mardi 12 janvier 2010

La démocratie dans l’entreprise : des pistes…


Dans l’article d’Antoine Reverchon « Partager autrement le pouvoir dans l’entreprise » dans Le Monde du 14.12.09 voilà ce qu’on lit : « un sondage de la BBC dans 27 pays, publié le 09 novembre, indique que 23% des personnes interrogées estiment qu’il faut changer de système et 51% que le capitalisme doit être réformé. Au-delà de mesures aussi ponctuelles que la taxation des bonus en 2010, les pistes ne manquent pas. Elles vont d’une meilleure prise en compte de la «responsabilité sociale » des entreprises au développement de formes alternatives, mutuelles ou coopératives. Mais certains juristes et experts vont plus loin, proposant une réforme radicale de la distribution du pouvoir entre actionnaires, dirigeants et salariés au sein des entreprises. »
Propos qui confortent notre conviction que c’est par la mise en place de la démocratie dans l’entreprise qu’on trouvera des réponses pour la refondation du capitalisme. Des pistes ont déjà été explorées, d’autres restent à inventer… Essayons de faire schématiquement le point en identifiant les avantages et les inconvénients de chacune.
Coopérative ouvrière (SCOP) : obligation pour les salariés de détenir 51% du capital. Le pouvoir est réparti selon la formule une voix un homme. Avantage : égalité totale entre les salariés actionnaires quel que soit leur apport en capital. Inconvénients : beaucoup (environ 30%) de salariés ne sont pas actionnaires et n’ont pas droit au chapitre ; peu de motivation des actionnaires à s’investir dans une entreprise où ils n’auront que peu de pouvoir. Un coopérateur qui décide de quitter la SCOP ne peut prétendre à valoriser ses parts : la SCOP lui remboursera ses parts sociales au nominal.
Cogestion à l’allemande : un conseil de surveillance composé pour moitié des représentants des actionnaires et pour moitié des représentants des salariés ; le président – qui a voix double - est coopté seulement par les actionnaires. Avantages : représentation effective des salariés au plus haut niveau de la direction de l’entreprise ; ils sont mieux informés et participent aux décisions. Inconvénients : une décision peut être prise sans l’accord des salariés puisque la voix du président fait la différence et qu’il est coopté par les actionnaires ; ce système ne concerne que les entreprises de plus de 2000 personnes et se limite à certaines activités.
Actionnariat : distribution gratuite d’actions à tous les salariés (Bouygues et Auchan sont exemplaires en la matière : 14% de leur capital est détenu par les salariés). Avantages : meilleure répartition des richesses (ce que l’entreprise ne peut pas donner sous forme de salaires parce qu’elle a besoin d’investir, elle le donne sous forme d’actions) ; meilleure implication des salariés dans la marche de l’entreprise car ils sont aussi propriétaires de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. Inconvénients : la distribution d’actions est liée à la seule volonté des actionnaires et la plupart du temps, les salariés étant actionnaires minoritaires, ils ont peu de pouvoir dans la marche de l’entreprise. On est toujours dans le même schéma propriété-pouvoir alors que le seul fait d’être salarié doit donner un droit de regard sur la stratégie et le fonctionnement de l’entreprise.
Notation élection : chaque année tous les salariés notent la confiance qu’ils font à leur patron et en cas de non moyenne, élisent un nouveau PDG au ¾ des voix par une assemblée composée de tous les salariés (chacun une voix) et de tous les actionnaires (autant de voix que les salariés mais en proportion de leur apport en capital) cf. billet n°1 du 23.04.09 . Avantages : dans un premier temps, pas de perturbations dans l’entreprise et cela permet tous les « défoulements » ; dans un deuxième temps – si l’élection est nécessaire – le PDG tirera la légitimité de son autorité d’un mandat donné par les deux partenaires de l’entreprise. Inconvénient : ceci n’est applicable que dans les moyennes ou grosses entreprises (plus de 300 personnes).
Consultation annuelle simple : pour les PME on pourrait imaginer une simple notation annuelle du PDG ou du gérant, sans obligation de résultat et sans conséquences sur sa permanence dans le poste, mais avec obligation de publication. Avantage : mesure incitative à une gestion plus sociale. Inconvénient : le patron peut passer outre cette évaluation.
Election par approbation : système qui reste à expérimenter. Le conseil d’administration désigne un PDG et dans les six mois qui suivent, par référendum, les salariés sont appelés à valider ce choix. Avantage : pas de confrontation directe entre plusieurs candidats et donc pas de campagne électorale. Inconvénient : frustration des salariés qui ne peuvent pas proposer des candidats.
Election à candidature multiple : système qui reste aussi à expérimenter. Tous les cinq ou sept ans plusieurs candidats peuvent se présenter à l’ élection au poste de PDG au sein d’une assemblée composée pour moitié de tous le salariés et pour moitié des actionnaires qui auront autant de voix que les salariés mais en proportion de leur apport en capital ; pour être élu, le candidat devra obtenir les ¾ des voix C’est le même principe que la notation-élection mais la différence est qu’il n’y a pas la notation annuelle et que cette élection se fait à échéance fixe (tous les cinq ou sept ans). Avantage : égalité complète entre les salariés et les actionnaires pour présenter leur candidat. Inconvénient : risque de blocage pour les ¾ des voix, ce qui nécessiterait plusieurs tours de scrutin.

Comme on peut le voir les pistes ne manquent pas ; c’est la volonté et le courage qui font défaut. Osons espérer que nos leaders politiques, syndicaux, économiques, puissent prendre conscience de cette urgence à réformer l’entreprise.

mardi 5 janvier 2010

Bilan économique : cherchez l’erreur

Traditionnellement, le 31 décembre est consacré aux bilans en tous genres et entre autres, bien sûr, au bilan économique qui après cette grave crise financière, revêt une importance toute particulière. Dans les différents medias on peut lire que le 28 décembre 2009 le CAC 40 signe son record de l’année avec 3912 points – soit un bon de 22 % depuis le 1er janvier 2009 – et qu’une hausse de 10% est attendue. Le bilan sur le chômage est moins reluisant : le nombre de chômeurs inscrits au Pôle Emploi (catégorie A, B ou C) a progressé de 20,3% en une année soit 675 000 chômeurs de plus en un an pour atteindre 3 790 000 demandeurs d’emploi sans inclure ceux d’Outre-Mer. Ce sont les cadres qui ont été le plus touchés : leurs inscriptions au Pôle Emploi ont augmenté de 22% en un an soit 2 683 400 inscrits en catégorie A et les prévisions sont plutôt pessimistes.

A partir de ces deux bilans, quels constats pouvons-nous faire?
Premièrement il y a certainement un lien de cause à effet entre les licenciements et la remontée du CAC 40. Rien d’anormal à ceci dans la logique d’une société d’économie de marché où le salarié est une variable d’ajustement : la crise a généré une baisse d’activité et par là-même des suppressions d’emplois qui ont permis un rapide retour aux bénéfices. L’anomalie c’est que la crise est d’origine financière et les dommages humains.
Deuxième constat et certainement le plus riche d’enseignement : en cas de crise économique dans une entreprise, quelles qu’en soient les causes, ce sont les salariés qui sont en première ligne et risquent le plus.

Lorsque je parle de démocratie dans l’entreprise, on me réfute souvent que ce sont les actionnaires qui prennent le plus de risque et que c’est normal qu’ils aient le pouvoir ; c’est encore vrai dans les petites entreprises où le capital est en majorité détenu par le dirigeant mais c’est de moins en moins vrai dans les grandes comme le montrent ces statistiques. Raison de plus pour donner à ceux qui risquent davantage le moyen de se prémunir de ces risques par l‘accès au pouvoir, en devenant acteurs et non plus spectateurs de la pérennité de leur emploi, dit autrement en devenant des citoyens et non plus des sujets de leur entreprise cf. billet n°1 du 23.04.09
Qu’y a-t-il de plus grave ? Voir dévaloriser son capital ou perdre son emploi ? Plus on avance en âge, plus les conséquences d’une perte d’emploi sont graves ; retrouver un emploi à vingt ou trente ans est possible, mais dépassé la cinquantaine, c’est pratiquement impossible ; la rubrique des faits divers témoigne au quotidien de ces drames. Car, en termes de risques, ce sont bien les salariés qui sont en première ligne.

dimanche 27 décembre 2009

La grève deviendra-telle illégale ?


On est en droit de penser à l’occasion de chaque grande grève que quelque chose ne tourne pas rond. Comment six cent personnes peuvent-elles aujourd’hui pénaliser près d’1,8 millions de franciliens ? Comment une grève des aiguilleurs du ciel peut-elle bloquer des milliers de voyageurs dans un aéroport ? Comment une grève de routiers peut-elle entièrement paralyser le réseau national ? Ce type de grève tellement impopulaire n’est-il pas appelé à disparaître voire à devenir illégal ? Aujourd’hui en effet on ne pourrait pas imaginer une grève qui priverait d’électricité des milliers de personnes. Conscient de cet anachronisme le gouvernement en a tiré le concept de « service minimum ».
Sans compter que ces mouvements de grèves dérapent souvent : menaces de faire sauter les usines (bombonnes de gaz…), saccages de bureaux ou d'ateliers, séquestrations... Et à juste titre on parle alors de chantage, de violence. Mais n'est-ce pas une violence qui répond à une autre violence, moins physique il est vrai, mais tout aussi grave si ce n'est plus, une violence morale ? Dire à une personne qui travaille dans un atelier depuis plus de vingt ans que son poste va être supprimé ou que son usine va être délocalisée uniquement pour des raisons de rentabilité, n’est-ce pas une violence ? Imaginons-nous tous les dégâts psychologiques et financiers que cela peut entraîner pour elle et pour son entourage ? On peut comprendre que les nerfs puissent lâcher ! Certains diront que rien n'excuse la violence. Je suis d'avis que rien ne l'excuse mais on peut la comprendre ou l'expliquer.

Mais la grève - qui est tout à fait légale – n'est-elle pas elle aussi une violence ?
Violence envers les actionnaires qui en quelques jours peuvent voir détruit le fruit de tous leur efforts ou disparaître toutes leurs économies. Violence envers les salariés qui veulent et ont besoin de travailler et verront malgré eux leur bulletin de salaire amputé. Violence envers les clients qui sont pris en otage avec des conséquences quelques fois dramatiques. Appelons un chat un chat : la grève est ni plus ni moins un acte de violence légalisé, banalisé. Alors, bien sûr, pas question de supprimer ce droit de grève qui est un acquis social important ! Mais est-ce normal que le seul recours des salariés pour se faire entendre soit un moyen violent ? N'y aurait-il pas un autre moyen plus civilisé pour que les premiers partenaires de l'entreprise et qui font sa richesse puissent faire valoir leurs intérêts et trouver des solutions sans avoir recours à la violence et au chantage ? Ce moyen, c'est la démocratie dans l'entreprise qui donnera aux salariés un véritable pouvoir de s’opposer à un patron qui ne les respecterait pas ; de s’opposer à des délocalisations ou licenciements abusifs ; de s’opposer à des conditions de travail et à un management inhumain ; ce pouvoir de la démocratie est beaucoup plus fort que le pouvoir de la violence ; il est le fruit de l’évolution de la conscience collective, de la société et des mentalités ; à quand la citoyenneté économique ? Cf. billet n°1 du 23.04.09

dimanche 20 décembre 2009

Copenhague : le sommet de l’égoïsme

On attendait beaucoup de ce sommet qui pour la première fois réunissait 120 chefs d’Etat et de gouvernement pour le plus grand rendez-vous climatique jamais organisé.

Le premier enjeu était de limiter la hausse de la température de la planète à 1,5° C ou 2° C maximum par rapport à 1990, ce qui correspond à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) de 85% d’ici 2050 par rapport à 1990 pour atteindre l’objectif de 1,5° C et une diminution de seulement 50% pour ne pas dépasser 2° C.
L’autre enjeu était de financer les pays pauvres pour qu’ils puissent eux aussi avoir accès à des énergies propres.
Les discussions furent âpres et finalement ce sommet s’est soldé par une déclaration
politique à minima dans laquelle chaque pays s’est engagé à faire de son mieux mais sans avancer de chiffres.

Pourquoi ce relatif échec ?
Deux principales raisons : le refus de la Chine d’accepter des contrôles et la peur des Etats-Unis que cet engagement les pénalise économiquement et amplifie leur chômage. Il aurait pourtant été certainement possible de trouver un accord, il fallait tout simplement partir de deux constats.

Premier constat :
Les entreprises ne polluent pas pour le plaisir de polluer ; elles polluent parce qu’elles répondent aux besoins de leurs clients : besoin de se déplacer, besoin de se nourrir, besoin de se soigner, besoin de se chauffer, etc. C’est donc sur l’homme en tant qu’individu qu’il faut agir pour réduire les émissions de GES. Mais comme celui-ci est difficilement réceptif à des contraintes éthiques et encore moins à des sanctions financières, ce sont donc les entreprises et les collectivités qui deviennent les interlocuteurs et les acteurs pour limiter les émissions de GES.

Deuxième constat.
Les entreprises ayant de moins en moins de frontières elles peuvent facilement échapper aux contraintes fiscales et écologiques d’un pays en délocalisant ou en créant des sociétés offshores dans des pays où les impositions fiscales sont plus avantageuses et les contraintes écologiques plus souples ou inexistantes. Qui ne connaît le scandale de la manipulation des prix de transfert que les multinationales utilisent pour payer moins d’impôts ? Mais pour les entreprises qui n’opèrent que sur leur sol national, un engagement gouvernemental trop important par rapport à d’autres Etats peut les pénaliser économiquement.

Quelles leçons tirer de ces deux constats ?
Première leçon : c’est sur les entreprises qu’il faut mettre la pression écologique et non sur les Etats.
Deuxième leçon : Il faut dépasser la notion d’Etat et réfléchir plus globalement en ne raisonnant plus sur une planète à 198 pays mais sur une « planète village mondial ». Imposons à toutes les entreprises, quelle que soit leur nationalité ou leur situation géographique, la même réduction de GES. Imposons à toutes les entreprises un impôt mondial pour financer les pays pauvres afin qu’ils puissent investir dans les énergies propres. Le rôle des Etats sera de veiller à la bonne application de ces contraintes et d’encaisser cet impôt mondial. Dépassons nos égoïsmes nationaux et il nous sera alors possible de trouver les réponses pour que la génération d’aujourd’hui permette aux générations futures de vivre sur une planète capable à répondre à leurs besoins.











mardi 15 décembre 2009

Chômage : peut-on l’éviter ?


Le chômage est une des plaies de notre société. Il peut être une atteinte à la dignité de l’homme, il est une dégradation de ses ressources avec des conséquences parfois dramatiques. Tous les gouvernements luttent contre le chômage avec plus au moins de succès. Y a-t-il une fatalité du chômage ou peut-on espérer l’éradiquer un jour ?

Le système capitaliste est basé sur la compétition et qui dit compétition dit des gagnants et des perdants ; dans cette logique, on n’empêchera jamais des entreprises de déposer leur bilan et des salariés de se retrouver au chômage. La compétition nous permet d’avoir le meilleur de la qualité, du prix, du service, mais elle a ses revers. Je voudrais bien suivre tous ceux qui disent « il faudrait interdire de licencier » et savoir s’il portent toujours les mêmes marques de vêtements ou consomment toujours les mêmes marques de produits alimentaires ! Ils sont comme tout le monde : ils zappent en fonction de la dernière promotion ou innovation… Et quand on zappe on crée un emploi d’un côté et on en supprime un de l’autre. Si l’on tient compte de cette logique on comprend que le chômage est inévitable.

Par contre il y a des moyens de le limiter et d’atténuer ses effets désastreux. Ce sont toutes les aides sous différentes formes qui sont apportées (RSA, Allocations chômage, etc.) Certains préconisent le partage du travail et on a vu venir les 35h, idée sympathique mais un peu dérangeante ; d’abord parce qu’elle est imposée ensuite parce qu’elle ne concerne pas tout le monde (professions libérales, commerçants, chefs d’entreprise…) : pourquoi demanderait-on les efforts de solidarité toujours aux mêmes personnes – souvent les plus défavorisées - ? Dans le cadre de la refondation du capitalisme il y aurait certainement d’autres pistes à creuser, par exemple :

Favoriser un meilleur discernement dans les investissements

Est-il urgent et vital de remplacer les hôtesses d’accueil des cinémas par des bornes pour distribuer les billets ? Est-il urgent et vital d’ inciter dans les gares les voyageurs à prendre leurs billets à des distributeurs automatiques ? Est-il urgent et vital de supprimer les hôtesses de caisse des supermarchés au profit de caisses automatiques ? Tous ces investissements dont le gain est infime en regard des dégâts causés ne devraient-il pas être soumis à une imposition dissuasive ?

Favoriser la création d’entreprises citoyennes

telles que « Mosquito Washer » créée par Christophe-Hugues LORIOT, ancien érémiste qui a vécu la galère d’une recherche d’emploi et qui, compte tenu de son expérience, veut donner la chance à des personnes marginales en recherche d’emploi de retrouver leur dignité et des ressources décentes. Il propose donc à des chômeurs longue durée un emploi de pompiste en CDI à temps partiel (24h à 27h par semaine) et leur garantit le Smic horaire. L’objectif n’est pas qu’ils restent pompistes à vie mais de favoriser des contacts à travers leur travail de pompiste avec de futurs employeurs et de retrouver un véritable emploi. Chaque pompiste remet une carte de fidélité avec son nom et au dos le métier qu’il recherche ; s’il trouve un emploi « Mosquito Washer » le libère rapidement et si çà ne marche pas, s’engage à le réembaucher. Cette démarche inscrit les super et hypermarchés clients de « Mosquito Washer » dans une solidarité qui ne peut qu’être profitable à l’image de l’enseigne et leur donne l’avantage d’offrir un service plus complet à leur clientèle.

Inviter les dirigeants à recruter des personnes au chômage longue durée

par la création d’un statut de chômeur longue durée (1 ou 2 ans) avec des avantages à la clé pour l’entreprise qui les embaucherait. Une entreprise bien gérée et qui gagne honnêtement sa vie a toujours une marge de manœuvre pour recruter au-delà de ses besoins un chômeur longue durée - qu’il s’agisse d’un simple ouvrier ou d’un ingénieur - dans une limite raisonnable, bien entendu. Ce qui peut apparaître comme une charge supplémentaire deviendra vite une chance ne serait-ce que par le message très fort de solidarité que l’entreprise fera passer en interne et en externe. Bien sûr, cela va à l’encontre de la sacro-sainte loi de la rentabilité, mais le profit maximum à tout prix a-t-il toujours sa place dans la refondation du capitalisme ?

samedi 5 décembre 2009

Les syndicats : le meilleur et le pire

Invités par l’association des journalistes de l’information sociale, les dirigeants des huit syndicats français ont planché ensemble ce lundi 16 novembre sur l’avenir du syndicalisme.
Au regard des 7,6% de salariés syndiqués – taux le plus bas de l’OCDE et régulièrement en baisse en France notamment - on est en droit de se demander si le syndicalisme tel qu'il existe aujourd'hui peut encore être crédible et efficace longtemps.
Bien sûr, il ne s'agit pas de remettre en question le syndicalisme et la présence syndicale dans les entreprises – ils ont été à l'origine de toutes les grandes avancées sociales : congés payés, semaine de 4Oh... - et dont la nature profonde est de préserver les intérêts des salariés – qu'ils soient ouvriers ou cadres - et de veiller à la bonne application du droit du travail ; mais le syndicalisme ne doit-il pas prendre une autre forme ?
Dans le cadre de la refondation du capitalisme, il est nécessaire de penser comment donner aux syndicats la place qu'ils méritent. Aujourd'hui ils ne représentent que 5% des salariés dans le privé et 1O% dans le secteur public.
Serait-il utopique que l'adhésion syndicale devienne automatique lorsqu'on a un bulletin de salaire ? Libre à chacun évidemment, d'adhérer au syndicat de son choix. On passerait à 1OO % d'adhérents avec tous les avantages conséquents aussi bien pour les syndicats que pour les dirigeants : plus de crédibilité, plus d'efficacité … et - autre avantage non négligeable – pas de discrimination syndicale : le patron aurait du mal à faire la différence entre celui qui adhère à un syndicat pour s'opposer au patron et celui qui adhère à un syndicat parce que c'est obligatoire ; et de plus, cela serait un frein à la politisation du syndicalisme.
Serait-il utopique que le coût d'adhésion au syndicat soit assumé par le CE ou l’entreprise (à négocier) ? Mesure-t-on l'effort financier que cela représente pour un modeste salarié le fait de payer une cotisation syndicale si minime soit-elle ? N'est-ce pas un frein à prendre sa carte syndicale ?
Serait-il utopique que la désignation des représentants syndicaux soit validée par les salariés ? Est-il normal qu’un chef d’entreprise ne puisse pas appliquer un accord d’entreprise validé par l’ensemble des salariés si celui-ci n’est pas signé par le représentant syndical dont la légitimité repose sur une désignation extérieure ?
La refondation du capitalisme passe aussi par la refondation du syndicalisme : mais est-on prêt à l'entendre ?
Il n'y a rien d'utopique dans ces propositions ; c'est une question de bon sens ; mais la nature humaine fait que l'on voudrait que les autres changent et qu'on a du mal à se remettre soi-même en question ; c'est la paille et la poutre...
Anecdote significative : comme vous le savez, suite à mon dépôt de bilan, j'ai dû faire un plan social et dans le souci de transparence et de concertation, j'ai eu avec mon délégué syndical une réunion d'approche à ce sujet ; tout naturellement, je lui ai demandé de collaborer à ce plan social ; sa réponse fut nette : «vous faites ce que vous voulez, mais ne touchez pas à mes adhérents». Sans commentaires !

mardi 1 décembre 2009

Michaël Moore : un prophète moderne

Au-delà de son extraordinaire talent de cinéaste, Michaël Moore est un véritable prophète ; il a l’intuition que ce monde qui marche sur la tête ne pourra pas durer longtemps et qu’il y a urgence à rectifier le tir sous peine d’aller « droit dans le mur ». Au début de son film « Capitalism : a love story » que je vous invite vivement à voir, il fait le parallèle entre la décadence de l’empire romain et celle de « l’empire » américain et j’ajouterai la décadence du monde occidental. Il dénonce « la mafia » de wall-street mais on comprend bien que cette dénonciation s’adresse au monde financier en général. Dans ce film - qui est plus un documentaire qu’un film – on voit des gens ordinaires dont les vies ont été ravagées par le capitalisme ordinaire comme ces fermiers piégés par les subprimes, expulsés du jour au lendemain sans ménagement et prêts à se venger. L’administration Bush n’est pas ménagée et on découvre sa connivence douteuse avec le monde des affaires…

Michaël Moore traite ce film avec humour. Certaines scènes sont irrésistibles de drôlerie. Par exemple, lorsqu’il demande à un courtier ce que sont les produits financiers dérivés, et que devant la complication des explications, dépité, il renonce à comprendre et pose une ultime question « les journalistes sont-ils à même de comprendre ? », « ils en sont incapables » répond le courtier « et si l’un d’eux comprend, on l’embauche à wall-street » ! De même lorsqu’à la fin du film il boucle le périmètre de wall-street avec un long ruban jaune comme en utilise la police américaine et prend son mégaphone pour inviter les responsables à sortir les mains en l’air ! Son côté Don Quichotte nous rend Michaël Moore encore plus sympathique et plus attachant. On a envie de répondre présent à l’appel qu’il nous lance à tous de le rejoindre ; il se sent souvent seul dans ce beau combat.

Un seul regret dans ce film ; Michaël Moore ne propose pas vraiment d’alternatives. Dans son reportage on voit le fonctionnement d’une société dans laquelle tous les salariés sont actionnaires ; mais il ne nous dit pas si c’est vraiment la solution et en plus il n’y a rien de très novateur dans cette démarche.
Très impressionnant aussi le discours de Roosevelt sur les droits de l’homme qui n’a malheureusement pas été suivi d’effets puisqu’il est mort un an après.
Michaël Moore nous fait comprendre que la démocratie est une réponse à cette dictature financière mais il ne l’associe pas à l’entreprise. Et si une des solutions était justement la démocratie dans l’entreprise ? Cf. Billet n°1 du 23.04.09 Merci Michaël Moore pour votre courage, votre talent, votre lucidité.
Comme le dit le « Canard enchaîné », « au bout de ces deux heures on se demande pourquoi il n’y a pas de Michaël Moore français ! ».

mardi 24 novembre 2009

Sommet de la FAO : un sommet incognito

A Rome au siège de la FAO pour la cinquième fois en treize ans s’est ouvert ce lundi 16 novembre le sommet mondial de l’alimentation et de l’agriculture sur les moyens d’éliminer la faim dans le monde. Les enjeux sont de taille : plus d’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim sur notre planète (leur nombre est en augmentation de 50 millions par an) et quand on sait que d’ici 2050 nous serons plus de 9 milliards sur cette Terre on est en droit de se demander si à terme nous aurons les moyens d’éradiquer le fléau de la faim dans le monde ;

Les précédents sommets sur le sujet ont tous failli à leurs objectif. Les causes sont de deux ordres : non respect des engagement d’aides promis par les pays riches, le peu d’empressement de ces mêmes pays à s’investir dans cette cause et la spéculation sur les denrées alimentaires compte tenu des cours records qui n’ont pas permis aux plus pauvres de s’approvisionner (au printemps 2008, la hausse brutale des matière premières agricoles a provoqué un nombre croissant de manifestations qui ont souvent tourné à l’émeute ; 35 pays ont été secoués par les émeutes de la faim).

Comme on le voit, ce sommet est d’importance. Cependant les pays riches ont-ils pris la mesure de ses enjeux ? Aucun représentants des pays du Nord n’étaient présents sauf Silvio Berlusconi. Cette indifférence des pays riches à se mobiliser pour lutter contre la faim est en soi un scandale majeur. Mais le véritable scandale n’est pas tant que les chefs d’Etats du G8 ne soient pas là mais les raisons de leur absence. Regardons tout simplement les choses en face. La lutte contre la faim n’est pas pour eux de première importance. Nos hommes politiques sont nos élus et le reflet de ce que nous sommes ; ils sont là pour défendre nos intérêts et la faim dans le monde intéresse peu de personnes ; les plus cyniques diront même « heureusement qu’il y a guerres et famines sinon, la Terre ne serait pas assez grande… » ! Les médias emboîtent le pas. L’hebdomadaire très populaire « Paris Match » ne fait même pas état de ce sommet ; les journaux n’y consacrent qu’une demi page à l’intérieur. Quand on voit la différence de médiatisation entre le prochain sommet de Copenhague sur le climat et celui de Rome sur la faim on prend la mesure du problème. Alors pourquoi tant d’indifférence ? Plusieurs réponses possibles : l’éloignement des pays pauvres (il nous serait insupportable de voir des gens mourir de faim dans notre pays), la peur de devoir partager (on sait très bien que ce que l’on donnera sera en moins pour nous) ou tout simplement l’égoïsme forcené lié à la compétition exacerbée.

La refondation du capitalisme passera par une sensibilité accrue à la bonne répartition des richesses dans le monde, par la compréhension qu’à long terme l’enjeu c’est la paix. Alors, pourquoi pas un Grenelle sur la pauvreté ? A quand un protocole mondial avec l’éradication de la faim à 100% comme objectif ?

Je terminerai ce billet par un extrait de l’article de Denis Sassou-Nguesso Président de la république du Congo dans le Figaro du 19 novembre : «Société d’abondance et société de misère doivent conjuguer désormais leurs efforts pour ne plus former qu’une seule humanité unie contre les fléaux que nous avons créés, tels des apprentis sorciers. Seul un désir commun, interétatique, déracinera tous les conflits. Seule une approche fraternelle permettra ce fameux développement durable que nous appelons tous aujourd’hui de nos vœux et dont nous savons qu’il damera définitivement le pion à la famine ».

lundi 16 novembre 2009

La Liberté : droit ou devoir ?


Le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin a été l’occasion d’avoir une réflexion toute particulière sur la liberté : la prise de conscience de son importance pour la dignité de l’homme, un droit essentiel pour chacun.
La liberté c’est notre droit à la libre expression, à pouvoir librement se déplacer, à pouvoir entreprendre, mais c’est aussi tout simplement le droit de vivre : d’avoir de quoi manger, d’avoir un toit, d’avoir accès aux soins quand on est malade.
Mais a-t-on vraiment pris en compte ce droit à vivre quand on sait
qu’en France 1 million de personnes n’ont pas de logement, 8 millions de personnes sont sous le seuil de la pauvreté ;
qu’aux Etats-Unis pays symbole de la liberté 46 millions de personnes n’ont pas accès aux soins faute d’argent
que dans le monde toutes les 6 secondes un enfant meurt de faim ?
Et si la liberté était aussi pour chacun un devoir d’apporter à l’autre la liberté de vivre décemment ?

En économie, la liberté se traduit par le libéralisme.
Mais sans cette notion de devoir, la liberté devient la loi de la jungle, la loi du plus fort où le gros mange le petit et où la publicité devient un outil de manipulation qui paradoxalement nous enlève la liberté de choisir en toute objectivité.

Substituons à cette loi de la jungle la loi de la solidarité qui, pour un chef d’entreprise, devient le devoir d’embaucher des handicapés, le devoir de respecter ses salariés, le devoir de ne pas discriminer, le devoir d’être au service…
Le mot liberté prendrait une toute autre dimension.
C’est ce qu’a compris Francisco Van der Hoff en créant le label Max Havelaar.
La refondation du capitalisme passera par notre capacité à ajouter d’autres règles à la loi du marché pour fixer un cours, des critères de solidarité qui resteront à fixer pour chaque activité ou type de transaction.
Cette démarche est urgente dans nos relations avec les Pays dits pauvres où nous sous payons les matières premières et contribuons à leur appauvrissement.
Et là, nous vivrons vraiment le mot liberté dans toute sa noblesse et dans toute son humanité.

mercredi 11 novembre 2009

Daniel Barenboïm, une belle leçon de management


Dans le Figaro du 14 août j'ai été interpellé par un article de Christian Merlin sur Daniel Barenboïm[1] que j'ai trouvé assez extraordinaire. Je reprends des extraits de cet article : «Ce chef d'orchestre israélien» peu connu du grand public «a fondé en 1999 le West Eastern Divan Orchestra avec son ami Edouard Said historien de la littérature et intellectuel palestinien (...) cette initiative se plaçait d'emblée dans l'héritage de l'humanisme (...) Cet orchestre symphonique réunit pour deux tournées en hiver et en été des musiciens israéliens et arabes (…) Au fil des ans, l'orchestre a su maintenir un nombre égal d'israéliens et d'arabes, le tout renforcé par quelques espagnols (...)». Cet orchestre se produit «dans les plus grandes salles du monde : Berlin, Moscou, Vienne, Milan. Mais ni au Qatar ni au Caire où il aurait dû se produire : concerts annulés pour raison de sécurité (…) Daniel Barenboïm est tout sauf naïf (…) Il sait très bien que son initiative est loin d'être bien vue par les politiques de son pays où «plusieurs députés» n'hésitent pas «à le traiter de traître ou de voyou, les mêmes qui exigèrent qu'il soit déchu de la nationalité israélienne lorsqu'il prit, autre signe fort, un passeport palestinien (…) Convaincu qu'aucune solution militaire ne règlera le conflit (palestino-israëlien), il milite à travers l'exemple de son orchestre, jouant le rôle d'épine dans le pied, d'éveilleur de conscience, celui que jouait autrefois Yehudi Menuhin».
Dans son article, Christian Merlin nous fait part de cette anecdote particulièrement significative : «il fallait le voir au mois d'août dernier, lors du concert de clôture du West Eastern Divan à la salle Pleyel : alors qu'à l'habitude, le chef serre la main du premier violon (en l'occurrence son fils Michaël...), à la rigueur celle des chefs de pupitre ou des cordes, Barenboïm prit vingt minutes pour embrasser chacun des cent musiciens de l'orchestre. Symbole musical aussi : en faisant jouer par son orchestre la musique de Wagner, toujours officiellement interdite en Israël, il rompait une digue. Sans oublier cette expérience bouleversante : alors qu'il avait donné le choix aux musiciens juifs de jouer ou non, il proposa à une jeune Israélienne réticente de quitter l'orchestre parce qu'il la voyait pleurer en jouant Wagner, mais elle lui répondit : 'je ne pleure pas parce que çà me dégoûte, mais parce que je trouve çà beau».
Transposé à l'entreprise, cet exemple est une magnifique leçon de management. Pas d'a priori, pas de lutte de classes, refus de la fatalité du conflit ; beaucoup de simplicité, d'humilité. On pourrait imaginer un chef d'entreprise qui traite ses représentants du personnel, les syndicats, ses salariés... avec autant de respect, les invitant à donner leur avis, les écoutant et faisant d'eux de véritables partenaires, non des adversaires. Mais les esprits sont-ils prêts ? Il y a encore beaucoup de tabous à faire tomber ! La presse quotidienne met en avant les conflits, les chantages... N'y aurait-il pas mieux à faire ? Le «chef d'entreprise» Daniel Barenboïm a créé les conditions pour que chacun se sente reconnu et respecté dans sa différence, soit fier de ce qu'il fait en donnant du sens à sa tâche. C'est un bel exemple de démarche humaniste et d’Amour qui oeuvre pour abattre les murs de la différence, de la haine... qu'on devrait citer dans toutes les écoles de commerce ; tout en développant son orchestre, Daniel Barenboïm a mis en place un outil avec la Paix pour finalité ; c'est une démonstration éclatante qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre le développement économique d'une entreprise et sa finalité humaine et sociale. Oui, la refondation du capitalisme passe bien par le changement des mentalités.

[1] Chef d’orchestre israëlien qui, à l’occasion du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, vient de diriger le concert donné par la Staatskapelle à la Porte de Brandebourg à Berlin.

Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...