longue, très longue… Mais soyons optimistes ; à travers cette crise de l’Europe on sent qu’il y a une volonté de solidarité et d’union…

mardi 27 décembre 2011

Peut-on être chrétien et capitaliste ?


La grande Fête de Noël, au-delà de la fête de la Famille et d’un temps privilégié pour la Paix, est pour les chrétiens la célébration de la naissance de Jésus. Jésus qui nous a laissé  comme le plus grand commandement celui d’aimer notre prochain comme nous-même. A l’horizon de l’élection présidentielle 2012, cette Fête est l’occasion pour chaque chrétien de faire le point sur la pratique de ce commandement et aussi sa compatibilité avec le capitalisme.
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système basé sur un rapport de force ?
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système dont la finalité est financière et dans lequel l’homme est un moyen ?
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système qui creuse l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ?
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système qui banalise la famine d’un milliard de personnes et la mort de faim d’un enfant toutes les six secondes ?
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système qui permet à certaines personnes de gagner en une semaine ce qu’un ouvrier ne gagnera pas dans sa vie ?
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système qui pousse à la consommation au détriment de la planète ?
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système qui conduit de plus en plus de personnes à faire appel aux Restos du Cœur ?
Est-ce vraiment aimer son prochain que d’adhérer à un système dont les valeurs sont le paraître, la possession et la domination ?
Sachons faire le différence entre les chrétiens qui croient en Jésus et les chrétiens qui vivent le message de Jésus. Sous cet angle, beaucoup qui se disent athées sont beaucoup plus « chrétiens » que ceux qui vivent leur religion uniquement à travers les rites et les dogmes. Ceux-ci rétorqueront que le capitalisme est le moins mauvais des systèmes… Mais peut-on se contenter de cet alibi ? Entre autres devoirs, un chrétien qui vit le commandement de l’amour du prochain comme lui-même n’a-t-il pas aussi le devoir de chercher des pistes nouvelles pour une société plus humaine et plus équitable ? C’est aussi le but de la refondation du capitalisme.
Je terminerai ce billet en citant un passage de Maurice Zundel – prêtre et géant de la spiritualité chrétienne - dans son livre « Je parlerai à ton cœur » : « Tant que nous n’aurons pas compris cette dignité de l’homme, tant que nous ne voudrons pas l’affirmer, tant que nous n’aurons pas fait les changements qui s’imposent pour qu’elle puisse s’épanouir, nous n’aurons rien fait, rien fait qui vaille, rien fait qui corresponde à l’esprit de Notre Seigneur ; car enfin, c’est aux riches qu’il a dit : ‘malheur à vous, riches !’ Quel paradoxe que les hommes d’Eglise se soient faits si souvent les courtisans des riches alors que Notre Seigneur avait dit ‘malheur à vous riches’. »

Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...