lundi 3 janvier 2011

Fracture sociale et discrimination positive


Dans Le Monde du 16.12.10 Luc Bronner  parle d’un rapport inédit réalisé par L’Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles (ONZUS) qui révèle que la fracture sociale s’aggrave entre les 751 banlieues sensibles et le reste de la France avec le risque d’une inquiétante ghettoïsation qui ne peut que favoriser le communautarisme.

Le taux de chômage dans les zones urbaines sensibles (ZUS) a atteint 18,6% contre 9,8% pour la moyenne française. Plus grave, 43% des jeunes hommes actifs et 37% des jeunes filles actives sont au chômage, on enregistre deux fois plus de personnes sous le seuil de la pauvreté, paupérisation augmentée par les mouvements de population : chaque année, 7% des habitants quittent ces quartiers et sont remplacés par des gens plus pauvres encore. La part des familles monoparentales (absence de Père) atteint 25% contre 15,8% en moyenne dans l’Hexagone. Cette pauvreté entraîne son lot de dysfonctionnements (délinquance, exclusion, dégradation de l’environnement...).

Ce problème des banlieues est un véritable casse-tête pour nos hommes politiques. Déjà en 1990, François Mitterrand avait tiré des leçons des émeutes de Vaulx-En-Velin en créant le premier Ministère de la Ville. On a ensuite créé la police de proximité, on a aussi renforcé la présence policière. Mais toutes ces mesures agissent sur les conséquences et non sur les causes. On ne peut que constater l’impuissance des pouvoirs publics - de gauche comme de droite - à enrayer ce que Jean-Louis Borloo avait appelé un « cancer de la République ». Aujourd’hui, pour expliquer ce bilan peu flatteur, on met généralement en avant la crise économique ; alibi facile qui dédouane nos responsables politiques.

Et si la cause profonde du malaise des banlieues était avant tout un problème de chômage ? Et si nous comprenions que c’est en favorisant l’emploi des personnes habitant ces banlieues par la discrimination positive que nous aurons des amorces de réponses ? On a dans ce sens créé des zones franches avec avantages fiscaux à l’appui pour inviter les entreprises à s’installer dans ces banlieues sensibles. Malheureusement, on voit bien que ces entreprises emploient le plus souvent du personnel domicilié hors de ces zones. Alors, pourquoi ne pas exonérer de charges les salaires des personnes habitant dans les ZUS ? Avantage qui inciterait beaucoup d’entreprises à embaucher ces personnes défavorisées. Cette mesure serait bien plus utile que celle en vigueur sur l’exonération des charges des heures supplémentaires d’ailleurs très controversée ! Autre piste : pourquoi ne pas imposer des quotas d’embauche pour les entreprises comme c’est pratiqué pour les personnes handicapées ? Les avantages de cette discrimination positive seraient quadruples : abaissement de la pauvreté, abaissement de la délinquance, amélioration de l’image des ZUS et incitation à habiter ces zones.

Ces mesures s’inscriraient tout à fait dans l’esprit de la refondation du capitalisme mais iraient bien sûr à l’encontre de tous ceux qui veulent un maximum de liberté pour les entreprises quitte à faire beaucoup de dégâts collatéraux.







mardi 28 décembre 2010

Valeurs républicaines à géométrie variable


Les Valeurs républicaines font un tabac. Au nom de ces Valeurs on remet en question même l’identité nationale. Peut-on être français si l’on ne parle pas le français ? Peut-on être français si l’on siffle la marseillaise ? Peut-on être français si l’on a plusieurs femmes ? Peut-on être français si l’on est délinquant ? A la limite, on peut comprendre – sans pour autant l’accepter – que l’on puisse se poser ce genre de questions.

Mais j’en rajouterais une : « peut-on être français si, volontairement on s’expatrie pour se soustraire à l’impôt ? ». Interrogation plutôt dérangeante qui remettrait en question l’équipe de France de Tennis où, à l’exception du parisien Liodra, tous les autres joueurs sélectionnés (Monfils, Tsonga, Clément, Benneteau, Mathieu, Gasquet et Simon) sont résidents helvétiques (cf. VSD 02.12.10). Ce qui a fait dire au Canard enchaîné du 08.12.10, « ce n’est pas la France qui a été battue par la Serbie, mais la Suisse ! ».

C’est vrai ! Qui n’a pas essayé un jour ou l’autre de tricher pour payer moins d’impôts ? A la différence près que la loi et la justice sont là pour sanctionner les fraudeurs alors que c’est en toute impunité que ces expatriés trichent.

Qu’est-ce qui est plus grave dans l’entorse aux Valeurs de la république ? Travailler avec son foulard par conviction religieuse ou vivre volontairement à l’étranger pour s’exonérer de l’impôt français ? Dans le cadre de la refondation du capitalisme et de la volonté de motiver ces « mauvais » français à rester domiciliés en France, ne pourrait-on pas imaginer que si l’on s’expatrie volontairement pour des raisons fiscales et non pour des raisons professionnelles, on soit déchu de son droit de vote et pour les sportifs on ne puisse plus porter le maillot tricolore ? Cela permettrait de remettre les choses à leur place et de donner tout leur sens à ces fameuses Valeurs républicaines !

Wikipédia nous cite quelques noms, pour les sportifs entre autres : Jean Alesi, Jean-Claude Killy, Sébastien Loeb, Alain Prost résident en Suisse ; Eric Cantona réside à Gersey (surprenant pour un homme qui a lancé le fameux appel à retirer l’argent des banques…). Pour les chanteurs : Charles Aznavour, David Halliday, Johnny Halliday, Patricia Kaas, Marie Laforêt, résident en Suisse. Pour les acteurs : Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart résident en Belgique, Alain Delon étant résidant et citoyen suisse. Pour les patrons : Jacques Badin (Carrefour) réside en Belgique, Thomas Bata (chaussures) réside en Suisse, des membres de la famille Bich (Groupe Bic) résident en Suisse, des membres de la famille Mulliez (Auchan, Décathlon Mondial moquette) résident en Belgique, Paul Dubrule (co-créateur du groupe Accor et mieux encore ancien sénateur-maire de Fontainebleau) réside à Cogny en Suisse.

Quel message reçoivent les salariés qui savent que leur patron vit à l’étranger pour payer moins d’impôts ? Où est la valeur d’exemplarité ? Quel message reçoivent les fans des sportifs, des chanteurs, des acteurs, de leurs « idoles » vivant à l’étranger ? Mesure-t-on tous les effets collatéraux désastreux causés dans les esprits par  ceux qui, en toute légalité, trichent avec leur entreprise ou avec la France ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           





mardi 21 décembre 2010

« Vanité des vanités, tout est vanité »



A travers cette célèbre citation, L’Ecclésiaste veut nous dire que l’orgueil est indissociable de la nature humaine et que la compétition en est son instrument. Vue sous cet angle, la compétition a un aspect très négatif.

C’est l’argument que reprennent les signataires d’un appel à la suppression de la notation à l’école élémentaire. Pétition initiée par l’Association de la Fondation étudiante pour la Ville (AFEV) et signée par vingt grandes personnalités dont Boris Cyrulnik neuropsychiatre, Richard Descoings directeur de Sciences Po Paris, François Dubet sociologue, Alex Kahn généticien et président d’Université, Eric Maurin économiste, Michel Rocard ex premier ministre...

Daniel Pennac prix Renaudot en 2007 avec « Chagrin d’école » explique au Nouvel Observateur pourquoi il a signé cet appel : « je préfère infiniment l’entraide entre les enfants que l’écrasement des nuls par les forts » indique-t-il. Selon lui, les notes induisent une compétition pour avoir les meilleures et non le partage et d’expliquer que lorsqu’il a pu voir des « enfants s’entraider dans l’effort d’apprentissage, les plus habiles aidant les plus inhibés » il a pu constater « chez les premiers une joie du partage et chez les seconds des progrès spectaculaires » ce qui les « rendait tout heureux d’aller à l’école » et de conclure « la dynamique des bons élèves doit profiter absolument à ceux qui sont au départ, pour toutes sortes de raisons, inhibés par l’école ». Comme on s’en doutait, le ministre de l’éducation nationale Luc Chatel a réagi « il ne faut pas voir la note comme l’échec, comme le rejet, comme la sanction. C’est aussi l’évaluation d’un travail, cela peut être pour l’élève un objectif…un projet de progression …. La note, elle est utile pour avoir des repères, pour mesurer les résultats des élèves ». 

Alors, comment concilier ces deux points de vue qui sont parfaitement logiques ? Tout simplement en dissociant la notation du classement (pas question de savoir si l’élève est premier, cinquième ou dernier), en établissant un classement par classe et non plus individuel (quel bel enjeu pour les élèves d’une classe à se mesurer à une autre classe ; quel beau message de coopération ce challenge leur apporterait…).

Cette nouvelle démarche n’est pas neutre : elle apporterait un changement radical dans le comportement de l’enfant devenu adulte qui passerait de l’envie de dominer et d’être le plus fort, de la culture de l’individualisme - tout le capitalisme repose sur ce concept d’être le meilleur et le plus fort – à une démarche de solidarité, d’entraide qui ne peut qu’être bénéfique pour la Société, pour l’Entreprise, pour la Famille …







mardi 14 décembre 2010

La reconnaissance : un besoin fondamental



Le besoin de reconnaissance est fondamental, il nous est aussi important que celui de respirer et de manger. Nous l’avons tous en nous dès notre naissance. Ce besoin de reconnaissance est lié à notre besoin d’aimer et d’être aimé. Il a été scientifiquement prouvé qu’un nouveau-né sans affection ne peut se développer correctement, que deux prématurés ensemble ont plus de chance de survie qu’un prématuré seul et que nous sommes souvent très tristes voire déstabilisés le jour où nous nous retrouvons seul dans une pièce sans avoir un coup de fil à donner ou à recevoir : on ne vit qu’à travers les autres. Ce qui a fait dire à Jean-Jacques Rousseau « dès qu’ils vivent en société, les hommes éprouvent le besoin d’attirer à eux le regard des autres. Autrui est alors nécessaire à ma propre complétude. Le besoin d’être regardé, la recherche de l’estime publique représente non un vice mais un besoin constitutif de l’espèce humaine. En somme, nous avons un besoin impérieux des autres, non pour satisfaire notre vanité, mais parce que marqués d’une incomplétude originelle, nous leur devons notre existence même. »

Un management bien compris prend en compte ce besoin de reconnaissance.
Le manager informe ses salariés (combien de salariés apprennent par les journaux que leur entreprise a été vendue, que leur PDG a changé…)
Il implique les salariés (combien de salariés sont mis devant le fait accompli d’une nouvelle organisation, de changements d’horaires...sans qu’on leur ait demandé leur avis…)
Il remercie (ce n’est pas parce qu’une personne est payée pour faire une chose qu’on ne doit pas la remercier…)
Il responsabilise (la démocratie dans l’entreprise - au contraire du paternalisme dans lequel le patron assume tout y compris le bonheur de ses salariés - invite à prendre en main son destin économique…)
Il est dans l’humilité et la simplicité (personne n’est à l’abri d’une erreur : savoir la reconnaître et même présenter des excuses est un signe très fort d’humilité et de simplicité)
Il respecte (respecter, c’est déjà donner de bonnes conditions de travail, c’est aussi accepter les autres dans leur différence physique, philosophique, religieuse…et leur permettre de vivre cette différence ; respecter c’est encore comprendre que tout un chacun a besoin d’une vie décente pour satisfaire ses besoins élémentaires, nourrir sa famille, instruire ses enfants, les soigner quand ils sont malade …)
Il favorise l’épanouissement (le manager qui a le souci du besoin de reconnaissance favorisera la promotion interne, les formations…)

Notre société actuelle – et c’est la source de tous ses problèmes - répond mal à ce besoin de reconnaissance. Déjà, dans l’entreprise : ne cherchons pas plus loin les causes du stress, de la dépression, des conflits, de la souffrance au travail … Ensuite dans la cité : fracture sociale, quartiers difficiles, exclusions … Enfin dans le monde : fossé Nord/Sud, pauvreté, famine…
L’homme a soif de dignité et on lui fait la charité qui est un bon début de réponse mais partielle… (cf. billet du 27.07.10 ). La refondation du capitalisme a pour vocation première de répondre à ce besoin.





samedi 4 décembre 2010

Le panier aux crabes



L’entrée en force et en surprise de LVMH chez Hermès fut l’événement boursier du mois d’octobre.
Bertrand Puech, héritier d’Hermès, descendant du fondateur à la cinquième génération, président de la société familiale Emile Hermès et Patrick Thomas, gérant du Groupe, ont très mal pris cette intrusion et l’ont vécue comme un viol.
Faut dire que Bernard Arnault - PDG de LVMH, déjà propriétaire de Dior, Moët Hennessy, Louis Vuitton et bien d’autres marques prestigieuses, à la réputation de prédateur - bien qu’il dise à qui veut l’entendre que cette prise de participation était tout à fait amicale et qu’il ne demandait pas de siège au conseil de surveillance, n’a pas tout à fait été loyal dans cette transaction et a contourné la loi qui prévoit qu’un acheteur doit déclarer son identité lorsque sa prise de participation dépasse les 5%.
Bernard Arnault a pour ceci demandé à quatre banques sans les avertir de la présence des autres de prendre des participations dans Hermès sous la barre des 5%. Actions que ces banques lui ont revendues en échange d’une rétribution en actions ; ce qui a constitué une opération neutre pour les établissements financiers : « ni vu, ni connu ». Cette méthode porte un nom, ce sont les contrats Equity Swap. Contrats tout à fait légaux du reste.
C’est comme çà qu’un beau jour, LVMH s’est retrouvé propriétaire de 17,1% du capital d’Hermès. Les dirigeants du Groupe Hermès ont alors contre attaqué et sommé Bernard Arnault de se retirer. Pour ce faire ils se sont offert les services de Jean-Michel Darrois, star du barreau de Paris qui avait déjà eu dans le passé l’occasion de s’opposer à LVMH dans l’assaut manqué de GUCCI.
Comme on s’en doute, Jean-Pierre Jouyet président de l’autorité des marchés financier (AMF) a déclenché une enquête et Christine Lagarde ministre de l’économie a même proposé de modifier la législation concernant le franchissement des seuils.

Quelles conclusions peut-on tirer de ce feuilleton financier ?
D’abord, qu’à ces plus haut niveaux, on ne se fait pas de cadeaux : c’est bel et bien la guerre provoquée par l’ambition des uns et des autres. C’est un peu la guerre des Seigneurs des temps anciens…
Autre conclusion : le but final de cet affrontement, c’est le pouvoir ; et à ce sujet on oublie un acteur important pourtant concerné au premier chef : les salariés de chez Hermès ! Qui dit changement de pouvoir dit changement de stratégie. En terme de risques, ces salariés sont en première ligne, ont certainement leur avis à donner : comment leur offrir la possibilité de le faire ? Peut-être par un droit de veto ! Et bien sûr par l’élection de leur PDG (cf. billet n° 1 ). C’est un des enjeux de la refondation du capitalisme.





mardi 30 novembre 2010

L’Europe en morceaux



La crise de l’euro est révélatrice de la fragilité de l’Europe.
La faillite de la Grèce, puis de l’Irlande - en attendant, comme certains le craignent, celle du Portugal et de l’Espagne - nous permettent de mesurer l’écart énorme de la gestion économique des pays composant l’Europe. Malgré des engagements de tous de limiter le déficit à 3% du PIB, voilà le constat que l’on peut faire aujourd’hui : l’Irlande en est à 32%, la Grèce à 9,3%, le Portugal à 8,5%, l’Espagne à 9,8%, la France à 7,7% ; l’Allemagne s’en tire mieux avec 3,4%. Cette disparité dans la gestion sociale et économique des pays explique en grande partie la crise de l’euro. C’est la cigale et la fourmi.

On ne peut rien construire de solide si l’on ne se plie pas à des règles communes et parmi celles-ci, dans la logique de la construction de l’Europe - et plus encore des pays se réclamant de la zone euro - on était en droit de s’attendre à ce que les mesures concernant les entreprises soient communes, ne serait-ce que pour préserver l‘égalité de chance de chacune dans la compétition européenne. Or, que constate-t-on sur le taux d’imposition des sociétés ? (source : Eurostat. OCDE ) Qu’en France on en est à 34,4% du bénéfice, en Italie à 31,4%, en Espagne à 30%, en Allemagne à 29,8%, en Grèce à 21,4% et en Irlande à 12,5%. Cette disparité non seulement fausse les règles de la compétition mais encore relève de la subvention cachée ; une entreprise domiciliée en Irlande paye moins d’impôts que celle domiciliée en France, ce qui lui donnera un avantage économique important. Or, quand on connaît la susceptibilité de la Cour européenne de justice et sa promptitude à réagir devant toute subvention illégale (voir Airbus, Raynair, Telecom…) on est en droit de se demander la valeur de son contrôle…

Pourtant, cette homogénéité dans le traitement des entreprises aurait non seulement le mérite de clarifier les règles de la compétition économique européenne mais encore – si on l’étend au Niveau du G20 – d’assainir la compétition économique mondiale. On se bat comme des chiffonniers sur la parité des monnaies pour préserver la compétitivité des entreprises (ce fut l’échec retentissant du G20 de Séoul) mais on n’évoque même pas la possibilité d’aligner les impositions fiscales des entreprises ce qui résoudrait en partie le problème des paradis fiscaux.

Et on a le droit de rêver : si l’on étendait ce souci d’alignement au niveau des salaires et des charges (après tout, pourquoi pas un SMIC européen ?) on établirait les fondements pour une Europe sociale.
C’est un des objectifs de la refondation du capitalisme.





mardi 23 novembre 2010

Les grands hommes : une espèce rare


Ce 02 novembre 2010, Barack Obama a reçu une « raclée » magistrale lors des élections de mi-mandat renouvelant les représentants du Congrès et du Sénat américains. Il a perdu la majorité au Congrès (190 démocrates pour 242 républicains) et n’a plus qu’une courte majorité au Sénat (52 démocrates pour 47 républicains) ce qui l’oblige à tendre la main aux républicains et à mettre « en veille » ses ambitions pour changer l’Amérique. On ne peut que déplorer cet état de chose hors mis les lecteurs du Figaro qui selon un sondage publié le 05 novembre 2010 sont à 50% satisfaits des résultats des élections américaines.

Pour l’Amérique et pour le monde, Barack Obama était un réel espoir pour une Amérique plus sociale et un monde en paix. A priori, ses électeurs ne l’ont pas compris ; il est vrai que la conjoncture est loin d’être favorable avec une croissance en berne et une hausse du chômage…Et puis, les mesures déjà prises sont loin de faire l’unanimité : interdiction pour les banques de spéculer pour leur compte, décision de ne pas reconduire les avantages fiscaux mise en place par Georges W. Bush pour les individus gagnant plus de 200 000 dollars par an et enfin extension de l’assurance santé à trente deux millions de personnes (ce qui va augmenter les tarifs de cotisation des personnes déjà assurées).

Alors, qu’aurait du faire Barack Obama pour inverser la tendance ? Tout simplement faire comprendre qu’il avait été élu sur un programme et que pour l’appliquer il avait besoin de disposer d’une majorité au Congrès et au Sénat et que si le peuple américain ne lui donnait pas ces moyens il devait en tirer les conclusions et se retirer. C’est ce qu’aurait fait et qu’a fait De Gaulle lorsqu’il a donné sa démission après le vote négatif du référendum de 1969 sur la participation. Certains pensent que c’est du chantage : pas du tout ! C’est la différence entre celui pour qui le pouvoir est une finalité et celui pour qui le pouvoir est un moyen, c’est la marque d’un grand homme.

Dans cette logique Barack Obama aurait du démissionner. Quelle leçon d’humilité, d’honnêteté et de devoir il aurait donnée aux Américains et au monde entier ! Il faudra des hommes de cette trempe pour refonder le capitalisme ! Avons-nous aujourd’hui cet « oiseau rare » ? Rien de moins sûr !





mardi 16 novembre 2010

De Gaulle … son œuvre inachevée


A l’occasion du quarantième anniversaire de la mort du Général de Gaulle tous les médias (TV, radios, presse écrite…) ont été prolixes en reportages sur sa vie. Bien sûr, on a parlé de l’homme du 18 juin, du fondateur de la cinquième république, du décolonisateur, du père de la bombe atomique française et de l’industrialisation de la France. Mais on n’a jamais ou très peu parlé de l’homme de la Participation. Pourtant, là-dessus, le Général de Gaulle avait une réelle vision. Toute sa vie il cherchera à trouver un système nouveau, une « troisième voie » entre le capitalisme et le communisme.

Déjà, en 1948, dans un discours prononcé à Marseille le 17 avril, on peut lire « Oui ! L’association qui placera dans l’entreprise sur le même plan de dignité tous ceux qui contribuent à l’œuvre économique commune, fera que l’ingénieur, l’agent technique, l’ouvrier, l’employé, à tout échelon, seront des sociétaires, et fera du patron aux yeux de son personnel, non point l’homme qui paie, mais le chef, dont la valeur, l’indépendance, l’autorité sont nécessaires à l’avantage de tous »

Remarquons qu’à l’époque De Gaulle ne parlait pas de participation mais d’association.

Puis, le 1er mai 1950, dans un discours prononcé sur la pelouse de Bagatelle, voilà ce que dit le Général :
« Un jour, la machine apparut. Le capital l’a épousée. Le couple a pris possession du monde. Dès lors, beaucoup d’hommes, surtout les ouvriers, sont tombés sous sa dépendance. Liés aux machines quant à leur travail, au patron quant à leur salaire : ils se sentent moralement réduits et matériellement menacés. Et voilà la lutte des classes ! Elle est partout, aux ateliers, aux champs, aux bureaux, dans la rue, au fond des yeux et dans les âmes, elle empoisonne les rapports humains, affole les Etats, brise l’unité des nations, fomente les guerres. Car c’est bien la question sociale, toujours posée, jamais résolue, qui est à l’origine des grandes secousses subies depuis trente cinq ans. Aujourd’hui, c’est la même question toujours posée, jamais résolue, qui pousse le monde vers un drame nouveau ».

Ces propos sont toujours d’actualité en 2010.

Et enfin le 07 juin 1968, lors d’un entretien radiodiffusé et télévisé avec Michel Droit, voilà ce qu’on peut relever « … L’ouvrier n’a pas pris sur son propre destin, comme pour les fourmis la fourmilière et pour les termites la termitière. Naturellement, ce sont les régimes communistes qui en viennent là surtout et qui encagent tout un chacun dans un totalitarisme lugubre. Mais le capitalisme lui aussi, d’une autre façon, sous d’autres formes, empoigne et asservit les gens. Comment trouver un équilibre humain pour la civilisation, pour la société mécanique moderne ? Voilà la grande question de ce siècle !
(…) Le capitalisme dit : grâce au profit qui suscite l’initiative, fabriquons de plus en plus de richesses qui, en se répartissant par le libre marché, élèvent en somme le niveau du corps social tout entier. Seulement voilà : la propriété, la direction, le bénéfice de l’entreprise dans le système capitaliste n’appartiennent qu’au capital. Alors, ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans un état d’aliénation à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent. Non, le capitalisme du point de vue de l’homme ne trouve pas de solution satisfaisante.
Il y a une troisième solution : c’est la Participation qui, elle, change la condition de l’homme au milieu de la civilisation moderne. Dès lors que des gens se mettent ensemble pour une œuvre économique commune, par exemple, pour faire marcher une industrie, en apportant soit les capitaux nécessaires, soit la capacité de direction, de gestion et de technique, soit le travail, il s’agit que tous forment ensemble une société, une société où tous aient intérêt à son rendement et à son fonctionnement et un intérêt direct. Cela implique que soit attribuée par la loi à chacun, une part de ce que l’affaire gagne et de ce qu’elle investit en elle-même grâce à ses gains. Cela implique aussi que tous soient informés d’une manière suffisante de la marche de l’entreprise et puisse, par des représentants qu’ils auront tous nommés librement, participer à la société et à ses conseils pour y faire valoir leurs intérêts, leurs points de vue et leurs propositions. C’est la voie que j’ai toujours cru bonne. C’est la voie dans laquelle j’ai fait déjà quelques pas ; par exemple en 1945, quand, avec mon gouvernement, j’ai institué les comités d’entreprises, quand, en 1959 et en 1967, j’ai, par des ordonnances, ouvert la brèche à l’intéressement. C’est la voie dans laquelle il faut marcher.
(…)
M. Michel Droit :
Oui ! Mais alors, mon Général, il y a vraiment une question qu'on a envie de vous poser. Cette Participation à laquelle vous tenez tant, pour laquelle vous avez tellement milité déjà, pourquoi est-ce que vous ne l'avez pas faite plus tôt ?
Le Général de Gaulle :
Parce qu'une pareille réforme, personne et moi non plus ne peut la faire tout seul. Il faut qu'elle soit suffisamment consentie et il faut que les circonstances s'y prêtent. Alors, c'est vrai, malgré les quelques pas que j'ai pu faire dans cette direction, jusqu'à présent, nos structures et nos milieux, et en particulier ceux du travail, ont résisté à ce changement-là. Seulement, il y a eu maintenant une secousse et une secousse terrible (Mai 1968 - NDLR) qui a dû ouvrir les yeux de beaucoup de monde. Si bien que parce que c'est juste, parce que c'est vital et parce que maintenant, grâce à cette secousse, les circonstances s'y prêtent, on doit pouvoir marcher carrément dans cette voie-là; il faut le faire, quant à moi, j'y suis très résolu.
M. Michel Droit :
Mon Général, vous venez de dire que certains milieux et notamment ceux du travail s'étaient toujours opposés à la Participation. Il est vrai que les travailleurs ou, tout au moins, ceux qui parlent en leur nom ont toujours plus ou moins considéré que la Participation dont vous parlez c'était du vent, c'était du bluff - si vous voulez bien excuser l'expression -. Or, telle que vous la définissez on a l'impression que pour vous c'est au contraire une sorte de révolution. Dès lors on se demande tout de suite: la Participation, est-ce que c'est du vent ? Est-ce que c'est du bluff ? Ou est-ce que c'est vraiment une révolution ?
Le Général de Gaulle :
Si une révolution, ce sont des exhibitions et des tumultes bruyants, scandaleux et, pour finir, sanglants, alors non ! La Participation, ce n'est pas une révolution. Mais si une révolution consiste à changer profondément ce qui est, notamment en ce qui concerne la dignité et la condition ouvrières, alors, certainement, c'en est une. Et moi, je ne suis pas gêné dans ce sens-la d'être un révolutionnaire comme je l'ai été si souvent» .

Malheureusement le non au référendum de 1969 a mis un point final à ce beau dessein. Sachons reprendre le flambeau. Plus que jamais cette ambition de Participation est d’actualité. Il en est de notre devoir. Cela passera par la refondation du capitalisme.






lundi 8 novembre 2010

Francisco Van der Hoff, prix Nobel de la Paix !



Oui, cofondateur du commerce équitable (1980) et du label Max Havelaar (1988) avec l’économiste hollandais Nico Roozen, Francisco Van der Hoff mérite largement le prix Nobel de la Paix comme l’avait mérité Muhammad Yunus, le père du micro-crédit et de la banque des pauvres.

Quelle œuvre considérable accomplie par ce Père hollandais aujourd’hui âgé de 71 ans et fait chevalier de la Légion d’honneur en 2005 par Jacques Chirac ! Grâce à lui, plus d’un million de familles sont désormais à l’abri de la faim et de la pauvreté. Il a su redonner dignité à ces modestes travailleurs. Par son action, Francisco Van der Hoff a démontré qu’un monde différent pouvait exister et que le capitalisme pouvait évoluer.

Un capitalisme basé sur une relation respectueuse de l’homme où la loi du marché est remplacée par la loi de la solidarité, où les produits ne sont plus payés en fonction de l’offre et de la demande mais des besoins des producteurs pour nourrir correctement leur famille, instruire leurs enfants et les soigner quand ils sont malades. Le commerce équitable progresse régulièrement de 22% par an, preuve que ses bases sont saines et qu’elles répondent au besoin d’un monde plus équitable.

Francisco Van der Hoff dénonce avec force la charité « la charité, c’est poser un pansement sur une plaie que l’on a soi-même ouverte, un cercle vicieux » cf. « La machette, le café et le goupillon » dans le JDD du 10 octobre 2010 charité qui donne bonne conscience à bon compte (cf billet du 27.07.10
Pourquoi le prix Nobel de la Paix ne lui a-t-il pas encore été attribué ?
Nous trouvons en partie la réponse dans son essai « Le manifeste des pauvres » paru cette année aux éditions « Encre d’Orient » pour 9€ et dont voici quelques extraits :
p.10 « Je crois qu’une autre organisation est possible parce que le capitalisme n’est rien de plus que l’organisation systématique et légale des injustices, des inégalités et des exclusions, parce que les démocraties existantes sont fictives. Ce sont des simulacres qui servent des intérêts particuliers et privés. Seuls ceux qui ont la capacité de survivre s’en sortent, jamais les plus faibles.(…)
p.19 « Le capitalisme actuel est en effet une sorte d’aliénation par une religion, celle du marché libéral, du marché devin, il a inventé sa propre idiosyncrasie séculaire, et a ainsi perdu tout horizon moral, toute idée d’éternité. Et c’est un désastre pour toute l’humanité. La richesse et le pouvoir sont montés sur le trône de ces dieux déchus. Les discours politiques, la propagande et les médias de masse les nourrissent. »

On comprend qu’après de tels propos – que j’approuve, et comment ! - les « initiés » du Nobel de la Paix hésitent à lui donner ce prix ! Mais espérons qu’ils reviennent à un meilleur discernement ! Ce serait un grand pas pour changer les mentalités.

lundi 1 novembre 2010

Un accord syndical de rêve !


Le 22 septembre 2010 la Direction de Siemens et le syndicat IG Mettall ont annoncé la signature d’un accord concernant 128 000 salariés allemands : il n’y aura pas de licenciements ni de délocalisation ou de fermeture de site sans l’accord du Comité Central d’Entreprise (CCE). En somme une garantie d’emploi à vie. Outre une sécurité de l’emploi illimitée dans le temps, cet accord renforce également la cogestion en prévoyant de nombreuses informations et la consultation du personnel dans les décisions d‘investissement, les projets de restructuration et les décisions de localisation des activités.

Devant cet accord, Berthold Huber, chef du puissant syndicat IG Mettall, a déclaré sa satisfaction : « les nouveaux accords donnent aux salariés de Siemens une sécurité et une protection de l’emploi pour les changements dans l’avenir, et Siemens continue de faire preuve de responsabilité sociale envers son personnel ». Dans cet accord, Siemens trouve aussi son intérêt. Dieter Scheitor, membre du conseil de surveillance a déclaré lors de la conférence de presse tenue après la signature de l’accord : « grâce au pacte, Siemens va pouvoir attirer les jeunes diplômés. Il va aider Siemens dans sa recherche de talents à tous les niveaux ».

Un syndicaliste qui félicite la direction d’une entreprise, un dirigeant qui se félicite d’un accord syndical, cela peut paraître irréel en France, de quoi faire rêver nos leaders syndicaux et notre Medef ! Quand, en plus, on sait que les salariés de Siemens avaient accepté le recours au chômage partiel et la réduction de salaire, on mesure tous les bénéfices qu’ apporte la cogestion même si l‘on peut émettre des réserves à ce sujet (cf. billet du 12.01.10 dans ce Blog.
A l’heure où la France vit des grèves à répétition l’exemple allemand nous interpelle ; n’y aurait-il pas une autre voie pour l’entreprise où nous aurions deux partenaires et non plus deux adversaires ?
C’est la pierre angulaire de la refondation du capitalisme.









Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...