samedi 5 décembre 2009

Les syndicats : le meilleur et le pire

Invités par l’association des journalistes de l’information sociale, les dirigeants des huit syndicats français ont planché ensemble ce lundi 16 novembre sur l’avenir du syndicalisme.
Au regard des 7,6% de salariés syndiqués – taux le plus bas de l’OCDE et régulièrement en baisse en France notamment - on est en droit de se demander si le syndicalisme tel qu'il existe aujourd'hui peut encore être crédible et efficace longtemps.
Bien sûr, il ne s'agit pas de remettre en question le syndicalisme et la présence syndicale dans les entreprises – ils ont été à l'origine de toutes les grandes avancées sociales : congés payés, semaine de 4Oh... - et dont la nature profonde est de préserver les intérêts des salariés – qu'ils soient ouvriers ou cadres - et de veiller à la bonne application du droit du travail ; mais le syndicalisme ne doit-il pas prendre une autre forme ?
Dans le cadre de la refondation du capitalisme, il est nécessaire de penser comment donner aux syndicats la place qu'ils méritent. Aujourd'hui ils ne représentent que 5% des salariés dans le privé et 1O% dans le secteur public.
Serait-il utopique que l'adhésion syndicale devienne automatique lorsqu'on a un bulletin de salaire ? Libre à chacun évidemment, d'adhérer au syndicat de son choix. On passerait à 1OO % d'adhérents avec tous les avantages conséquents aussi bien pour les syndicats que pour les dirigeants : plus de crédibilité, plus d'efficacité … et - autre avantage non négligeable – pas de discrimination syndicale : le patron aurait du mal à faire la différence entre celui qui adhère à un syndicat pour s'opposer au patron et celui qui adhère à un syndicat parce que c'est obligatoire ; et de plus, cela serait un frein à la politisation du syndicalisme.
Serait-il utopique que le coût d'adhésion au syndicat soit assumé par le CE ou l’entreprise (à négocier) ? Mesure-t-on l'effort financier que cela représente pour un modeste salarié le fait de payer une cotisation syndicale si minime soit-elle ? N'est-ce pas un frein à prendre sa carte syndicale ?
Serait-il utopique que la désignation des représentants syndicaux soit validée par les salariés ? Est-il normal qu’un chef d’entreprise ne puisse pas appliquer un accord d’entreprise validé par l’ensemble des salariés si celui-ci n’est pas signé par le représentant syndical dont la légitimité repose sur une désignation extérieure ?
La refondation du capitalisme passe aussi par la refondation du syndicalisme : mais est-on prêt à l'entendre ?
Il n'y a rien d'utopique dans ces propositions ; c'est une question de bon sens ; mais la nature humaine fait que l'on voudrait que les autres changent et qu'on a du mal à se remettre soi-même en question ; c'est la paille et la poutre...
Anecdote significative : comme vous le savez, suite à mon dépôt de bilan, j'ai dû faire un plan social et dans le souci de transparence et de concertation, j'ai eu avec mon délégué syndical une réunion d'approche à ce sujet ; tout naturellement, je lui ai demandé de collaborer à ce plan social ; sa réponse fut nette : «vous faites ce que vous voulez, mais ne touchez pas à mes adhérents». Sans commentaires !

mardi 1 décembre 2009

Michaël Moore : un prophète moderne

Au-delà de son extraordinaire talent de cinéaste, Michaël Moore est un véritable prophète ; il a l’intuition que ce monde qui marche sur la tête ne pourra pas durer longtemps et qu’il y a urgence à rectifier le tir sous peine d’aller « droit dans le mur ». Au début de son film « Capitalism : a love story » que je vous invite vivement à voir, il fait le parallèle entre la décadence de l’empire romain et celle de « l’empire » américain et j’ajouterai la décadence du monde occidental. Il dénonce « la mafia » de wall-street mais on comprend bien que cette dénonciation s’adresse au monde financier en général. Dans ce film - qui est plus un documentaire qu’un film – on voit des gens ordinaires dont les vies ont été ravagées par le capitalisme ordinaire comme ces fermiers piégés par les subprimes, expulsés du jour au lendemain sans ménagement et prêts à se venger. L’administration Bush n’est pas ménagée et on découvre sa connivence douteuse avec le monde des affaires…

Michaël Moore traite ce film avec humour. Certaines scènes sont irrésistibles de drôlerie. Par exemple, lorsqu’il demande à un courtier ce que sont les produits financiers dérivés, et que devant la complication des explications, dépité, il renonce à comprendre et pose une ultime question « les journalistes sont-ils à même de comprendre ? », « ils en sont incapables » répond le courtier « et si l’un d’eux comprend, on l’embauche à wall-street » ! De même lorsqu’à la fin du film il boucle le périmètre de wall-street avec un long ruban jaune comme en utilise la police américaine et prend son mégaphone pour inviter les responsables à sortir les mains en l’air ! Son côté Don Quichotte nous rend Michaël Moore encore plus sympathique et plus attachant. On a envie de répondre présent à l’appel qu’il nous lance à tous de le rejoindre ; il se sent souvent seul dans ce beau combat.

Un seul regret dans ce film ; Michaël Moore ne propose pas vraiment d’alternatives. Dans son reportage on voit le fonctionnement d’une société dans laquelle tous les salariés sont actionnaires ; mais il ne nous dit pas si c’est vraiment la solution et en plus il n’y a rien de très novateur dans cette démarche.
Très impressionnant aussi le discours de Roosevelt sur les droits de l’homme qui n’a malheureusement pas été suivi d’effets puisqu’il est mort un an après.
Michaël Moore nous fait comprendre que la démocratie est une réponse à cette dictature financière mais il ne l’associe pas à l’entreprise. Et si une des solutions était justement la démocratie dans l’entreprise ? Cf. Billet n°1 du 23.04.09 Merci Michaël Moore pour votre courage, votre talent, votre lucidité.
Comme le dit le « Canard enchaîné », « au bout de ces deux heures on se demande pourquoi il n’y a pas de Michaël Moore français ! ».

mardi 24 novembre 2009

Sommet de la FAO : un sommet incognito

A Rome au siège de la FAO pour la cinquième fois en treize ans s’est ouvert ce lundi 16 novembre le sommet mondial de l’alimentation et de l’agriculture sur les moyens d’éliminer la faim dans le monde. Les enjeux sont de taille : plus d’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim sur notre planète (leur nombre est en augmentation de 50 millions par an) et quand on sait que d’ici 2050 nous serons plus de 9 milliards sur cette Terre on est en droit de se demander si à terme nous aurons les moyens d’éradiquer le fléau de la faim dans le monde ;

Les précédents sommets sur le sujet ont tous failli à leurs objectif. Les causes sont de deux ordres : non respect des engagement d’aides promis par les pays riches, le peu d’empressement de ces mêmes pays à s’investir dans cette cause et la spéculation sur les denrées alimentaires compte tenu des cours records qui n’ont pas permis aux plus pauvres de s’approvisionner (au printemps 2008, la hausse brutale des matière premières agricoles a provoqué un nombre croissant de manifestations qui ont souvent tourné à l’émeute ; 35 pays ont été secoués par les émeutes de la faim).

Comme on le voit, ce sommet est d’importance. Cependant les pays riches ont-ils pris la mesure de ses enjeux ? Aucun représentants des pays du Nord n’étaient présents sauf Silvio Berlusconi. Cette indifférence des pays riches à se mobiliser pour lutter contre la faim est en soi un scandale majeur. Mais le véritable scandale n’est pas tant que les chefs d’Etats du G8 ne soient pas là mais les raisons de leur absence. Regardons tout simplement les choses en face. La lutte contre la faim n’est pas pour eux de première importance. Nos hommes politiques sont nos élus et le reflet de ce que nous sommes ; ils sont là pour défendre nos intérêts et la faim dans le monde intéresse peu de personnes ; les plus cyniques diront même « heureusement qu’il y a guerres et famines sinon, la Terre ne serait pas assez grande… » ! Les médias emboîtent le pas. L’hebdomadaire très populaire « Paris Match » ne fait même pas état de ce sommet ; les journaux n’y consacrent qu’une demi page à l’intérieur. Quand on voit la différence de médiatisation entre le prochain sommet de Copenhague sur le climat et celui de Rome sur la faim on prend la mesure du problème. Alors pourquoi tant d’indifférence ? Plusieurs réponses possibles : l’éloignement des pays pauvres (il nous serait insupportable de voir des gens mourir de faim dans notre pays), la peur de devoir partager (on sait très bien que ce que l’on donnera sera en moins pour nous) ou tout simplement l’égoïsme forcené lié à la compétition exacerbée.

La refondation du capitalisme passera par une sensibilité accrue à la bonne répartition des richesses dans le monde, par la compréhension qu’à long terme l’enjeu c’est la paix. Alors, pourquoi pas un Grenelle sur la pauvreté ? A quand un protocole mondial avec l’éradication de la faim à 100% comme objectif ?

Je terminerai ce billet par un extrait de l’article de Denis Sassou-Nguesso Président de la république du Congo dans le Figaro du 19 novembre : «Société d’abondance et société de misère doivent conjuguer désormais leurs efforts pour ne plus former qu’une seule humanité unie contre les fléaux que nous avons créés, tels des apprentis sorciers. Seul un désir commun, interétatique, déracinera tous les conflits. Seule une approche fraternelle permettra ce fameux développement durable que nous appelons tous aujourd’hui de nos vœux et dont nous savons qu’il damera définitivement le pion à la famine ».

lundi 16 novembre 2009

La Liberté : droit ou devoir ?


Le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin a été l’occasion d’avoir une réflexion toute particulière sur la liberté : la prise de conscience de son importance pour la dignité de l’homme, un droit essentiel pour chacun.
La liberté c’est notre droit à la libre expression, à pouvoir librement se déplacer, à pouvoir entreprendre, mais c’est aussi tout simplement le droit de vivre : d’avoir de quoi manger, d’avoir un toit, d’avoir accès aux soins quand on est malade.
Mais a-t-on vraiment pris en compte ce droit à vivre quand on sait
qu’en France 1 million de personnes n’ont pas de logement, 8 millions de personnes sont sous le seuil de la pauvreté ;
qu’aux Etats-Unis pays symbole de la liberté 46 millions de personnes n’ont pas accès aux soins faute d’argent
que dans le monde toutes les 6 secondes un enfant meurt de faim ?
Et si la liberté était aussi pour chacun un devoir d’apporter à l’autre la liberté de vivre décemment ?

En économie, la liberté se traduit par le libéralisme.
Mais sans cette notion de devoir, la liberté devient la loi de la jungle, la loi du plus fort où le gros mange le petit et où la publicité devient un outil de manipulation qui paradoxalement nous enlève la liberté de choisir en toute objectivité.

Substituons à cette loi de la jungle la loi de la solidarité qui, pour un chef d’entreprise, devient le devoir d’embaucher des handicapés, le devoir de respecter ses salariés, le devoir de ne pas discriminer, le devoir d’être au service…
Le mot liberté prendrait une toute autre dimension.
C’est ce qu’a compris Francisco Van der Hoff en créant le label Max Havelaar.
La refondation du capitalisme passera par notre capacité à ajouter d’autres règles à la loi du marché pour fixer un cours, des critères de solidarité qui resteront à fixer pour chaque activité ou type de transaction.
Cette démarche est urgente dans nos relations avec les Pays dits pauvres où nous sous payons les matières premières et contribuons à leur appauvrissement.
Et là, nous vivrons vraiment le mot liberté dans toute sa noblesse et dans toute son humanité.

mercredi 11 novembre 2009

Daniel Barenboïm, une belle leçon de management


Dans le Figaro du 14 août j'ai été interpellé par un article de Christian Merlin sur Daniel Barenboïm[1] que j'ai trouvé assez extraordinaire. Je reprends des extraits de cet article : «Ce chef d'orchestre israélien» peu connu du grand public «a fondé en 1999 le West Eastern Divan Orchestra avec son ami Edouard Said historien de la littérature et intellectuel palestinien (...) cette initiative se plaçait d'emblée dans l'héritage de l'humanisme (...) Cet orchestre symphonique réunit pour deux tournées en hiver et en été des musiciens israéliens et arabes (…) Au fil des ans, l'orchestre a su maintenir un nombre égal d'israéliens et d'arabes, le tout renforcé par quelques espagnols (...)». Cet orchestre se produit «dans les plus grandes salles du monde : Berlin, Moscou, Vienne, Milan. Mais ni au Qatar ni au Caire où il aurait dû se produire : concerts annulés pour raison de sécurité (…) Daniel Barenboïm est tout sauf naïf (…) Il sait très bien que son initiative est loin d'être bien vue par les politiques de son pays où «plusieurs députés» n'hésitent pas «à le traiter de traître ou de voyou, les mêmes qui exigèrent qu'il soit déchu de la nationalité israélienne lorsqu'il prit, autre signe fort, un passeport palestinien (…) Convaincu qu'aucune solution militaire ne règlera le conflit (palestino-israëlien), il milite à travers l'exemple de son orchestre, jouant le rôle d'épine dans le pied, d'éveilleur de conscience, celui que jouait autrefois Yehudi Menuhin».
Dans son article, Christian Merlin nous fait part de cette anecdote particulièrement significative : «il fallait le voir au mois d'août dernier, lors du concert de clôture du West Eastern Divan à la salle Pleyel : alors qu'à l'habitude, le chef serre la main du premier violon (en l'occurrence son fils Michaël...), à la rigueur celle des chefs de pupitre ou des cordes, Barenboïm prit vingt minutes pour embrasser chacun des cent musiciens de l'orchestre. Symbole musical aussi : en faisant jouer par son orchestre la musique de Wagner, toujours officiellement interdite en Israël, il rompait une digue. Sans oublier cette expérience bouleversante : alors qu'il avait donné le choix aux musiciens juifs de jouer ou non, il proposa à une jeune Israélienne réticente de quitter l'orchestre parce qu'il la voyait pleurer en jouant Wagner, mais elle lui répondit : 'je ne pleure pas parce que çà me dégoûte, mais parce que je trouve çà beau».
Transposé à l'entreprise, cet exemple est une magnifique leçon de management. Pas d'a priori, pas de lutte de classes, refus de la fatalité du conflit ; beaucoup de simplicité, d'humilité. On pourrait imaginer un chef d'entreprise qui traite ses représentants du personnel, les syndicats, ses salariés... avec autant de respect, les invitant à donner leur avis, les écoutant et faisant d'eux de véritables partenaires, non des adversaires. Mais les esprits sont-ils prêts ? Il y a encore beaucoup de tabous à faire tomber ! La presse quotidienne met en avant les conflits, les chantages... N'y aurait-il pas mieux à faire ? Le «chef d'entreprise» Daniel Barenboïm a créé les conditions pour que chacun se sente reconnu et respecté dans sa différence, soit fier de ce qu'il fait en donnant du sens à sa tâche. C'est un bel exemple de démarche humaniste et d’Amour qui oeuvre pour abattre les murs de la différence, de la haine... qu'on devrait citer dans toutes les écoles de commerce ; tout en développant son orchestre, Daniel Barenboïm a mis en place un outil avec la Paix pour finalité ; c'est une démonstration éclatante qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre le développement économique d'une entreprise et sa finalité humaine et sociale. Oui, la refondation du capitalisme passe bien par le changement des mentalités.

[1] Chef d’orchestre israëlien qui, à l’occasion du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, vient de diriger le concert donné par la Staatskapelle à la Porte de Brandebourg à Berlin.

mardi 3 novembre 2009

Quand la loi va à l’encontre du but recherché


Devant le dysfonctionnement du système capitaliste et du peu d’empressement que les entreprises ont à vivre un minimum de civisme et d’éthique, le législateur est obligé d’intervenir pour les contraindre à respecter les règles élémentaires dans le domaine social, sociétal et environnemental.

Gouvernements de droite ou de gauche s’en donnent à cœur joie pour en « rajouter chaque fois une couche» :
En 2010, les employeurs de plus de 20 salariés qui n’embaucheront pas 6% de personnes handicapées devront s’acquitter d’une amende équivalant à quinze fois le SMIC horaire par poste manquant.
En 2010, les entreprises de plus de 50 salariés qui n’auront pas un accord ou un plan d’action améliorant l’emploi des seniors pourront payer une amende représentant 1% de leur masse salariale.
En 2010, les entreprises de 1000 salariés devront avoir engagé ou conclu des négociations sur le stress au travail : si ce n’est pas le cas, des sanctions financières pourraient être envisagées.
En 2010, les sociétés du CAC40 et du SBF120 devront appliquer les règles de bonne conduite des codes Afep-Medef sous peine de législation de la part de l’exécutif.
En 2010, les entreprises devront prévoir l’égalité salariale entre hommes et femmes.
Faute d’accords en nombre suffisant, un bonus-malus n’est pas exclu.

A travers ces quelques mesures, on voit bien que l’étau se resserre autour de l’entreprise et que la marge de manœuvre est de plus en plus réduite pour leurs dirigeants ; qui plus est, ces contraintes sont un facteur de découragement pour beaucoup de chefs d’entreprise et bien sûr pour la création d’entreprise.
Et si, plutôt que d’imposer des lois on donnait aux principaux intéressés que sont les salariés le moyen de défendre leurs intérêts ? Déjà en instaurant une citoyenneté économique où chaque salarié aurait un bulletin de vote pour participer aux choix de leur patron (cf. billet n°1 du 23.04.09), un droit de veto concernant les principales décisions qui engagent l’avenir de l’entreprise (vente totale ou partielle, investissements, délocalisations, etc.).
Ne croyez-vous pas que cela donnerait une bouffée d’oxygène pour l’entreprise et pour les salariés ? Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les salariés sont suffisamment mâtures pour comprendre qu’il faut quelques fois prendre des décisions difficiles. Arrêtons de faire du racisme intellectuel.
Pas besoin de loi pour faire comprendre à un chef d’entreprise qui serait aussi élu par ses salariés qu’il est de son intérêt de favoriser l’emploi des handicapés et des seniors, de mettre en place des mesures pour limiter le stress, d’avoir une rémunération décente et de pratiquer l’égalité salariale entre homme et femme. Arrêtons d’asphyxier l’entreprise en étant de plus en plus intrusif dans son fonctionnement et imposons-lui des contraintes intérieures fixées librement par les salariés.
Ces mesures de réforme entrent tout à fait dans la refondation du capitalisme et dans l’humanisation de l’entreprise.

lundi 26 octobre 2009

J’ai fait HEC et je m’en excuse


C’est le titre du livre que vient de publier Florence NOIVILLE journaliste au journal « Le Monde », diplômée d’HEC, de Sciences-Po et titulaire d’une maîtrise de droit des affaires. Son ambition dans ce livre n’est pas de stigmatiser une école, mais d’interroger l’esprit des grandes écoles de gestion et de management : l’enseignement des affaires est-il adapté aux enjeux sociaux et environnementaux ? Pour ceci, Florence NOIVILLE a enquêté auprès d’anciens élèves et rencontré des étudiants en cours de scolarité.
J’ai lu ce livre avec « gourmandise » et vous en livre les meilleurs extraits .

« Le propos de ce livre ? Alerter et secouer. Contribuer à rappeler que ce que l’on apprend dans les écoles de management ne peut plus être considéré comme le fondement d’une économie durable, encore moins d’une « politique de civilisation ». Aider à faire en sorte que ce message ne soit pas oublié quand les cours de la bourse seront remontés ». p.18.
« …Pour maximiser ou préserver les profits, la recette que l’on enseigne dans les écoles de management est d’une simplicité biblique : augmenter les revenus et/ou diminuer les coûts. Le problème, c’est que l’on n’apprend jamais jusqu’où l’on peut pousser cette logique simple. L’éthique ou la morale des affaires a peu de place dans les programmes. Pas étonnant si, tout au long de ces vingt cinq années, et en l’absence de variables psychologiques, certaines situations ont pu tourner à la catastrophe ou au scandale pur et simple. » p.37
« Directrice d’une entreprise de formation, Marie porte, elle aussi un jugement très négatif sur l’enseignement reçu à HEC « Pour moi, c’est un enseignement pauvre, appauvrissant, dit-elle ; il y manque furieusement des humanités. ». Lorsqu’on lui demande si, d’après elle, les écoles de commerce ont une responsabilité dans la crise, Marie répond trois fois oui : « Oui, en stoppant la formation humaine et morale des étudiants. Oui, en mettant aux commandes des managers nourris d’élitisme et de culture de la performance. Oui en sur valorisant la réussite économique ». p.52.
« Sans le vouloir, d’autres étudiants Alix et David, me donnent le coup de grâce. Alors que j’évoque avec eux le cours d’éthique des affaires, que j’imagine être désormais être une des pierres angulaires d’un passage à Jouy-En-Josas, l’un d’eux s’étonne : « Je ne crois pas qu’un tel cours existe…En tous cas, pas dans ma majeure ». Dubitatif il ajoute « j’imagine que les avis seraient partagés sur un tel enseignement : qualifié de « pipeau » par certains et de nécessaires par les plus philanthropes. Un autre élève m’apporte la précision recherchée : « le cours d’éthique des affaires n’est pas obligatoire. C’est « un électif seulement ». A mon époque on disait « électif d’ouverture ». Je reste sans voix. Et pour mieux m’achever, Alix m’apprend que le cours sur le commerce équitable a été annulé l’an dernier faute de participants. » p.72

Ces réflexions et ces propos ne m’étonnent pas, moi qui suis intervenu à HEC et qui interviens au quotidien dans les écoles de commerce et d’ingénieurs : Florence NOIVILLE n’exagère rien, c’est bien la triste réalité. Florence NOIVILLE nous dit avoir fait un rêve « I have a dream » que je fais mien pour refonder le capitalisme :

« Je suis sur le campus, on est en 2019 et je reconnais tout, la sortie à Vauhallan, le bâtiment des études ; il me semble pourtant que quelque chose a changé, mais je ne saurais dire quoi : l’école n’est ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ; un élève m’offre de suivre un cours. Un cours de sa majeure « pauvreté ». Pauvreté ? » Oui, m’explique-t-il. Chaque majeure correspond désormais à une question de société : environnement, emploi, santé, pauvreté…je m’étonne ! Les options classiques, finances, marketing, stratégie… ont-elles disparu ? Il m’indique que non, qu’on les retrouve dans tous les cours mais que ces techniques sont mises au service des problèmes qui se posent à l’ensemble du corps social. » p.85.

Merci, Florence NOIVILLE pour ce beau et courageux témoignage !
La refondation du capitalisme passera effectivement par un changement radical de l’enseignement des techniques commerciales. Mais le veux-t-on vraiment ?

lundi 19 octobre 2009

Le syndrome du Titanic : quand les loups se déchaînent

Avec ce film Nicolas Hulot commence à être dérangeant… Tant qu’il parlait de la planète, tout allait bien ; on était admiratif devant ses émissions « Ushuaïa » et devant ses exploits sportifs. La droite l’écoutait, le soutenait et trouvait en lui une caution pour son approche de l’écologie. La gauche le supportait mais sans plus. Mais depuis ce film, rien ne va plus ! Nicolas Hulot attaque frontalement le système capitaliste, la droite se déchaîne et les verts et la gauche sont plutôt gênés. Nicolas Hulot se situe à la gauche de la gauche, à la frontière Besancenot. On ne lui fait plus de cadeaux et j’ai relevé quelques critiques de son film.

Dans le « canard enchaîné » du 07 octobre 09, Jean-Luc Porquet écrit « Mes bien chers frères, n’avez-vous pas mal à la planète ? Nicolas Hulot a mal (…) L’opulence ici, la débine là-bas : tel est le balancement constant de ce film qui déverse sur nous un flot d’images saccadées, hallucinées, nous jetant d’un continent à l’autre, d’une foule à un visage, etc.
A la différence de Yann Arthus-Bertrand, qui du haut de son hélico nous livrait sa synthèse, chiffrait des dégâts infligés à la nature, notre télévangéliste philosophe à la petit semaine (« Chacun de nous est une composante de la galaxie ») explore la grande semoule originelle (« nous sommes des acteurs de quelque chose de beaucoup plus grand »), dénonce le capitalisme sauvage et nous enjoint de nous convertir à la « sobriété heureuse ».
On y croirait presque s’il n’avait accepté de faire sponsoriser son film par le géant EDF, ami bien connu de la sobriété heureuse (et des centrales nucléaires), et s’il ne prenait soin d’épargner ses amis Bouygues le TF1/bétonneur et Sarkozy le chantre de la croissance à aller chercher avec les dents (durables, évidemment).
Au fond, sur quoi débouche ce genre de grandiloquente tirade grenello-compatible ? Sur la taxe carbone à 17euros la tonne… »
Sans commentaire ! Difficile d’être de plus mauvaise foi !

Dans le Figaro du 07 octobre 09 Eric Neuhoff écrit « On ne le répètera jamais assez. Le réchauffement climatique a des conséquences désastreuses : Nicolas Hulot a réalisé un film. Dommage collatéral : il s’est mis à penser. Tous aux abris. C’est « Oui-oui découvre la pollution ». Dans les rôles de Filou et Sournois, le capitalisme et les multinationales (enfin pas toutes : il faut bien préserver certains sponsors). Sur des images de dévastation, la voix de l’auteur assène d’un ton sentencieux de solides banalités. (…) Le commentaire évoque la copie d’un collégien aux dons limités qui aurait beaucoup lu « Télérama ». Dans la marge, le professeur note au feutre rouge : beaucoup d’application, une sincérité évidente, mais manque de maturité. Hulot mélange tout, la crise financière, les marées noires, la sècheresse, les méfaits d’internet. Sa naïveté, qui devrait être touchante, provoque souvent l’hilarité. ». Commentaire petit et mesquin s’il en est !

J’ai vu le film « Le syndrome du Titanic » : ce film est remarquable, criant de vérité ; on le reçoit comme un coup de poing dans la figure ; quel est le message principal que veut nous faire passer Nicolas Hulot ? Je le cite « Les crises écologiques et sociales sont mêlées ; on ne règlera pas la crise écologique sur le dos de la pauvreté ». II remet en question notre petit confort matériel et moral ; il dénonce les dérives du système capitaliste et ceci à juste raison ; en fait, que reproche-t-on à Nicolas Hulot ? D’avoir des sponsors comme Bouygues et EDF ? En quoi cela est-il gênant puisque cela n’empêche pas sa liberté de parole ? Et tant mieux si des sponsors importants lui donnent de tels moyens financiers pour faire passer ses idées ! Cela prouve qu’il a du talent et que ses émissions sont très bonnes.

Pour terminer, je voudrais m’adresser à toi, Nicolas – me permets-tu de te tutoyer ?
Je voudrais te dire combien il faudrait de gens comme toi : lucide mais pas sectaire ; tu as compris l’Essentiel ; tu as bien sûr des détracteurs mais tes amis sont beaucoup plus nombreux ; merci pour ce que tu es et merci d’être la voix de tous ceux qui veulent un monde plus équitable, plus juste, plus humain.

lundi 12 octobre 2009

Le Pape et un curé sur les « barricades »

« Un curé sur les barricades », tel est le titre d'un article de Chloé Aeberhardt consacré au Père Bachet dans le JDD du O6.O9.O9.

L'histoire de Philippe Bachet n'est pas banale ; soixante huit ans, curé de Villemur/Tarn dans la Haute-Garonne, le Père Bachet aurait pu, comme tous ses confrères, se limiter à bien gérer sa paroisse : baptêmes, communions, mariages, enterrements... Mais voilà, le 23 octobre 2OO8, la direction américaine de «Molex» décide - uniquement pour des motivations financières - de fermer le site de Villemur/Tarn, usine spécialisée dans la connectique automobile, avec pour conséquence le chômage pour 283 salariés. Philippe Bachet s'est senti immédiatement concerné : «en tant qu'homme d'Eglise proche de Saint François dAssise, je ne pouvais pas ne pas m'opposer à ce capitalisme odieux (…) Si les américains veulent sa fermeture, c'est pour gagner plus d'argent ; la dignité de ces travailleurs qui se mobilisent jour et nuit pour protéger leurs outils et leur savoir-faire, ils s'en moquent ; et çà, c'est contraire à la doctrine sociale de l'Eglise».
Remonté à bloc, le Père Bachet multiplie les actions de soutien : lors d'une journée 'ville morte' initiée en novembre par le comité d'entreprise de Molex, il sonne symboliquement le glas. Encouragé par son évêque, qui lui a donné son appui, il organise en février un concert au profit des salariés de l'usine avant de participer le 1er mai à la première manifestation de sa vie.
«J'ai hésité à y aller» reconnaît-il « je n'étais pas sûr de m'y sentir à ma place : je ne suis pas un prêtre ouvrier, je ne lutte pas pour des raisons politiques. Mais puisque je m'étais engagé dans ce combat, je trouvais normal de faire les choses jusqu'au bout ; d'ailleurs, Denise Parise (secrétaire du comité d'entreprise de « Molex ».) a apprécié ma présence dans le cortège. A défaut d'avoir des personnalités politiques locales dans leurs rangs, ils avaient un curé!».
Début juillet il écrit une lettre au président de la République. Mi-août, il monte et prend la tête du comité de soutien de Villemur dont le rôle est d'apporter une aide matérielle et morale aux salariés.

A cet article particulièrement sympathique, j’ajouterai des extraits de l’article de Jean-Marie Guenois dans le Figaro du 05.10.09 sur le discours du Pape à Rome inaugurant le second synode sur l’Afrique : « Benoît XVI s’est ainsi attaqué hier à Rome à un certain colonialisme qui continue d’affecter l’Afrique ‘le colonialisme est fini sur le plan politique mais il n’est jamais complètement terminé’ a-t-il lancé dans son homélie. Car ‘le soi-disant premier monde continue d’exporter sur ce continent des rejets spirituels toxiques qui contaminent les populations. Dont une maladie déjà active dans le monde occidental : le matérialisme pratique combiné à une pensée relativiste et nihiliste ».
Un discours plutôt décapant qui remet en question le capitalisme et toutes ses valeurs superficielles.

Quels messages pouvons-nous retirer de ces deux articles ?
Le premier est qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre le fait d’être chrétien et la remise en question du système capitaliste.
Le second est que les croyants de tous bords ont plus que les autres le devoir de remettre en question notre société.
Le troisième est qu’on peut avoir des idées de gauche sans être politiquement de gauche.
Cessons de faire l’amalgame entre la gauche et l’anticlérical et de penser que la droite est la seule à défendre des idées religieuses et spirituelles.
Benoît XVI et Philippe Bachet nous en font la démonstration.



mardi 6 octobre 2009

L’Amour : sentiment ou énergie inépuisable ?



Dans « Vivement Dimanche » du 27 septembre dernier, Nicolas HULOT était l’invité d’honneur. L’émission fut passionnante, on a parlé d’écologie, bien sûr, de pauvreté, d’inégalités… A la fin, Michel DRUCKER s’adresse à son invité « pour conclure, je dirai que dans votre film ‘ le syndrome du Titanic’ on s’aperçoit qu’il faut utiliser la seule énergie qui est inépuisable l’énergie solaire ; et si le salut, une partie du salut, venait du soleil ? ». Nicolas HULOT lui répond « il y a une autre énergie qui est renouvelable et inépuisable, c’est l’énergie de l’Amour. Je ne voudrais pas faire de grande phrase mais c’est Luther King qui a dit ‘on est condamnés à s’aimer ou à crever tous comme des imbéciles’. A choisir, autant choisir la première solution ».

On peut se demander le rapport qu’il y a entre l’énergie de l’Amour et la refondation du capitalisme. Tout simplement l’un est le fondement de l’autre.
La pierre angulaire du capitalisme, c’est la loi du marché, la loi de l’offre et de la demande, la loi du plus fort, la loi de la jungle où le plus fort mange le plus faible. Cela est-il compatible avec le respect et la dignité auxquels chaque homme a droit ? L’homme n’est-il pas autre chose qu’un animal ? Et si nous remplacions cette loi du plus fort par celle de la solidarité, celle de l’Amour, n’inventerions-nous pas un ‘monde meilleur’ où l’homme ne serait plus au service de la compétition et de la performance mais une société où la performance et la compétition seraient au service de l’homme ? Francisco Van der Hoff l’a compris en créant le label Max Havelaar qui garantit que le prix payé aux agriculteurs ne dépend pas du cours du marché mais de leurs besoins pour vivre décemment. C’est en posant des actes d’humilité, de générosité, de compassion, d’Amour que nous trouverons des réponses pour refonder le capitalisme.

Mais le mot Amour est-il vraiment bien compris ? Certains l’associent à une relation physique, d’autres aux sentiments, au mieux aux valeurs… Ce qui n’est pas faux, mais on peut avoir de l’antipathie pour quelqu’un et l’aimer ! Heureusement que les médecins ne soignent pas seulement ceux qui leur sont sympathiques ! Mieux encore, on peut sanctionner quelqu’un tout en l’aimant et le respectant : n’est-ce pas la base d’une bonne éducation ?
Et si l’Amour était aussi la prise de conscience que nous habitons tous dans la même maison : la Terre ? La prise de conscience que ce qui rapproche les hommes est beaucoup plus important et n’ a aucune mesure avec ce qui les sépare : la couleur de la peau, la religion, les convictions politiques ? La prise de conscience que nous sommes tous interdépendants et que le bonheur des uns ne peut pas se faire sans le bonheur des autres ? Enfin la prise de conscience que chacun a un sacro-saint devoir de solidarité envers tous sans exception ?

Donner du Sens à sa vie, c’est vivre cet idéal d’Amour dans le don de soi.

«Un jour, quand nous aurons maîtrisé les vents, les vagues, les marées et la pesanteur, nous exploiterons l’énergie de l’Amour. Alors pour la seconde fois dans l’histoire du monde, l’homme aura découvert le feu», message de Teilhard de CHARDIN que les Ecoles de commerce et autres… devraient inscrire à leur programme…

Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...