mardi 3 novembre 2009

Quand la loi va à l’encontre du but recherché


Devant le dysfonctionnement du système capitaliste et du peu d’empressement que les entreprises ont à vivre un minimum de civisme et d’éthique, le législateur est obligé d’intervenir pour les contraindre à respecter les règles élémentaires dans le domaine social, sociétal et environnemental.

Gouvernements de droite ou de gauche s’en donnent à cœur joie pour en « rajouter chaque fois une couche» :
En 2010, les employeurs de plus de 20 salariés qui n’embaucheront pas 6% de personnes handicapées devront s’acquitter d’une amende équivalant à quinze fois le SMIC horaire par poste manquant.
En 2010, les entreprises de plus de 50 salariés qui n’auront pas un accord ou un plan d’action améliorant l’emploi des seniors pourront payer une amende représentant 1% de leur masse salariale.
En 2010, les entreprises de 1000 salariés devront avoir engagé ou conclu des négociations sur le stress au travail : si ce n’est pas le cas, des sanctions financières pourraient être envisagées.
En 2010, les sociétés du CAC40 et du SBF120 devront appliquer les règles de bonne conduite des codes Afep-Medef sous peine de législation de la part de l’exécutif.
En 2010, les entreprises devront prévoir l’égalité salariale entre hommes et femmes.
Faute d’accords en nombre suffisant, un bonus-malus n’est pas exclu.

A travers ces quelques mesures, on voit bien que l’étau se resserre autour de l’entreprise et que la marge de manœuvre est de plus en plus réduite pour leurs dirigeants ; qui plus est, ces contraintes sont un facteur de découragement pour beaucoup de chefs d’entreprise et bien sûr pour la création d’entreprise.
Et si, plutôt que d’imposer des lois on donnait aux principaux intéressés que sont les salariés le moyen de défendre leurs intérêts ? Déjà en instaurant une citoyenneté économique où chaque salarié aurait un bulletin de vote pour participer aux choix de leur patron (cf. billet n°1 du 23.04.09), un droit de veto concernant les principales décisions qui engagent l’avenir de l’entreprise (vente totale ou partielle, investissements, délocalisations, etc.).
Ne croyez-vous pas que cela donnerait une bouffée d’oxygène pour l’entreprise et pour les salariés ? Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les salariés sont suffisamment mâtures pour comprendre qu’il faut quelques fois prendre des décisions difficiles. Arrêtons de faire du racisme intellectuel.
Pas besoin de loi pour faire comprendre à un chef d’entreprise qui serait aussi élu par ses salariés qu’il est de son intérêt de favoriser l’emploi des handicapés et des seniors, de mettre en place des mesures pour limiter le stress, d’avoir une rémunération décente et de pratiquer l’égalité salariale entre homme et femme. Arrêtons d’asphyxier l’entreprise en étant de plus en plus intrusif dans son fonctionnement et imposons-lui des contraintes intérieures fixées librement par les salariés.
Ces mesures de réforme entrent tout à fait dans la refondation du capitalisme et dans l’humanisation de l’entreprise.

lundi 26 octobre 2009

J’ai fait HEC et je m’en excuse


C’est le titre du livre que vient de publier Florence NOIVILLE journaliste au journal « Le Monde », diplômée d’HEC, de Sciences-Po et titulaire d’une maîtrise de droit des affaires. Son ambition dans ce livre n’est pas de stigmatiser une école, mais d’interroger l’esprit des grandes écoles de gestion et de management : l’enseignement des affaires est-il adapté aux enjeux sociaux et environnementaux ? Pour ceci, Florence NOIVILLE a enquêté auprès d’anciens élèves et rencontré des étudiants en cours de scolarité.
J’ai lu ce livre avec « gourmandise » et vous en livre les meilleurs extraits .

« Le propos de ce livre ? Alerter et secouer. Contribuer à rappeler que ce que l’on apprend dans les écoles de management ne peut plus être considéré comme le fondement d’une économie durable, encore moins d’une « politique de civilisation ». Aider à faire en sorte que ce message ne soit pas oublié quand les cours de la bourse seront remontés ». p.18.
« …Pour maximiser ou préserver les profits, la recette que l’on enseigne dans les écoles de management est d’une simplicité biblique : augmenter les revenus et/ou diminuer les coûts. Le problème, c’est que l’on n’apprend jamais jusqu’où l’on peut pousser cette logique simple. L’éthique ou la morale des affaires a peu de place dans les programmes. Pas étonnant si, tout au long de ces vingt cinq années, et en l’absence de variables psychologiques, certaines situations ont pu tourner à la catastrophe ou au scandale pur et simple. » p.37
« Directrice d’une entreprise de formation, Marie porte, elle aussi un jugement très négatif sur l’enseignement reçu à HEC « Pour moi, c’est un enseignement pauvre, appauvrissant, dit-elle ; il y manque furieusement des humanités. ». Lorsqu’on lui demande si, d’après elle, les écoles de commerce ont une responsabilité dans la crise, Marie répond trois fois oui : « Oui, en stoppant la formation humaine et morale des étudiants. Oui, en mettant aux commandes des managers nourris d’élitisme et de culture de la performance. Oui en sur valorisant la réussite économique ». p.52.
« Sans le vouloir, d’autres étudiants Alix et David, me donnent le coup de grâce. Alors que j’évoque avec eux le cours d’éthique des affaires, que j’imagine être désormais être une des pierres angulaires d’un passage à Jouy-En-Josas, l’un d’eux s’étonne : « Je ne crois pas qu’un tel cours existe…En tous cas, pas dans ma majeure ». Dubitatif il ajoute « j’imagine que les avis seraient partagés sur un tel enseignement : qualifié de « pipeau » par certains et de nécessaires par les plus philanthropes. Un autre élève m’apporte la précision recherchée : « le cours d’éthique des affaires n’est pas obligatoire. C’est « un électif seulement ». A mon époque on disait « électif d’ouverture ». Je reste sans voix. Et pour mieux m’achever, Alix m’apprend que le cours sur le commerce équitable a été annulé l’an dernier faute de participants. » p.72

Ces réflexions et ces propos ne m’étonnent pas, moi qui suis intervenu à HEC et qui interviens au quotidien dans les écoles de commerce et d’ingénieurs : Florence NOIVILLE n’exagère rien, c’est bien la triste réalité. Florence NOIVILLE nous dit avoir fait un rêve « I have a dream » que je fais mien pour refonder le capitalisme :

« Je suis sur le campus, on est en 2019 et je reconnais tout, la sortie à Vauhallan, le bâtiment des études ; il me semble pourtant que quelque chose a changé, mais je ne saurais dire quoi : l’école n’est ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ; un élève m’offre de suivre un cours. Un cours de sa majeure « pauvreté ». Pauvreté ? » Oui, m’explique-t-il. Chaque majeure correspond désormais à une question de société : environnement, emploi, santé, pauvreté…je m’étonne ! Les options classiques, finances, marketing, stratégie… ont-elles disparu ? Il m’indique que non, qu’on les retrouve dans tous les cours mais que ces techniques sont mises au service des problèmes qui se posent à l’ensemble du corps social. » p.85.

Merci, Florence NOIVILLE pour ce beau et courageux témoignage !
La refondation du capitalisme passera effectivement par un changement radical de l’enseignement des techniques commerciales. Mais le veux-t-on vraiment ?

lundi 19 octobre 2009

Le syndrome du Titanic : quand les loups se déchaînent

Avec ce film Nicolas Hulot commence à être dérangeant… Tant qu’il parlait de la planète, tout allait bien ; on était admiratif devant ses émissions « Ushuaïa » et devant ses exploits sportifs. La droite l’écoutait, le soutenait et trouvait en lui une caution pour son approche de l’écologie. La gauche le supportait mais sans plus. Mais depuis ce film, rien ne va plus ! Nicolas Hulot attaque frontalement le système capitaliste, la droite se déchaîne et les verts et la gauche sont plutôt gênés. Nicolas Hulot se situe à la gauche de la gauche, à la frontière Besancenot. On ne lui fait plus de cadeaux et j’ai relevé quelques critiques de son film.

Dans le « canard enchaîné » du 07 octobre 09, Jean-Luc Porquet écrit « Mes bien chers frères, n’avez-vous pas mal à la planète ? Nicolas Hulot a mal (…) L’opulence ici, la débine là-bas : tel est le balancement constant de ce film qui déverse sur nous un flot d’images saccadées, hallucinées, nous jetant d’un continent à l’autre, d’une foule à un visage, etc.
A la différence de Yann Arthus-Bertrand, qui du haut de son hélico nous livrait sa synthèse, chiffrait des dégâts infligés à la nature, notre télévangéliste philosophe à la petit semaine (« Chacun de nous est une composante de la galaxie ») explore la grande semoule originelle (« nous sommes des acteurs de quelque chose de beaucoup plus grand »), dénonce le capitalisme sauvage et nous enjoint de nous convertir à la « sobriété heureuse ».
On y croirait presque s’il n’avait accepté de faire sponsoriser son film par le géant EDF, ami bien connu de la sobriété heureuse (et des centrales nucléaires), et s’il ne prenait soin d’épargner ses amis Bouygues le TF1/bétonneur et Sarkozy le chantre de la croissance à aller chercher avec les dents (durables, évidemment).
Au fond, sur quoi débouche ce genre de grandiloquente tirade grenello-compatible ? Sur la taxe carbone à 17euros la tonne… »
Sans commentaire ! Difficile d’être de plus mauvaise foi !

Dans le Figaro du 07 octobre 09 Eric Neuhoff écrit « On ne le répètera jamais assez. Le réchauffement climatique a des conséquences désastreuses : Nicolas Hulot a réalisé un film. Dommage collatéral : il s’est mis à penser. Tous aux abris. C’est « Oui-oui découvre la pollution ». Dans les rôles de Filou et Sournois, le capitalisme et les multinationales (enfin pas toutes : il faut bien préserver certains sponsors). Sur des images de dévastation, la voix de l’auteur assène d’un ton sentencieux de solides banalités. (…) Le commentaire évoque la copie d’un collégien aux dons limités qui aurait beaucoup lu « Télérama ». Dans la marge, le professeur note au feutre rouge : beaucoup d’application, une sincérité évidente, mais manque de maturité. Hulot mélange tout, la crise financière, les marées noires, la sècheresse, les méfaits d’internet. Sa naïveté, qui devrait être touchante, provoque souvent l’hilarité. ». Commentaire petit et mesquin s’il en est !

J’ai vu le film « Le syndrome du Titanic » : ce film est remarquable, criant de vérité ; on le reçoit comme un coup de poing dans la figure ; quel est le message principal que veut nous faire passer Nicolas Hulot ? Je le cite « Les crises écologiques et sociales sont mêlées ; on ne règlera pas la crise écologique sur le dos de la pauvreté ». II remet en question notre petit confort matériel et moral ; il dénonce les dérives du système capitaliste et ceci à juste raison ; en fait, que reproche-t-on à Nicolas Hulot ? D’avoir des sponsors comme Bouygues et EDF ? En quoi cela est-il gênant puisque cela n’empêche pas sa liberté de parole ? Et tant mieux si des sponsors importants lui donnent de tels moyens financiers pour faire passer ses idées ! Cela prouve qu’il a du talent et que ses émissions sont très bonnes.

Pour terminer, je voudrais m’adresser à toi, Nicolas – me permets-tu de te tutoyer ?
Je voudrais te dire combien il faudrait de gens comme toi : lucide mais pas sectaire ; tu as compris l’Essentiel ; tu as bien sûr des détracteurs mais tes amis sont beaucoup plus nombreux ; merci pour ce que tu es et merci d’être la voix de tous ceux qui veulent un monde plus équitable, plus juste, plus humain.

lundi 12 octobre 2009

Le Pape et un curé sur les « barricades »

« Un curé sur les barricades », tel est le titre d'un article de Chloé Aeberhardt consacré au Père Bachet dans le JDD du O6.O9.O9.

L'histoire de Philippe Bachet n'est pas banale ; soixante huit ans, curé de Villemur/Tarn dans la Haute-Garonne, le Père Bachet aurait pu, comme tous ses confrères, se limiter à bien gérer sa paroisse : baptêmes, communions, mariages, enterrements... Mais voilà, le 23 octobre 2OO8, la direction américaine de «Molex» décide - uniquement pour des motivations financières - de fermer le site de Villemur/Tarn, usine spécialisée dans la connectique automobile, avec pour conséquence le chômage pour 283 salariés. Philippe Bachet s'est senti immédiatement concerné : «en tant qu'homme d'Eglise proche de Saint François dAssise, je ne pouvais pas ne pas m'opposer à ce capitalisme odieux (…) Si les américains veulent sa fermeture, c'est pour gagner plus d'argent ; la dignité de ces travailleurs qui se mobilisent jour et nuit pour protéger leurs outils et leur savoir-faire, ils s'en moquent ; et çà, c'est contraire à la doctrine sociale de l'Eglise».
Remonté à bloc, le Père Bachet multiplie les actions de soutien : lors d'une journée 'ville morte' initiée en novembre par le comité d'entreprise de Molex, il sonne symboliquement le glas. Encouragé par son évêque, qui lui a donné son appui, il organise en février un concert au profit des salariés de l'usine avant de participer le 1er mai à la première manifestation de sa vie.
«J'ai hésité à y aller» reconnaît-il « je n'étais pas sûr de m'y sentir à ma place : je ne suis pas un prêtre ouvrier, je ne lutte pas pour des raisons politiques. Mais puisque je m'étais engagé dans ce combat, je trouvais normal de faire les choses jusqu'au bout ; d'ailleurs, Denise Parise (secrétaire du comité d'entreprise de « Molex ».) a apprécié ma présence dans le cortège. A défaut d'avoir des personnalités politiques locales dans leurs rangs, ils avaient un curé!».
Début juillet il écrit une lettre au président de la République. Mi-août, il monte et prend la tête du comité de soutien de Villemur dont le rôle est d'apporter une aide matérielle et morale aux salariés.

A cet article particulièrement sympathique, j’ajouterai des extraits de l’article de Jean-Marie Guenois dans le Figaro du 05.10.09 sur le discours du Pape à Rome inaugurant le second synode sur l’Afrique : « Benoît XVI s’est ainsi attaqué hier à Rome à un certain colonialisme qui continue d’affecter l’Afrique ‘le colonialisme est fini sur le plan politique mais il n’est jamais complètement terminé’ a-t-il lancé dans son homélie. Car ‘le soi-disant premier monde continue d’exporter sur ce continent des rejets spirituels toxiques qui contaminent les populations. Dont une maladie déjà active dans le monde occidental : le matérialisme pratique combiné à une pensée relativiste et nihiliste ».
Un discours plutôt décapant qui remet en question le capitalisme et toutes ses valeurs superficielles.

Quels messages pouvons-nous retirer de ces deux articles ?
Le premier est qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre le fait d’être chrétien et la remise en question du système capitaliste.
Le second est que les croyants de tous bords ont plus que les autres le devoir de remettre en question notre société.
Le troisième est qu’on peut avoir des idées de gauche sans être politiquement de gauche.
Cessons de faire l’amalgame entre la gauche et l’anticlérical et de penser que la droite est la seule à défendre des idées religieuses et spirituelles.
Benoît XVI et Philippe Bachet nous en font la démonstration.



mardi 6 octobre 2009

L’Amour : sentiment ou énergie inépuisable ?



Dans « Vivement Dimanche » du 27 septembre dernier, Nicolas HULOT était l’invité d’honneur. L’émission fut passionnante, on a parlé d’écologie, bien sûr, de pauvreté, d’inégalités… A la fin, Michel DRUCKER s’adresse à son invité « pour conclure, je dirai que dans votre film ‘ le syndrome du Titanic’ on s’aperçoit qu’il faut utiliser la seule énergie qui est inépuisable l’énergie solaire ; et si le salut, une partie du salut, venait du soleil ? ». Nicolas HULOT lui répond « il y a une autre énergie qui est renouvelable et inépuisable, c’est l’énergie de l’Amour. Je ne voudrais pas faire de grande phrase mais c’est Luther King qui a dit ‘on est condamnés à s’aimer ou à crever tous comme des imbéciles’. A choisir, autant choisir la première solution ».

On peut se demander le rapport qu’il y a entre l’énergie de l’Amour et la refondation du capitalisme. Tout simplement l’un est le fondement de l’autre.
La pierre angulaire du capitalisme, c’est la loi du marché, la loi de l’offre et de la demande, la loi du plus fort, la loi de la jungle où le plus fort mange le plus faible. Cela est-il compatible avec le respect et la dignité auxquels chaque homme a droit ? L’homme n’est-il pas autre chose qu’un animal ? Et si nous remplacions cette loi du plus fort par celle de la solidarité, celle de l’Amour, n’inventerions-nous pas un ‘monde meilleur’ où l’homme ne serait plus au service de la compétition et de la performance mais une société où la performance et la compétition seraient au service de l’homme ? Francisco Van der Hoff l’a compris en créant le label Max Havelaar qui garantit que le prix payé aux agriculteurs ne dépend pas du cours du marché mais de leurs besoins pour vivre décemment. C’est en posant des actes d’humilité, de générosité, de compassion, d’Amour que nous trouverons des réponses pour refonder le capitalisme.

Mais le mot Amour est-il vraiment bien compris ? Certains l’associent à une relation physique, d’autres aux sentiments, au mieux aux valeurs… Ce qui n’est pas faux, mais on peut avoir de l’antipathie pour quelqu’un et l’aimer ! Heureusement que les médecins ne soignent pas seulement ceux qui leur sont sympathiques ! Mieux encore, on peut sanctionner quelqu’un tout en l’aimant et le respectant : n’est-ce pas la base d’une bonne éducation ?
Et si l’Amour était aussi la prise de conscience que nous habitons tous dans la même maison : la Terre ? La prise de conscience que ce qui rapproche les hommes est beaucoup plus important et n’ a aucune mesure avec ce qui les sépare : la couleur de la peau, la religion, les convictions politiques ? La prise de conscience que nous sommes tous interdépendants et que le bonheur des uns ne peut pas se faire sans le bonheur des autres ? Enfin la prise de conscience que chacun a un sacro-saint devoir de solidarité envers tous sans exception ?

Donner du Sens à sa vie, c’est vivre cet idéal d’Amour dans le don de soi.

«Un jour, quand nous aurons maîtrisé les vents, les vagues, les marées et la pesanteur, nous exploiterons l’énergie de l’Amour. Alors pour la seconde fois dans l’histoire du monde, l’homme aura découvert le feu», message de Teilhard de CHARDIN que les Ecoles de commerce et autres… devraient inscrire à leur programme…

mercredi 30 septembre 2009

Sommet de Pittsburgh : une petite colline


Le pire, c’est qu’ils sont tous là sur la photo souriants et apparemment fiers des résultats qu’ils ont obtenus ces vingt chefs d’Etat réunis en sommet à Pittsburgh. Pourtant, si l’on en juge à la maigreur des conclusions de ce G20, on est en droit de se demander si leur satisfaction est liée à ces résultats ou au fait de faire la une de la presse mondiale.

Jugez plutôt ; comme on pouvait s’y attendre, pendant ce sommet on a mis l’accent sur les bonus des traders ; on ne les a pas limités comme le demandait la France mais encadrés. La parfaite « langue de bois » qui donne satisfaction à tous. En quoi cette mesure va-t-elle refonder le capitalisme ? On a agi – si l’on peut employer ce mot tellement les mesures sont faibles – sur le conséquences – les bonus des traders – et non sur la cause réelle qui est la spéculation à outrance à laquelle il faudrait mettre des limites.
Est-il normal que l’on puisse vendre ou acheter des actions sans pour autant les posséder ou débourser un centime ? Est-il normal que dans une même journée on puisse faire un aller-retour sur un titre (acheter et vendre ou vice versa) ? Est-il normal que l’on puisse vendre ou acheter des matières premières uniquement pour spéculer sans aucun lien avec sa profession ? Imagine-t-on tous les dégâts collatéraux qu’entraîne cette spéculation ? L’année dernière, la spéculation était tellement forte sur les produits agricoles que la plupart des pays pauvres – faute de pouvoir payer – se sont retrouvés au bord de la famine. Est-il normal que la baril de pétrole puisse passer en trois mois de 40 à 150 dollars ? De quoi déstabiliser l’économie la plus forte ! Est-il normal que l’économie d’un pays puisse être complètement déstabilisée par la spéculation à la baisse sur sa monnaie ? Est-il normal que la Bourse ait complètement dérapé de son objectif premier qu’était le moyen de financer les entreprises ? A ce sujet, je reprends une citation de Claude Bébéar « la spéculation croissante a perverti la fonction même de la Bourse : permettre la rencontre entre les entreprises qui ont besoin d’argent à long terme et les investisseurs qui en ont à placer. Aujourd’hui, toutes les entreprises sont traitées de façon irrationnelle par la Bourse à cause de l’actualité. Certaines peuvent être massacrées dans la journée alors qu’une stratégie se juge sur plusieurs années (…) Il faut avoir le courage de dire non à la dictature des marchés. »

Il existe des moyens de mettre un frein à cette spéculation effrénée : par des lois, des règlements…On pourrait tout simplement prévoir l’instauration d’une taxe dissuasive sur toutes les transactions n’ayant pas un caractère commercial. Il faut savoir que sur l’ensemble des volumes de transactions entre pays, qui sont énormes, 2% sont liés à des opérations purement commerciales – achat ou vente d’un produit ou d’un service – et 98% sont liés à des opérations purement spéculatives.
Mais…veut-on vraiment changer les règles ? Veut-on vraiment refonder le capitalisme ? En a-t-on vraiment le courage politique ? Il est vrai qu’électoralement et médiatiquement parlant, il est plus facile et plus payant de dénoncer ces bonus faramineux que de dénoncer toutes les « ficelles » de la spéculation…

mercredi 23 septembre 2009

Le petit chef… « espèce » encore bien présente



Vingt trois suicides en deux ans chez France Télécom !
Un rapport de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail nous disait déjà en 2005 qu’un européen sur cinq et 18% des français sont stressés à leur travail. Tout cela est lié à la souffrance au travail qui est en perpétuelle augmentation.

Les causes sont multiples : compétition économique de plus en plus dure, restructurations trop rapides, rythmes insoutenables, suppressions de sites, de postes, d’emplois, mutations abusives, mises sur la touche, promesses de primes non tenues, remontrances perpétuelles, contrôles accrus, inadaptation aux évolutions technologiques...
Les entreprises se donnent les moyens pour combattre ce fléau de la souffrance au travail et des suicides : par l’augmentation du nombre de médecins du travail, la mise en place de personnes de proximité, d’un numéro vert pour contacter un psychologue à l’extérieur de l’entreprise, etc.
Mais bizarrement, dans les causes on ne parle jamais de la relation souvent difficile avec la hiérarchie directe et de sa responsabilité. Celle-ci n’a-t-elle pas un lien permanent avec la personne qui vit ces souffrances au travail ? N’est-elle pas placée en première ligne pour détecter les signes avant-coureurs ou précurseurs qui feraient craindre le pire ? Ces signes sont nombreux : conflits relationnels récurrents, erreurs répétées, repli sur soi, manque d’enthousiasme, lenteur d’exécution, tristesse, absentéisme anormal, etc.
On pourra me rétorquer que le chef n’a pas vocation de « nounou » ! C’est vrai ! Mais il a des devoirs envers ses collaborateurs ; il est à leur service, à leur écoute… Qui, mieux que lui, peut détecter les premiers symptômes ? Qui mieux que lui peut alerter les Ressources Humaines ou autres responsables ? Mais encore faut-il pour ceci qu’il soit formé et qu’il comprenne qu’il n’est pas là seulement pour surveiller et sanctionner mais aussi pour accompagner et faire gagner ses collaborateurs !

Il y a un moyen très simple de détecter ces « petits chefs » et que personnellement j’ai utilisé dans mon entreprise (cf. billet du 23.o4.o9) ; c’est l’évaluation anonyme par les collaborateurs des compétences de leur chef ; cette évaluation porte sur plusieurs critères : la qualité des réunions, la disponibilité, la pédagogie, l’écoute, l’organisation … Cette évaluation permet d’alerter la hiérarchie N+2 et de prendre des mesures pour remédier aux dysfonctionnements identifiés, par des formations ou en adoptant des comportements différents… et cela peut aller jusqu’au remplacement du cadre ; il est vrai que ce n’est pas agréable de se remettre en question et plus facile de remettre en question les autres ! Dans ce domaine, les anglo-saxons ont mis en place des choses intéressantes même si elles sont perfectibles et à adapter ; ainsi, l’évaluation à 360° dans laquelle chaque responsable est évalué par lui-même, par ses collègues, par ses collaborateurs et par sa hiérarchie ; la confrontation de ces quatre ressentis est un formidable outil de développement personnel et de consensus d’équipe.

Dans ces drames que sont la souffrance au travail, les suicides… on ne remet jamais en question la hiérarchie directe. Pourtant cette remise en question de la hiérarchie directe par l’évaluation est une piste très intéressante pour mettre un frein à ces souffrances au travail et elle s’inscrit parfaitement dans la refondation du capitalisme.

mercredi 16 septembre 2009

Evasion fiscale : fraude ou bonne gestion ?


Le Ministère des finances est parti en chasse contre les fraudeurs du fisc. On estime à 3 milliards d'euros le montant des comptes déposés illicitement dans les banques étrangères. On ne peut qu'approuver cette initiative qui va dans le sens du souci de plus d'équité et du respect de la loi.
Mais quelle est la différence entre celui qui va déposer de l'argent en Suisse ou ailleurs pour échapper à l'impôt et l'entreprise qui, en toute légalité, ouvre une société offshore et par le biais d'opérations internes échappe au paiement d'impôt ? Nos grandes sociétés françaises ne se privent d’ailleurs pas de cet avantage… Aucune différence sinon que dans le premier cas on est dans l'illégalité la plus complète et dans le deuxième on est parfaitement en règle avec le droit français et international.
Bien que n'ayant pas de chiffres pour confirmer mes dires, je pense que la fraude fiscale ne doit représenter que 1% de la fraude légale ; un célèbre chanteur français a en toute légalité élu domicile en Suisse pour ne pas payer d'impôt en France. Manifestement, c'est contre ces pratiques douteuses qu'il faut lutter. Voilà un des sujets qu'on pourrait aborder au prochain G 2O sachant qu'à ce niveau, pour être efficace, une décision doit être appliquée par tous.
« Les Echos » du 28 août dernier rapportent une interview de Jérôme Monod (1) qui va dans ce sens «les évènements redonnent du sens à un vocable qui était autrefois l'apanage du parti communiste : la financiarisation des entreprises, l'attention portée à la qualité des métiers, au bien commun des clients disparaît au détriment de quelques ratios financiers. L'économie n'intègre plus d'autres valeurs que la spéculation, le gain, l'accaparement. C'est la porte ouverte à la violence, la corruption, la mafia.» Et lorsqu'on lui demande comment éviter ces abus voilà ce qu'il répond : «d'abord, il faut des institutions financières mais aussi économiques, sociales, morales pour édicter des règles claires et les faire respecter, sur un socle solide, fondé par le pouvoir politique sur les principes du bien commun – qui ne coïncide pas forcément avec ce que propose le Medef, trop soumis aux pressions de ses mandants, adeptes de la pratique du compromis...».
Voilà des pistes intéressantes pour refonder le capitalisme...

(1) Haut fonctionnaire devenu patron d'un grand groupe français (qui devenu la Lyonnaise des eaux) avant de tenir un rôle clef à l'Elysée

mercredi 9 septembre 2009

Les traders, boucs émissaires de la crise



Il nous fallait trouver des coupables pour expliquer cette crise financière. On les a trouvés : ce sont les traders et leurs bonus indécents.
La France s'apprête à prendre des sanctions : désormais les malus liés à leurs opérations déficitaires seront déduits de leurs bonus, et le solde de leurs bonus sera versé avec un différé de trois ans. Voilà une de ses propositions au prochain sommet du G2O qui se tiendra à Pittsburgh aux USA fin septembre ; mesure «phare» pour moraliser le capitalisme ; on croit rêver ! Soyons sérieux !
D'abord, les traders sont des salariés payés pour spéculer (1) et ils spéculent ; mais certains plus doués – ou plus chanceux - que d'autres font des gains plus importants et de ce fait ont des bonus plus importants ; je ne vois pas en quoi ils sont responsables de la crise ; ils en sont seulement les instruments !
La France va donc proposer d'instaurer des malus ; mais n'a-ton pas réinventé l'eau chaude ? Le système des malus existe déjà depuis longtemps ; dans toutes les entreprises, la plupart des salariés, surtout les commerciaux, sont réménurés sous deux formes : avec une partie fixe qu'on appelle le salaire de base et une partie variable qu'on appelle primes ou commissions ; tout naturellement, lorsque par exemple une commande prise par un commercial est annulée les commissions imputées à cette commande seront déduites de ses commissions ; il n' y a rien de plus normal.
Mais, là où les choses se «corsent» pour les traders, c'est dans l'énormité de leurs bonus, surtout lorsque l'Etat aide financièrement la banque pour laquelle ils travaillent ! Dans ce cas, la réponse paraît toute simple : au prochain sommet du G2O, convenons de réduire le pourcentage des bonus des traders et de les faire appliquer par tous les pays.
Par contre, là où il y a un véritable scandale - et dont on parle depuis longtemps - c'est la rémunération exhorbitante des patrons. Est-il normal que la moyenne des salaires des patrons du CAC 4O soit de plus de 2 OOO OOO d'euros sans parler des avantages annexes, stock options ... ? Certains patrons vous diront «mais on prend des risques et on ne gagne pas à tous les coups ! » ; il est vrai que quelques fois les résultats ne sont pas au rendez-vous et que les primes sautent ; mais compte tenu des salaires de base énormes qui eux ne sont pas touchés cela ne va pas trop nous faire pleurer...
Alors, pourquoi dans le cadre de la future réunion du G2O ne se mettrait-on pas d'accord sur un salaire de base annuel maximum (5OO OOO euros par exemple) assorti d'avantages liés aux résultats ? Le résultat sera peut-être le même mais la forme plus logique et plus décente.
Je terminerai ce billet en évoquant un autre scandale en terme de rémunération ; il est lié aux «jetons de présence». Pourquoi une personne peut-elle siéger dans plusieurs conseils d'administration et percevoir des «jetons de présence» conséquents et cela quels que soient les résultats de la société ? Dans le cadre de la refondation du capitalisme il y a certainemet un sérieux dépoussiérage à faire dans la législation des sociétés côtées en Bourse...
Toutes ces anomalies ne sont que les conséquences du dérapage d'un système dans lequel la finance est la finalité et l 'homme un moyen.

(1) spéculer : acheter des titres à leur cours le plus bas possible dans l'espoir de les revendre plus tard à leur cours le plus haut possible pour réaliser une plus value et vice versa

mercredi 2 septembre 2009

Relations avec les pays en voie de développement : intérêt, charité ou solidarité ?



Le rapport Brundtland du 31.12.1987 nous donne la définition du développement durable : «un développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre les capacités des générations futures de répondre aux leurs». A travers cette définition nous comprenons que la répartition équitable des richesses et des ressources de la planète est de loin par importance le premier enjeu du développement durable : un défi que les pays riches se doivent de relever. Enjeu beaucoup plus urgent à régler que le réchauffement climatique ou l'éradication des espèces, n'en déplaise aux écologistes «intégristes» ! Toutes les cinq secondes un enfant meurt de faim...
Alors, que faire pour une meilleure répartition des richesses et des ressources ?
Au premier sommet de la terre à Rio, en 1992, les pays riches s'étaient engagés à donner 0,7% de leur PIB pour aider les pays en voie de développement ; dix sept ans après, le constat est lamentable : nous ne dépassons pas les 0,4% ! Soit une tasse de café par personne et par semaine. La France, le pays des droits de l'homme, en est à 0,38% et encore en incluant les allègements de dettes consentis aux pays les plus pauvres !
On peut se demander le pourquoi de ce peu d'empressement à tenir cet engagement : tout simplement le manque de motivation.
Dans mon dernier billet, je demandais le pourcentage de la part d'intérêt personnel, de charité, de solidarité dans l'aide aux pays pauvres ; les faits confirment mon ressenti :
80 % de l'aide sont liés à des intérêts financiers en terme de retour sur investissement ; ce n'est pas par hasard si chinois, américains, européens... s'intéressent autant à l'Afrique qui, dans son sol, possède des richesses inestimables (pétrole, uranium, caoutchouc, phosphate, etc.). 10% de cette aide sont motivés par la charité au sens restrictif du terme, par souci de se donner bonne conscience à gaspiller et à justifier les écarts indécents entre les plus pauvres et les plus riches. Les 10% restant sont liés à la solidarité bien comprise au-delà des différences politiques, religieuses, ethniques …. C'est dans cette catégorie que nous retrouvons les grands humanistes, les ONG...
Si, à l'occasion d'une élection, un parti politique proposait dans son programme de doubler l'aide aux pays en voie de développement, je me demande si cette mesure aurait grand succès ! Il est vrai qu'on parle beaucoup de corruption en Afrique et ailleurs... et que c'est un alibi facile pour ne pas aider les pays pauvres ; mais qui dit corruption dit corrupteurs et corrompus ; les corrompus, on les connaît, ce sont la plupart des dirigeants africains et leur staff dont les caisses sont pleines dans les paradis fiscaux ; mais les corrupteurs, on en parle beaucoup moins … Ce sont les multinationales voire les Etats qui achètent des concessions à prix d'or (armement, aide militaire, sommes occultes...) pour exploiter les matières premières de ces pays qui vont jusqu'à l'expropriation sans contre partie des petits paysans ; sommes dont les habitants ne profitent d'ailleurs jamais !
Des solutions, il en existe, et encore une fois, c'est l'objet de ce blog que de donner des pistes pour refonder le capitalisme.
Payer les matières premières à leur juste prix en faisant un mixte entre l'économie de marché et l'esprit du commerce équitable en imaginant pour chaque matière première y compris le pétrole et les devises principales (dollars, euros) un prix plafond et un prix plancher qui permettrait à chaque pays d'avoir en retour de ses richesses un niveau de vie décent et, qui plus est, serait un frein à la spéculation.
Autre proposition : obliger chaque multinationale exploitant ces matières premières à en manufacturer sur place un pourcentage variant suivant les matières premières et les données économiques ; je ne vois pas ce qui empêcherait Michelin ou Firestone de fabriquer des pneus au Libéria dont le taux de chômage est de 80% ! ...
Tout ceci peut paraître bien compliqué mais aurait-on imaginé seulement vingt ans en arrière qu'on puisse fixer à chaque entreprise un quota d'émission de CO2 à ne pas dépasser ? Et pourtant, on le fait et on le contrôle ! Mais la motivation est au rendez-vous ! Ce qui est loin d'être le cas pour l'aide aux pays pauvres qui ne rentre pas dans la logique du capitalisme tel qu'il est vécu aujourd'hui !

Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...