mardi 21 septembre 2010

Des raisons d’espérer


Les Roms ont été au centre de l’actualité et continuent à l’être.

Cela a commencé par un fait divers le 18 juillet dernier. Une cinquantaine de gens du voyage attaquent la gendarmerie de Saint-Aignan dans le Loir-Et- Cher pour protester contre la mort de Louis-Guy Duquenet, un gitan de 22 ans recherché pour vol et tué par un gendarme alors qu’il essayait de forcer un contrôle.
Trois jours après, le 21 juillet, Nicolas Sarkozy, dans un discours à Grenoble qui fait aujourd’hui référence, accuse les gens du voyage et en particulier les Roms, d’être responsables de troubles dans les lieux où ils séjournent.
Quelques temps après, le Ministre de l’intérieur Brice Hortefeux annonce le démantèlement de la moitié des 600 camps illégaux des gens du voyage d’ici à trois mois et la reconduite à la frontière immédiate des Roms ayant commis des atteintes à l’ordre public.
Le 19 août, ce sont les premières expulsions de Roms vers la Roumanie et la Bulgarie.

Comme on s’en doute, ce discours et ces mesures prises suscitent beaucoup de réactions et d’émotion en France, en Europe et dans le monde.

Le 22 août, le Pape Benoît XVI invite la France à accueillir les « légitimes diversités humaines ; tous les hommes sont appelés au salut ».
Le 25 août, ces expulsions inquiètent la Commission européenne par la voix de Viviane Reding.
Le 27 août, le Comité de l’ONU contre la discrimination raciale appelle la France à éviter les renvois collectifs de Roms.
Le 04 septembre, 100 000 personnes défilent en France contre la politique xénophobe du gouvernement.
Le 08 septembre, le Parlement européen demande à la France la suspension immédiate des renvois de Roms, ce que Paris refuse.
Le 10 septembre, on apprend qu’une circulaire du 05 août 2010 signée par Michel Bart, directeur de cabinet du Ministre de l’Intérieur, stipule que « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms. Il revient donc, dans chaque département, au préfet d’engager (…) une démarche systématique de démantèlement des camps illicites en priorité ceux des Roms ». Dans ce document, à plusieurs reprises, les Roms sont visés. La divulgation de ce document relance la polémique, provoque une crise diplomatique en Europe, la plus grave depuis 40 ans.
Un sondage exclusif CSA auquel le journal « Aujourd’hui » du 18 septembre fait référence nous dit que « 56% des français estiment que l’Union européenne est dans son rôle en critiquant la politique du gouvernement français ».

Toutes ces réactions positives pour s’opposer à la stigmatisation d’une communauté sont un témoignage très fort que les valeurs de dignité et de respect d’autrui - même si elles ne sont pas toujours vécues - sont encore aujourd’hui bien vivantes en France, en Europe et dans le monde et que les gens sont à même de s’élever contre des mesures discriminatoires qui s’apparentent à de la démagogie et du calcul politique.
Les conditions de fond sont remplies pour refonder le capitalisme.
L’étape suivante est de faire comprendre que c’est le même combat à mener pour le respect et la dignité des minorités que pour le respect et la dignité des hommes dans l’entreprise où ils doivent être reconnus comme citoyens et non comme mercenaires corvéables à merci.







mardi 14 septembre 2010

Métier ou mission de l'Entreprise


Je paraphraserai la fameuse citation de Rabelais «Science sans conscience n'est que ruine de l'âme» en disant «Métier sans mission n'est que ruine de l'Entreprise».

Un métier fait référence à un savoir faire, une compétence, une activité... que ce soit pour un homme, une association, une entreprise... La mission fait référence à l'objectif qu'on se donne à travers son métier, ses compétences. La mission est noble par excellence, elle a une finalité humaine. Métier et mission sont indissociables. Un médecin qui ne prendrait pas en compte sa mission ferait profiter de ses talents en regard de ses intérêts propres (il s'installerait dans une région «sympa» – plutôt le Sud que le Nord - sélectionnerait ses clients en fonction de leur solvabilité...). Un médecin qui aurait associé sa mission à son métier choisirait de préférence une région où il manque des médecins et soignerait sans se soucier des revenus de sa clientèle n'hésitant pas à le faire gratuitement si nécessaire.

Dans la logique de finalité financière, les entreprises oublient qu'elles ont une mission à remplir autre que celle d'enrichir leurs actionnaires. Je ferai référence au témoignage de cet ex salariée d'un centre d'appels GDF Suez paru dans le quotidien «Aujourd'hui» du 28.08.10 : «quelle que soit la raison de l'appel, explique-t-elle, chaque téléconseiller possède une liste de produits commerciaux qu'il doit coûte que coûte proposer à son interlocuteur au cours de la conversation. Cela me gênait moralement beaucoup car je pouvais avoir au bout du fil des gens dans une grande détresse financière. L'objectif premier n'est pas d'aider, mais bien de vendre, reprend Fanny, des produits ou des services qui, de surcroît, ne servent pas à grand-chose (...) Je n'en pouvais plus. La pression était toujours plus grande. Les appels étaient enregistrés et, régulièrement, on nous débriefait en les écoutant et en nous donnant des notes ! GDF Suez voulait que nous vendions toujours plus sans tenir compte des urgences. Beaucoup comme moi sont partis.»

D'autre part, Xavier Fontanet, président d' Essilor, nous dit dans son billet du Figaro du 30.08.10 intitulé «Casser des cailloux ou bâtir des cathédrales» :
«Les pays ne peuvent prospérer que par la qualité de leurs entreprises (…) Elles sont, en cette période, un lieu privilégié où l'on peut contribuer à la société, se développer soi-même et participer activement à cette mondialisation.
Contribuer, parce qu'une entreprise est avant tout au service des clients et n'existe que tant qu'elle fournit un service ou un bien attendu par ce dernier (…) Se développer soi-même, parce que l'entreprise est le lieu où l'on prend ses responsabilités, où chaque décision aiguise un peu plus la capacité de jugement, où l'on peut apprendre de ses échecs et prendre confiance grâce à ses succès.» Et Xavier Fontanet termine son billet en disant «Au Moyen-Age, un voyageur s'arrête devant le chantier de la cathédrale de Chartres et demande aux trois tailleurs de pierre qu'il croise ce qu'ils font. Le premier dit : «Je casse des cailloux». Le deuxième dit : «Je taille des pierres». Quant au troisième, il regarde le voyageur et lui dit : «Je bâtis une cathédrale». En cette rentrée, il nous faut réaliser que la construction de belles entreprises mondiales est l'aventure du XXIe siècle.»

On peut mesurer l'écart qu'il y a entre ce beau discours que nous ne pouvons qu'approuver et la réalité sur le terrain. Je ne pense pas que Fanny avait l'impression de « bâtir une cathédrale ». Ne soyons pas étonnés de cet écart quand on sait que dans les grandes Ecoles de commerce tous nos futurs cadres et dirigeants sont formatés uniquement à la performance économique et financière et que le concept de mission et de finalité humaine est complètement occulté ; l'important, c'est la compétition ; tous les moyens sont bons pour gagner pourvu qu'ils soient légaux ou qu'on ne se fasse pas prendre...

Obliger chaque entreprise à avoir une charte éthique - élaborée par tous les partenaires de l'entreprise et non concoctée et imposée par quelques uns - et surtout à la vivre, à identifier sa finalité humaine et sa mission est un des objectifs de la refondation du capitalisme.











mercredi 8 septembre 2010

La hiérarchie des Valeurs


Les Valeurs ont cette particularité de ne pas revêtir la même importance pour chacun d'entre nous et de ne pas être vécues de la même façon. En fonction de nos sensibilités religieuses, politiques, philosophiques, humanistes... notre hiérarchie des Valeurs sera différente comme on le verra dans les deux exemples suivants.

La grève des «Bleus» à Johannesburg a déclenché un lynchage médiatique envers les joueurs ; pas question de trouver des excuses à ces «renégats» qui ont déshonoré le drapeau français. David Reyrat chef du service sport au Figaro nous dit dans ce journal du 25.08.10 «un aréopage de personnalités s'est mis en tête de contester la sévérité et le bienfondé des sanctions prises à l'égard des joueurs grévistes. Aimé Jacquet, Michel Hidalgo et Guy Roux – des éducateurs ! - réclament purement et simplement la levée des sanctions. Laurent Blanc lui-même avoue que ces sanctions le dérangent et poussse les joueurs à faire appel (…) Cette exigence extravagante, bafouant le droit et la morale, prouve que le football français n'a pas fait son mea culpa (…) mais leur sincérité (des joueurs) est douteuse tout comme leur patriotisme.»

Dans le Figaro du 27.08.10 Michel Platini déclare être «à 100% derrière la Fédération et sa commission de discipline indépendante pour les sanctions prises. C'était important de les prendre ; j'espère qu'elles seront maintenues».
De quoi accuse-t-on ces «Bleus» ? D'avoir fait preuve de solidarité vis-à-vis d'Anelka qui a été injustement expulsé pour des propos déformés par le grand quotidien sportif «L'équipe». Peut-on vraiment reprocher à ces jeunes footballeurs d'avoir préféré vivre la Valeur solidarité plutôt que celle du panache ? Pourquoi n'a-t-on pas vu dans cette grève d'entraînement un symbole très fort de solidarité mais ne compromettant en rien le désir et les chances de victoire des français ? Tout simplement parce certains, pensant que la France est le nombril du monde et ayant du mal à supporter qu'elle ne soit pas dans les meilleurs, ont besoin de boucs émissaires ; pour eux, les Valeurs telles que le panache, la gloire, la domination ...sont certainement plus importantes que la Valeur solidarité ; et en plus, pour beaucoup, le mot grève est un peu comme un chiffon rouge...
Comparons cet évènement avec un autre qui a fait beaucoup de bruit aussi : le boucler fiscal.
Le gouvernement a mis en place des mesures pour que les personnes fortunées ne soient pas fiscalement pénalisées et renoncent à partir à l'étranger. Malgré ces mesures des artistes de renom, des grands patrons préfèrent – et sans la moindre honte – être domiciliés à l'étranger pour ne pas payer des impôts en France. On a pu voir à la télévision Monsieur Dubrule (co-fondateur du Groupe ACCOR) se vanter de vivre à Genève pour échapper à l'impôt ; et là, peu de voix se lèvent pour dénoncer ce manque de civisme, encore moins pour parler de sanctions ; souvent ces mêmes personnes sont félicitées pour leur « débrouillardise » et si accusation il y a c'est contre l'Etat qu'elle sera dirigée. Pourtant, en terme d'incivisme, je crois « qu'il n'y a pas photo » entre un joueur qui, par solidarité, refuse de s'entraîner – au risque de sanctions médiatiques et financières - et un grand patron qui vit à l'étranger pour payer moins d'impôts. On peut se demander de quel côté se situe la vertu... Ces jeunes footballeurs sont des sportifs comme les autres, ni meilleurs ni pires que ceux qui ont gagné la coupe du monde en 1998, ni meilleurs ni pires que nos rugbymen, nos athlètes ou nos nageurs.. .Mais aujourd'hui, on veut en faire une catégorie à part ; je citerai seulement ces mots élégants de Philippe Labro dans Le Figaro du 30.08.10 «faut-il s'arrêter une nouvelle fois sur l'imbécilité et l'inconscience des enfants gâtés et perdus du dérangeant et dérangé Domenech ? Je vous entend déjà : merci, mais non merci ! Nous préférons évoquer le soulagement collectif et ravi de tout un pays devant les athlètes et les nageurs qui, quelques semaines plus tard démontraient fraicheur, enthousiasme, goût de l'effort, sens de la discipline (…) quelle gifle aux déclinistes et quelle leçon aux guignols du bus sud-africain!»

A travers ces deux exemples on peut mesurer combien, à notre insu, nos fausses Valeurs peuvent polluer notre jugement. Il n'y a pas de vraies Valeurs sinon celles qui respectent l'autre, font preuve de solidarité, de justice et d'humilité ; Valeurs qui, malheureusement, paraissent aujourd'hui un peu démodées au profit du paraître et de l'avoir. La refondation du capitalisme aura le mérite de nous faire revenir aux vraies Valeurs et comprendre que la réussite matérielle et médiatique n'est que leurre. En tout, la finalité, c'est l'homme.





mercredi 1 septembre 2010

Il suffisait d’y penser


Suite à la crise économique mondiale de 2008 et en contrecoup, l’Europe vit aujourd’hui une crise financière majeure due en partie à une baisse de la croissance et en partie à une gestion laxiste des gouvernements européens qui ont laissé filer leur déficit. La Grèce a été la première touchée par cette crise qui s’est rapidement étendue à tous les pays européens. L’euro fortement chahuté a perdu en un an 20% de sa valeur par rapport au dollar. La mobilisation générale est décrétée pour revenir à une situation équilibrée et des déficits plus normaux : 3% pour la France - alors qu’elle atteint aujourd’hui le niveau historique de 8% soit un déficit de 152 milliards d’euros. Un planning a été validé par le gouvernement pour un retour à la normale - soit 3% - en 2013. Ce plan prévoit un retour à 6% en 2011 et à 4,5% en 2012.

Calcul fait, pour atteindre cette première étape de 2011, il faut donc trouver 10 milliards d’économies ; d’abord en réduisant le train de vie de l’Etat mais aussi en remettant en question certaines niches fiscales avec tous les avantages afférents. C’est la mission délicate du ministre du budget François Baroin ; mission d’autant plus difficile qu’aux dernières nouvelles le taux de croissance est revu à la baisse : 2% au lieu des 2,5 % prévus. Et ce sont 3,5 milliards de plus qu’il faut trouver.

Dans une logique capitaliste, on mise avant tout sur la croissance et les investissements; Mais qui dit croissance dit consommation et qui dit consommation dit souvent pollution.
Alors, comment trouver ces 3,5 milliards supplémentaires ? Voici trois pistes intéressantes :
* mise en place d’une taxe de 20% sur tous les jeux ; quand on sait qu’en moyenne les français dépensent aux jeux chaque jour près de 60 millions d’euros (cf. billet n° 52 de mai 2010) et que cela représente 22 milliards par an, ce serait pour l’Etat une nouvelle recette de 4,4 milliards
* mise en place d’une taxe de 2O% sur toutes les formes de publicité (TV, Radio, Presse, Internet…) Les données de ZénithOptimedia nous disent que les entreprises vont dépenser près de 12 milliards de publicité en 2010 ; recette escomptée pour l’Etat : 2,4 milliards
* dernière piste qui touche à la présentation du bilan financier : impossibilité pour les entreprises de passer en frais les dépenses et investissements publicitaires, ce qui va augmenter d’autant leur bénéfice fisscal et par là-même le montant de leur impôt ; recette escomptée : 1 milliard d’euros.

Cumulées, ces mesures rapporteraient : 4,4 milliards pour les jeux, 2,4 milliards pour la publicité et 1 milliard pour la présentation différente du bilan. Soit 7,8 milliards : le compte est largement bon pour trouver les 3,5 milliards d’économies supplémentaires.
De surcroit, ces mesures auraient l’avantage :
* de freiner l’addiction aux jeux et l’appauvrissement de personnes souvent des plus modestes
* de modérer les dépenses publicitaires des entreprises qui, souvent, s’annulent d’une entreprise à l’autre
* de les inciter à investir dans la recherche plutôt que dans la publicité
* et surtout d’abaisser le prix de revient des produits ; on oublie souvent que c’est toujours le consommateur qui paye la pub : pourquoi à qualité égale un produit marque distributeur est-il moins cher qu’un produit marque nationale ? Parce dans le cas du produit marque distributeur on ne prend pas en compte les frais de publicité.
On est en droit de se demander pourquoi ces mesures si simples et si logiques n’ont pas été proposées par le gouvernement. Tout simplement parce qu’on est dans une logique capitaliste pour laquelle taxer la publicité est une atteinte majeure au système et taxer les jeux remet en question le gain à la portée de tous un des justificatifs du bienfondé du capitalisme.
Ces mesures proposées vont tout à fait dans le sens de la refondation du capitalisme ; elles sont liées à une autre conception de l’économie, à une croissance équilibrée et respectueuse de l’environnement.











mercredi 25 août 2010

Le Pouvoir : politique ou économique ?

Dans son édition du 09.08.10 Le Figaro économie nous apprend que 42,3% du capital du CAC 40 est détenu par des sociétés étrangères. Lafarge à hauteur de 70,4%, Schneider Electric 58%, Technip 57%, Michelin 56,1%, Sanofi-Aventis 55,4% - et que ce n'est qu'un début, la part des non-résidents devant encore augmenter comme nous le dit Vincent Durel gérant du fonds Fidelity Funds-France Fund dans ce même journal : «A court terme, la crise de la dette souveraine en Europe a pu entraîner au deuxième trimestre un reflux des investisseurs de l'autre côté de l'Atlantique et vers les zones émergentes. Mais, à long terme, la part des non-résidents dans le capital des entreprises françaises devrait continuer de progresser, compte tenu du vieillissement de la population dans les pays matures comme la France. Les montants épargnés en actions diminueront graduellement réduisant ainsi le poids des investisseurs résidents dans les sociétés du CAC 40, au profit des non-résidents dont l'épargne connaît à l'inverse un fort accroissement.»

Deux jours après, on apprend que GDF Suez rachète son concurrent anglais International Power dont il contrôlera 70% du capital. Grâce à cette opération il accède au rang de numéro deux mondial par la capacité de production électrique derrière un autre français, EDF. Toutes ces entreprises font la pluie et le beau temps en terme de création de sites, d'emplois et de croissance. Que peuvent faire nos élus politiques – de droite ou de gauche – face à ces géants industriels apatrides ? Pas grand-chose sinon de favoriser la présence de ces grands groupes sur le territoire national au prix de subventions, d'avantages fiscaux et autres... Nous entrons dans un cercle vicieux voire une surenchère malsaine entre les pays : ce sera à celui qui donnera le plus à des sociétés ou à des personnes pour qu'elles choisissent le territoire national. Cela contribue à aggraver le fossé entre les plus privilégiés et les autres. Ne cherchons pas plus loin le pourquoi de l'alignement de la soi-disant gauche sur cette logique capitaliste et qui explique que beaucoup soient déçus voire désespérés.

Que faire devant ce transfert de pouvoir du politique à l'économique ? Tout simplement réaliser ce même transfert au niveau du citoyen politique que nous sommes par l'instauration de la démocratie dans l'entreprise afin que nous devenions aussi des citoyens économiques. C'est un des fondements de la refondation du capitalisme.

mercredi 18 août 2010

Les paradis fiscaux : mirage ou réalité ?

Ceux qui pensent qu'il existe encore des paradis fiscaux sont certainement victimes de mirages car il n'en existe pratiquement plus depuis que le G20 l'a décidé et que cette décision a été appliquée par tous les pays concernés. Fini Genève, Luxembourg, les îles Caïman, le Lichtenstein, les îles Gersey et autres places « off shore »...

En effet, il suffit à un pays de signer douze conventions peu contraignantes d'échange d'informations fiscales pour sortir de la liste grise de l'OCDE. Mais aujourd'hui, rien n'empêche une société d'avoir des filiales dans ces ex-paradis fiscaux pour échapper à l'impôt national. Le site du mensuel «Alternatives Economiques» publie une enquête exclusive sur la présence des entreprises du CAC 40 dans des centres « off shore » échappant à toute régulation internationale. Le constat est sans appel : « Toutes les multinationales françaises y sont implantées, avec pratiquement 15OO filiales « off shore » réparties sur près d'une trentaine de territoires. Sans surprise, le secteur financier est le plus présent. BNP Parabas, le Crédit Agricole et la Société Générale diposent de 361 entités « off shore ». Si l'on y ajoute les Banques Populaires, Dexia et la Banque Postale (présente au Luxembourg), on atteint un total de 467 entreprises. Les autres secteurs ne sont pas en reste. Les plus mauvais élèves étant (en valeur absolue comme en pourcentage) LVMH, Schneider Electric, PPR, France Telecom, Danone, Pernod et Cap Gemini. Danone a 16 filiales à Singapour, Schneider en a 24 à Hong-Kong et PPR en a 3O en Suisse ».
cf. site Novethic du 08.07.1O

Non seulement ces sites « off shore » permettent aux sociétés de bénéficier d'avantages fiscaux mais aussi de minimiser leurs bénéfices en « magouillant » sur les prix de transferts.
Par exemple, une société ayant une filiale dans un pays pauvre d'Afrique pour en exploiter des matières premières : cette filiale va facturer ces matières premières au prix le plus bas à une autre filiale de la société située dans un paradis fiscal pour minimiser ses bénéfices et par là-même l'impôt local du pays africain en question – contribuant au passage à son appauvrissement - et cette deuxième filiale située dans un paradis fiscal va à son tour facturer ces mêmes matières premières mais au prix fort à la maison mère - souvent située dans les pays riches – ce qui va diminuer d'autant les bénéfices de la maison mère et lui permettre ainsi de payer le moins d'impôts possible.
On l'a compris : la marge principale se fait dans les paradis fiscaux où il n'y a pas d'imposition et ceci en toute légalité. De grands cabinets d’avocats sont spécialisés dans la création de paradis fiscaux pour les entreprises; Par exemple le cabinet américain Baker et McKenzie qui, pour la petite histoire, a compté parmi ses dirigeants et pendant plus de vingt ans une certaine Christine Lagarde, aujourd’hui ministre de l’économie et des finances.

La refondation du capitalisme passe par une uniformisation des impôts et taxes quel que soit le pays concerné ; une façon radicale de mettre fin à ces paradis fiscaux qui – quoi qu'on en dise - sont toujours réalité aujourd'hui.

mercredi 11 août 2010

La démocratie s'invite chez General Motors

Bien que ce ne soit pas une première, un événement important vient de se passer à Strasbourg : General Motors qui prévoit de racheter son ancienne usine de boîtes de vitesses automatiques a demandé au préalable par référendum à tous les salariés du site (1 150 personnes) de s’engager à un gel des salaires pendant deux ans, un renoncement à l'intéressement pendant trois ans et la suppression de six des seize jours de RTT. Ceci en échange de la promesse du Groupe de poursuivre l'activité du site jusqu'en 2020. Si, contrairement aux prévisions, General Motors décidait avant cette date de fermer ou de vendre son usine les salariés se verraient totalement remboursés des efforts de salaire consentis. Le personnel a approuvé le projet à une majorité de 7O%. Les syndicats CFTC, FO et CFDT ont signé cet accord à l'exception de la CGT qui a refusé, certains esprits chagrins faisant remarquer que General Motors a obtenu la paix sociale à bon compte. Ce refus laisse planer une incertitude sur la décision finale de racheter le site, General Motors ayant dit souhaiter la signature des quatre syndicats.

Quelles remarques pouvons-nous faire sur cette démarche peu ordinaire ?
Premièrement : il est dommage qu‘il ait fallu la signature des syndicats pour valider cet accord ; l‘engagement par référendum aurait du suffire. Imagine-t-on un référendum dont les résultats soient soumis à validation par les députés ? Que les syndicats aient pu donner leur avis sur le fond et la forme de ce référendum était tout à fait salutaire ; mais ou bien on fait confiance au suffrage universel ou bien on ne lui fait pas confiance.
Deuxièmement : cet accord aurait du prévoir que les efforts consentis par les salariés soient remboursés non uniquement en cas de vente ou de fermeture du site mais aussi en cas de bonne marche de l'usine. Sans cette clause, ce référendum prend la forme d'un chantage et devient un moyen détourné de revenir sur les avantages acquis.
Troisièmement : ce référendum est une avancée significative pour la mise en place de la démocratie dans l'entreprise mais il faut aller plus loin et donner à tout un chacun la possibilité de sanctionner une direction incompétente ou non respectueuse de ses engagements. C'est l'élection du PDG au suffrage universel (voir billet n°1 de ce blog - avril 2009). C'est indirectement donner à tous les salariés un droit de regard sur la marche de l'entreprise. On est là au coeur de la refondation du capitalisme.

mardi 3 août 2010

Une expérience douloureuse



Le besoin de reconnaissance est essentiel pour chacun d'entre nous dans la vie privée et dans la vie professionnelle. «Le besoin d'être regardé, la recherche de l'estime publique représente non un vice mais un besoin constitutif de l'espèce humaine» a écrit Jean-Jacques ROUSSEAU. Dans l'entreprise, ce besoin est loin d'être toujours satisfait. Je viens d'en faire à mes dépens la douloureuse expérience.



Voici les faits. Depuis huit ans j'interviens régulièrement (environ une centaine d'heures par an sous le statut de prestataire) dans une importante Ecole de commerce parisienne à capitaux américains. J'enseigne l' Ethique et le Développement Durable à des étudiants en Mastères qui apprécient toujours mes interventions si j'en juge par les évaluations faites de façon anonyme : 7,5 à 8,5 de moyenne sur 10.

Toutes les années, en juin, j'élabore le planning pour l'année scolaire suivante et comme à l'habitude, j'envoie mes disponibilités à l'administration de cette Ecole. Après plusieurs relances auprès de la responsable des plannings, et toujours sans réponse début juillet, j'envoie un email tout a fait «gentil» au Directeur Pédagogique avec copie au Directeur de l'Ecole lui demandant de me donner ces dates au plus tôt ; comme toute réponse, j'ai reçu quelques jours plus tard du Directeur de l'Ecole une lettre  recommandée très brève et très sèche me signifiant que l'Ecole en question mettait fin à notre collaboration ; ceci sans préavis, sans explication et sans invitation à en discuter.  Ma première réaction a été d'attaquer en justice pour préjudice financier et moral - et j'aurais certainement eu gain de cause. Mais voilà : j'interviens dans une autre Ecole du même Groupe et le risque certain était que cette action me fasse aussi perdre l'autre Ecole ; j'ai donc préféré m'abstenir. Ce Directeur d'Ecole nous donne un «bel exemple» d'irrespect, de manque de considération, sans parler de la plus élémentaire équité ! On est en droit de se demander comment le management est enseigné dans son établissement...Certainement que le Directeur a ses bonnes raisons et des comptes à rendre à sa hiérarchie ; mais j'aurais été capable de les entendre et de les comprendre...



Quelles leçons peut-on tirer de cette expérience douloureuse ?

Première leçon : dans une relation, c'est le rapport de force qui prime au-delà de la loi.

Deuxième leçon : au-delà des changements des règles et des lois, la refondation du capitalisme va de pair avec le changement des mentalités.  

Troisième leçon : il est urgent d'istaurer la démocratie dans l'Entreprise comme garde fou à des attitudes irresponsables et dégradantes pour l'Homme.




mardi 27 juillet 2010

La charité peut-elle changer le monde ?


Une information présentée à la limite comme un « gag » est passée inaperçue du grand public. C’est le pari fou de deux milliardaires américains pour changer le monde. Bill Gates fondateur de Microsoft et le célèbre financier Warren Buffett, non contents d’avoir légué 95% de leur richesse aux pauvres et aux petits ont lancé un appel auprès de 400 milliardaires du classement Forbes à léguer au moins 50% de leur avoir à des causes caritatives. Leur objectif : rassembler une somme de 600 milliards de dollars au service de la lutte contre la faim, les maladies et l’analphabétisme. C’est lors d’un dîner à New-York il y a un an en compagnie du maire Michaël Bloomberg que l’idée a germé. Depuis, Bill Gates et Warren Buffet ont fait campagne appelant leurs pairs à s’engager à leur tour. Ils ont déjà des disciples : Eli Broad co-fondateur de la société immobilière Kaufman et Broad, John Morgride ancien patron de Cisco Systems et bien d’autres… Cependant seulement 17 ont répondu … Le pari est loin d’être tenu (cf. Le Figaro du 20 juin 2010).

On ne peut que saluer cette belle initiative remplie de générosité et de détachement ; mais que prouve-t-elle sinon qu’il y a des gens généreux ? Car elle n’apporte aucune solution sur le fond du problème : l’éradication de la faim, de la maladie et de l’analphabétisme ne pourra se faire qu’en changeant les règles du capitalisme.

Quand les milliardaires proposeront-ils de payer à leur juste prix les matières premières ? Quand les milliardaires mettront-ils à la disposition des pays pauvres la technologie et les brevets que détient le privé ? Quand les milliardaires comprendront-ils que les gens ont besoin de dignité et que la charité ne peut être qu’une solution d’urgence et temporaire ? Quand les milliardaires nous diront-ils que le système dont ils ont su si bien profiter est biaisé et qu’il faut en changer les règles ?

Mais cela n’enlève rien au mérite de ces deux héros des temps modernes : Bill Gates (génie de l’informatique qui a déjà consacré 35 milliards de dollars à la Fondation Bill et Mélinda Gates) et Warren Buffet ( génie du business qui vient de faire un don de 2 milliards de dollars à 5 organisations caritatives).

Hommage donc à ces deux hommes qui mettent leur talent et leur fortune au service de l’humanité.






samedi 17 juillet 2010

Nicolas Hayek, un « vrai » patron


« Je me reposerai quand je serai mort ».
Depuis le 28 juin 2010, à 82 ans, Nicolas Hayek se repose enfin ! Repos bien mérité, vie bien remplie dont il peut être fier. Il est l’inventeur de la première montre en plastique à quartz fabriquée en Suisse : la Swatch. Il en aura écoulé 400 millions dans le monde entier. Fort de 19 marques, en 2009 son empire pesait 4 milliards d’euros de chiffre d’affaire et employait 24 000 personnes dans ses quelque 160 usines. Ce patron extrêmement humain a toujours refusé de prendre la main d’œuvre comme une variable d’ajustement ; dans la crise qui a frappé le secteur en 2008-2009 il s’est efforcé de ne pas licencier à l’inverse de la plupart de ses concurrents (cf. Le Figaro du 29.06.10 Florentin Collomp et Fabienne Reybaud ).
Son dernier projet, comme il l’avait fait pour les montres était de permettre à tout un chacun de posséder une petite voiture ; et pour ceci il crée la smart. Malheureusement, son associé Mercedes a dénaturé ce projet ; elle est en fait devenue une voiture plutôt snob et réservée à une élite.

Nicolas Hayek était à la fois visionnaire et humaniste.
Voici des extraits de son discours du 05 septembre 2008 à l’assemblée générale du lobby des patrons de l’économie suisse dans lequel il évoquait le rôle et la responsabilité des entrepreneurs.
« … Pour moi, un entrepreneur n’est pas, comme beaucoup le pensent, le propriétaire d’une entreprise. La bonne définition de l’entrepreneur c’est plutôt son esprit. Esprit d’entreprise qui peut exister en chacun de nous. Avant tout, l’entrepreneur est un artiste ! Plein de fantaisie avec un esprit d’innovation, c’est un communicateur, quelqu’un d’ouvert aux idées nouvelles, capable de remettre en question aussi bien notre société que lui-même, amoureux de la beauté et sensible au destin de notre planète Terre et de l’univers »
« L’entrepreneur doit aussi être capable de prendre des risques, être un réalisateur courageux, rapide et conséquent. La réalisation est la partie la plus difficile de la créativité. »
« Il doit également être prêt à servir les autres, l’humanité et l’ensemble de la société. Son rôle est de créer de nouveaux emplois, de nouvelles richesses, de vraies valeurs, ou à y contribuer, et cela aussi bien au plan matériel que moral. »
« Notre entrepreneur doit aider à améliorer les ressources de notre planète, dans le cadre de ses possibilités. « Sa stratégie ne doit pas être de dégager un profit financier maximum à court terme, voire immédiat. Sa stratégie doit au contraire viser un développement durable et axé sur le long terme. »
« Pour ses collaborateurs et ses collègues, il doit être un « motivateur » et un exemple. Dans ce cadre, le sens de l’honneur est l’un des critères les plus importants . »
« Enfin, l’entrepreneur doit être passionné et enthousiaste ; l’enthousiasme et l’amour de son travail et tout ce qui lui est lié sont les qualités émotionnelles les plus importantes d’un entrepreneur. Il ne considère pas ses actions comme du travail…il s’amuse. S’il n’a pas ce plaisir, il aura peu de chances de connaître le succès. »

Quel beau message de jeunesse, de dynamisme et d’humanisme nous laisse Nicolas Hayek ! Je ne sais pas combien il gagnait : certainement beaucoup. Mais peut-on le lui reprocher ? Il donnait beaucoup aussi.
Le fait que puissent émerger de tels génies est à mettre au crédit du système capitaliste. Ne coupons donc pas la branche sur laquelle nous sommes assis. Refonder le capitalisme ce n’est pas l’ éradiquer.







Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...