mardi 8 mars 2011

Une autre lecture de l’affaire Molex

Le vendredi 28 janvier 2011, ARTE a programmé un documentaire intitulé « Les Molex, des gens debout ». Un reportage de José Alcala qui, trois ans après, faisait l’historique de cette affaire qui défraya la chronique en son temps (cf. billet n°20 ) .

Que peut-on retenir de ce reportage ?
283 salariés qui se battent jour et nuit pour sauver leur emploi. Des salariés qui ne comprennent rien à la décision de suppression de leur site alors que trois mois auparavant on les avait félicités pour la performance de leur entreprise qui avait fait 640 000 € de bénéfice en 2006/2007 et 1,2 million en 2007/2008. Dans ce petit village de Villemur/Tarn de 5000 habitants, cette décision d’arrêter l’usine MOLEX qui, depuis 1941, est spécialisée dans la connectique automobile fait l’effet d’une bombe. Tout le monde se mobilise pour sauver le site de MOLEX : le curé, le maire, le député. Les salariés montent à Paris pour manifester et rencontrer le ministre de l’industrie, Christian ESTROSI à l’époque. Cela remonte jusqu’au Président SARKOZY qui promet d’intervenir. Dans ce reportage de 1h30 on voit le drame de ces familles qui n’ont plus de salaire et se demandent comment elles vont pouvoir vivre demain. Les gens sont écoeurés devant le cynisme de MOLEX, entreprise américaine qui emploie trente mille personnes dans le monde et qui, sous prétexte d’améliorer sa rentabilité, n’hésite pas à mettre 300 personnes au chômage. Rien n’y fait pour infléchir leur décision. Même l’ordonnance du juge des référés qui ordonne à MOLEX de laisser les ouvriers reprendre leur travail ne les fait pas changer d’avis ; on voit les vigiles empêcher les personnes d’entrer. Finalement, en octobre 2009, après une bataille de plus d’un an, le fonds d’investissement HIG rachète le site MOLEX pour 1€ symbolique garantissant 15 emplois : une misère ! Ils sont aujourd’hui 45 à travailler sur le site. En 2010, MOLEX a fait des bénéfices record de 50 millions d’€. En mars 2010, Eric WOERTH, le Ministre du travail de l’époque, donne son accord pour le licenciement des délégués du personnel.

La conclusion est évidente : l’appétit des actionnaires est sans limites. Peu importe les hommes, peu importe les décisions de justice. Nous sommes dans la grande délinquance.

Voici la lecture que l’on peut faire aujourd’hui de cette malheureuse affaire, lecture sur laquelle on ne peut qu’être d’accord.
Mais à la vue de ce reportage il y en a peut-être une autre.
Au début, on entend le témoigne d’Olivier DEGAUQUE de SYNDEX (Société spécialisée dans l’accompagnement des comités d’entreprise pour l’analyse des enjeux économiques et financiers) ; cet expert nous dit qu’en 2004 MOLEX rachète l’entreprise connecteur SINCH au Groupe CNECMA (actuel SAFRAN, société dont l’Etat français a 30% d’actions) ; qu’à l’époque il avait rencontré les dirigeants de MOLEX et que ce rachat ne présentait aucun projet industriel, aucune perspective de développement, aucun plan d’investissement. Olivier DEGAUQUE rajoute même qu’un enfant de huit ans aurait pu le comprendre ! Devant ce rapport désastreux, le Comité d’entreprise et les délégués ont vite compris que cette vente ne devait pas se faire et ont tout de suite saisi les politiques (à l’époque François FILLON, Ministre de l’industrie). Il leur a été répondu qu’ils ne devaient pas être inquiets, que c’était une chance pour eux d’être adossés au numéro 2 mondial de la connectique.

Et si la source de tous ces problèmes était là ? Jamais François FILLON n’aurait dû donner son accord pour la vente de SYNCH à MOLEX et les salariés auraient dû pouvoir s’opposer à la vente de leur usine comme le leur conseillait l’expert de SYNDEX. Possibilité prévue dans le cadre de la démocratie dans l’entreprise (cf. billet n°91 objection n° 18). Cette lecture différente met en lumière l’urgence de changer les règles du jeu dans l’entreprise et de donner aux salariés le pouvoir de s’opposer à des stratégies uniquement dictées par des considérations financières.







mardi 1 mars 2011

Quand tout le monde est perdant


Le récent conflit des dockers est exemplaire des conséquences désastreuses d’un manque de dialogue et d’implication des salariés et syndicats dans le management d’une entreprise.
Suivant notre sensibilité politique on aura une vision différente du conflit et on attribuera les torts aux uns ou aux autres.

Pour les patrons, les principaux responsables de ce conflit sont les syndicats - et en particulier la CGT - qui provoquent des mouvements de grèves à répétition. Malgré d’excellentes conditions de travail la règle dite du « fini-parti » fait que les conducteurs d’engins travaillent en moyenne 14h par semaine à Fos/Mer et 12h par semaine à Marseille alors qu’ils peuvent gagner, bakchichs compris, entre 3500 € et 4500 € nets par mois. De plus, la CGT s’oppose à toute adaptation de l’effectif (en un mot à tout licenciement) en cas de baisse d’activité et qui plus est elle a une main mise sur l’embauche des salariés pour lesquels la carte CGT devient presque obligatoire. François Chérèque leader de la CFDT en « rajoute une couche » en affirmant que « depuis la libération nous sommes dans un syndicalisme unique où ce sont les syndicats qui font l’embauche - à savoir la CGT (…) Au moment où il faut faire évoluer vous avez un corporatisme qui met en difficulté les bassins économiques » cf. Le Figaro économie du 07.02.2011.

Pour la CGT, « il n’y a pas photo » : elle réclame l’application d’un accord permettant un départ anticipé de quatre ans avant la date légale de départ en retraite ; mais la récente réforme des retraites rend caduc cet accord.

Résultat : le port de Marseille qui était le deuxième port européen dans les années 80 rétrograde en cinquième position derrière Rotterdam, Anvers, Hambourg et Amsterdam. Et en termes de productivité, seuls les ports italiens de Spezia et Gênes connaissent une rentabilité inférieure. Ce manque de fiabilité des ports français fait que beaucoup d’armateurs préfèrent faire escale à Bilbao, Amsterdam ou Rotterdam. Et cette baisse d’activité limite la création d’emplois.

Et si le principal responsable était ce rapport déséquilibré dans l’entreprise entre les salariés et les actionnaires qui fait que nous avons deux adversaires alors que nous devrions avoir deux partenaires ? Là encore, la démonstration est faite qu’il est urgent de réformer l’entreprise et d’y mettre en place une relation égale de droit et de devoir entre ses deux partenaires principaux : les salariés et les actionnaires.







mardi 22 février 2011

Objections (2/2)

10. La démocratie n’est pas possible dans une multinationale dont le patron est de l’autre côté du globe

Je connais une « multinationale » qui s’appelle France où certains électeurs sont à des milliers de kilomètres de la métropole ce qui ne les empêchent pas de participer à l’élection du Président de la République. A ce dernier de se donner les moyens de communiquer sur son programme et sur sa politique. Ce qui est valable pour un Etat l’est pour une multinationale ; les moyens techniques sont possibles, ce qui manque, c’est la volonté.

11. Organiser une élection du PDG par les actionnaires et les salariés, c’est trop compliqué et trop coûteux, surtout dans les grosses entreprises

La mise en place des élections par les actionnaires et les salariés peut en effet supposer au départ un important investissement administratif. Mais cela fait, il faudra juste actualiser les données (salariés et actionnaires sortants et rentrants) et ce ne sera pas plus coûteux que de gérer une assemblée générale d’actionnaires ou des élections de représentants du personnel, sachant qu’en moyenne l’élection du PDG se ferait tous les cinq ans.

12. A la limite, l’élection du patron serait possible si celui-ci était élu par des grands électeurs

C’est l’écueil majeur à éviter. Cette démocratie dans l’entreprise ne peut exister que si le patron est élu au suffrage universel. Si l’on ne respecte pas cette règle d’or on détourne cette démocratie de son essence qui est de faire de chaque salarié un véritable citoyen économique pour qu’il ne s’en remette pas à d’autres même s’ils sont démocratiquement élus. Ce serait la voie ouverte à toutes les tractations plus ou moins comprises par le personnel.

13. Certains collaborateurs proches de la direction n’auraient pas les coudées franches pour exprimer leur opinion ; le risque pour eux est un frein à la promotion voire le licenciement

Cette objection vaut au niveau d’un Comité de Direction dans lequel tout naturellement le PDG va s’entourer d’une équipe qui sera en accord avec sa politique. Mais ce sont avant tout les compétences qui priment ; je vois mal une direction se passer des services d’un directeur commercial ou d’un chef de projet compétent. On peut très bien exprimer son désaccord tout en accomplissant sa mission. Et même si le PDG se séparait d’un collaborateur proche parce qu’il s’est présenté contre lui à l’élection, cette décision pourrait se transformer en boomerang contre lui.

14. Dans une entreprise où le patron serait très compétent mais pas du tout communiquant ne risque-t-on pas en le remettant en question de mettre en jeu la vie de l’entreprise ?

Cette objection est tout à fait valable. C’est pour cela que je dis et redis que cette démocratie ne peut être fiable que dans des entreprises de plus de 300 personnes. Dans une entreprise plus petite, le chef d’entreprise est un homme-orchestre réunissant plusieurs casquettes et le remettre en question c’est souvent remettre l’entreprise en question. A contrario, dans une grande entreprise, le chef d’entreprise est un chef d’orchestre qui donne le rythme et le remettre en question ne remet pas l’entreprise en question. On peut changer le PDG de la SNCF, d’Areva, de Bouygues, d’Airbus… sans pour autant remettre l’entreprise en question. Ce risque, se rencontre aussi en politique où la primeur est donnée à la communication plus qu’à la compétence ; mais la communication ne fait-elle pas partie intégrante des qualités d’un homme politique ou d’un chef d’entreprise ?

15. Pourquoi chez vous, cette élection se faisait en deux temps : notation et élection ?

Justement, pour adapter cette démocratie à la petite taille de notre entreprise (160 personnes). Cette notation permettait dans un premier temps tous les défoulements possibles sachant qu’en cas de non moyenne, elle m’obligeait seulement à organiser une élection (ce qui fut le cas en 1995). Si j’avais organisé d’entrée une élection, ne fut-ce que tous les cinq ans, on m’aurait objecté que j’organisais un plébiscite parce que j’étais le fondateur de cette entreprise et qui plus est en portais la casquette de directeur commercial. Il y a mille moyens d’adapter cette démocratie dans l’entreprise. L’essentiel est que chaque salarié soit un citoyen économique et qu’il ait le droit de vote pour choisir son patron.

16. Pourquoi mettre en place un nouveau fonctionnement d’entreprise avec la démocratie alors que les SCOP existent déjà ?

Les SCOP sont en effet un modèle d’entreprise plutôt sympathique allant dans le sens de la démocratie économique mais ne peuvent pas être « le modèle ». Déjà parce que les SCOP ne distribuent pas de dividendes aux actionnaires (ce qui est un frein pour investir) ; ensuite parce qu’avec leur principe « un homme une voix » quel que soit son apport en capital, elles ne respectent pas la hiérarchie des actionnaires ; et enfin parce en moyenne 30% des salariés des SCOP ne sont pas actionnaires et n’ont pas le droit de vote.

17. L’actionnariat n’est-il pas une réponse à la citoyenneté ?

L’actionnariat répond à un meilleur partage des richesses (ce que l‘entreprise ne donne pas sous forme de salaire, elle le donne sous forme de participation). Mais avec l’actionnariat on est toujours dans la logique propriété/pouvoir alors que le seul fait d’être salarié doit donner un droit de regard sur la marche de l’entreprise. Ce sont les hommes qui font la richesse de l’entreprise.

18. En quoi l’élection du patron dans l’entreprise protège-t-elle les salariés des fermetures sauvages d’usines ou des délocalisations à motivation financière comme on l’a vu chez Molex ou Continental ?

L’élection du patron n’est que la partie visible de l’iceberg de la démocratie dans l’entreprise. Une démocratie véritable suppose un droit de veto de la part des salariés pour les décisions qui touchent la stratégie fondamentale de l’entreprise. Pour ceci, je ferai référence à ce que j’ai écrit en 1994 dans « L’entreprise démocratique » p.36 ‘Décisions soumises à l’accord des salariés : les salariés doivent être obligatoirement consultés sur toutes les décisions pouvant remettre en cause la stratégie fondamentale de l’entreprise. Lors de cette consultation, les salariés peuvent notamment s’opposer aux grandes décisions suivantes :
a – la délocalisation de l’entreprise pour laquelle l’approbation des salariés est obligatoire
b – le choix d’un nouveau partenaire et ce, quelle qu’en soit la forme : vente d’actions ou augmentation du capital. Cette opposition ne peut porter que sur le choix du nouvel actionnaire et non sur le principe de vente d’actions ou d’augmentation du capital qui reste la prérogative des actionnaires. En cas de litige, il faudra prévoir l’arbitrage d’une instance extérieure représentative des intérêts des uns et des autres.
c- tout changement d’activité.’

Vous pouvez retrouver toutes ces questions - réponse et bien d’autres encore dans le livre « L’entreprise démocratique » paru en 1994 aux Editions Chroniques Sociales, en vente directement chez l’auteur.






mardi 15 février 2011

Objections (1/2)


Lorsque je témoigne de mon expérience de démocratie dans l’entreprise (cf. billet n°1) et que j’en explique le fonctionnement, on me fait souvent des objections. Ce billet et le suivant seront consacrés à la revue de celles qui reviennent le plus souvent.

1. Depuis toujours le maître a été celui a qui appartient l’entreprise : pourquoi changer ?

Ce n’est pas parce qu’on a toujours lié le pouvoir à la propriété que les choses ne doivent pas changer ! Pendant des millénaires on a banalisé l’esclavage, on a banalisé le racisme ; mais on a bien vu qu’avec des personne comme Abraham Lincoln, Martin Luther-King ou Mandela…. les choses ont évolué. Le pouvoir lié à la propriété doit lui aussi évoluer. Ce qui fait la richesse de l’entreprise, ce n’est pas l’argent, ce sont avant tout les hommes. A ce titre, il est tout à fait logique que les hommes ait un droit de regard sur la marche de leur entreprise.

2. On ne remet pas en cause les compétences d’un patron qui a créé sa boîte

Il est vrai qu’a priori, un patron qui a créé son entreprise a toutes les compétences pour la gérer ; mais peut-être qu’au fil des années sa motivation pour développer l’entreprise n’est plus la même et que son profil n’est peut-être plus adapté à la taille et aux enjeux de son entreprise et qu’il est bon de le lui faire savoir.

3. Avec la démocratie dans l’entreprise on aura un profil de patron qui va faire beaucoup de social au détriment des résultats financiers

C’est complètement faux ! Pour faire du social et du sociétal, il faut que l’entreprise gagne de l’argent. Le PDG qui oublierait cette évidence rencontrerait vite des problèmes sociaux dans son entreprise. Par contre, il est tout à fait vrai qu’avec la démocratie le profil du chef d’entreprise va évoluer : il sera avant tout un guide et un peu moins un gestionnaire. La gestion sera l’affaire du Directeur général.

4. Pour choisir leur patron, les salariés ne seraient pas objectifs et le feraient uniquement sur des critères sociaux

Les salariés ne sont pas « débiles » et sont à même de comprendre les enjeux et les contraintes économiques, pour peu qu’on leur explique. Leur choix irait vers un patron compétent, intelligent, qui aime son entreprise et qui aime ses salariés. Il en va de la garantie de leur emploi. La preuve : lors des élections présidentielles certains candidats proposent de doubler le Smic, d’interdire les licenciements… et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils n’obtiennent pas beaucoup de voix…

5. Les salariés sont-ils suffisamment informés sur la marche de l’entreprise et compétents pour voter en toute connaissance de cause ?

Selon le fonctionnement actuel des choses, il est vrai que les salariés sont loin d’avoir tous les éléments pour voter en toute connaissance de cause. Et c’est là tout le bien fondé de la démocratie : un patron qui sera remis en question par ses salariés aura tout intérêt à expliquer régulièrement le pourquoi de sa politique et les salariés qui seront appelés à élire un patron seront tout naturellement amenés à s’intéresser à la stratégie de l’entreprise. On n’a pas dit ‘on n’invente pas la voiture parce que les gens ne savent pas conduire’ ; on a inventé la voiture et les gens ont appris à conduire et on a établi un code de la route. Et puis, on se rendra très rapidement compte que finalement les salariés qui vivent dans l’entreprise à plein temps ont un avis certainement aussi pertinent sur la compétence du chef d’entreprise que celui qui vit son entreprise uniquement à travers des cours d’actions. Et enfin on oublie tout simplement que ces salariés dont on doute des compétences sont les mêmes qui à l’extérieur de l’entreprise élisent leur maire, leur député, leur conseiller régional et leur président de la république !

6. Cela va mettre de la politique dans l’entreprise avec une opposition et l’entreprise n’a pas besoin de cet handicap

Cette objection est tout à fait sérieuse parce qu’en effet la politique peut générer des conflits ; mais la politique existe déjà dans l’entreprise avec les syndicats ou les actionnaires qui sont eux-mêmes souvent divisés sur la stratégie d’entreprise… Ce qui sera différent c’est que l’élection du PDG désignera une personne dont l’autorité sera légitimée par la majorité des actionnaires et des salariés pour conduire la politique de l’entreprise ce qui induira plus d’adhésion et limitera les conflits. Le PDG sera le représentant de l’intérêt de tous et non plus seulement de l’intérêt des actionnaires.

7. Ce sont les actionnaires qui risquent le plus en investissant leur argent, c’est donc à eux-seuls que revient le choix de décider

Ceci est vrai pour les petites entreprises dans lesquelles le patron risque son patrimoine personnel ; mais dans les moyennes et grandes entreprises ce n’est plus le cas ; on l’a vu dernièrement lorsqu’il y a une crise économique et financière, en termes de risques ce sont les salariés qui sont en premières lignes et risquent leur emploi
8. Le rôle des syndicats n’est pas de collaborer avec les patrons mais avant tout de défendre l’intérêt des salariés

Défendre l’intérêt des salariés c’est peut-être justement se donner les moyens de s’opposer à des décisions qui iraient à l’encontre de leur intérêt et quel meilleur moyen pour le faire que d’être partie prenante pour choisir son PDG ; une fois choisi, cela n’empêche pas de s’opposer à ses décisions. On le voit très bien dans la politique : par exemple lorsqu’un gouvernement de gauche est élu grâce aux soutiens implicites des syndicats ceux-ci n’abandonnent pas pour autant la lutte syndicale et n’ont pas peur d’appeler à la grève si nécessaire.

9. La démocratie dans l’entreprise est un frein voire un obstacle à tout licenciement économique ou délocalisation

Il est vrai qu’un patron qui licencierait uniquement pour « faire plaisir » aux actionnaires aura du mal à le faire ; mais les salariés sont à même de comprendre que la concurrence existe et que, quelques fois, il faut passer par des décisions impopulaires car il en va de la survie de l’entreprise ; seulement ces décisions doivent être expliquées, anticipées et accompagnées.







lundi 7 février 2011

Tunisie et Egypte : la révolte des pauvres


Ne nous y trompons pas ! Les manifestations voire la révolution en Tunisie et en Egypte ne sont pas le fait seulement d’intellectuels réclamant la démocratie mais avant tout la révolte des pauvres, des laissés pour compte, de ces femmes et de ces hommes qui ne peuvent plus nourrir leur famille tant les produits alimentaires ont augmenté (40% de la population égyptienne vit avec moins de 2 dollars par jour) et aussi de ces jeunes qui ont des diplômes mais pas d’emplois… En France, ce n’est pas Robespierre ou Danton qui ont déclenché la Révolution mais avant tout ces femmes qui sont allées à Versailles réclamer du pain au Roi.
La demande de démocratie n’est que la partie visible de l’iceberg.
Nous, occidentaux, cela nous rassure de voir seulement cette partie visible. Cette vision partielle et partiale fait que nos dirigeants se sentent « bonne conscience » : de quoi nous plaignons-nous puisque nous sommes libres et avons le droit de voter ? Mais qu’est-ce que la liberté pour les 14% d’américains qui n’ont pas accès aux soins médicaux et vivent sous le seuil de la pauvreté ? Que représente le droit de vote pour les 3, 6 millions de français qui vivent dans des taudis ou n’ont pas de logement ? Pour toutes ces personnes qui vont chercher de quoi manger aux restos du Cœur ou dans d’autres organismes ? La liberté vue sous cet angle semble bien étroite ! Arrêtons de nous mentir : la démocratie dans les pays occidentaux est l’écran de fumée qui cache l’essentiel. Le pouvoir est devenu avant tout financier : c’est à se demander si nos dirigeants de droite ou de gauche dans un calcul cynique ne limitent pas leur ambition sociale à ne pas dépasser un seuil critique de pauvres pour ne pas déclencher une révolution dans la rue… La Bastille est à reprendre non dans la violence mais en faisant évoluer les consciences et changer les mentalités : nos « seigneurs » d’aujourd’hui – avec tout le respect que je leur dois – s’appellent Bolloré, Arnaud, Pinault, Bouygues, Lagardère...
La refondation du capitalisme devient une urgence.
Aujourd’hui, être solidaire des tunisiens et des égyptiens c’est être solidaire de tous les pauvres de la planète.





mardi 1 février 2011

Epoustouflant Samsung !

Le 03 janvier 2011 sur France 2 dans le Magazine « un œil sur la planète » par Etienne Leenhardt nous avons eu un reportage assez étonnant sur la Corée et plus particulièrement sur Samsung.

Samsung, 250 000 employés, entreprise créée en 1938 par Byung-Chung Lee, est la plus grosse entreprise technologique au monde. A elle seule, elle fait plus de bénéfices que Apple, Google et Microsoft réunis.
Samsung, c’est la construction ; elle fait partie des géants du BTP ; à son actif, la plus haute tour (800m) au monde à Dubaï.
Samsung, c’est l’Assurance.
Samsung, c’est la construction navale qui permet à la Corée du Sud de se hisser au deuxième rang mondial dans ce domaine.
Samsung c’est l’atome ; la France s’est récemment fait souffler le marché de quatre réacteurs nucléaires aux Emirats Arabes Unis.
Samsung, c’est la recherche : 40 000 chercheurs, soit trois fois plus que les chercheurs du CNRS.
Samsung c’est une Université de design SADI qui forme chaque année 30 000 designers.
Samsung, c’est les voitures : Samsung Motors dont Renault est en partie actionnaire.
Samsung, c’est la qualité. On raconte qu’en 1995, les dirigeants avaient offert aux salariés des portables. Il s’est avéré que certains avaient des défauts et la direction a fait brûler devant ses employés 150 000 portables pour créer un électrochoc. Samsung, c‘est du social. Sur son site « Digital city » spécialisé dans la rechercher technologique où travaillent trente mille personnes, il y a un hôpital, des cliniques dentaires, des restaurants et bien d’autres services réservés au personnel…
Samsung, c’est aussi une motivation et un dévouement exceptionnels de tous les employés ; ils travaillent en moyenne 40% de plus que les français (6 jours par semaine, 10h par jour) et après leur journée ils s’investissent dans des activités Samsung – cours de cuisine, de robotique - prennent peu de vacances et préfèrent même souvent qu’on les paye à la place parce que prendre des vacances, c’est plutôt mal vu !
Samsung signifie en coréen « trois étoiles » trois valeurs fortes : devenir fort, devenir grand, devenir éternel.

A la description de cette entreprise surgit une question : comment nous, entreprises françaises, pouvons-nous lutter contre cette nouvelle « race » d’entreprises ? Avons-nous les moyens de résister longtemps ?
La réponse de ceux qui sont dans la pure logique capitaliste est d’abaisser nos prix de revient en travaillant plus, en limitant les augmentations et en revenant sur les avantages sociaux périphériques.
Et si la réponse était différente ?
Ne faudrait-il pas au contraire, dans cette période tourmentée, renforcer les amortisseurs sociaux ?
Indemniser mieux et plus longtemps tous ceux qui sont victimes de délocalisations ou de suppressions de sites ?
Diminuer les charges sur les salaires en les remplaçant par une TVA sociale ?
Investir fortement dans la recherche en donnant des primes aux entreprises qui innovent ?
Réduire l’échelle des salaires passant de 1 à 300 à quelque chose de plus raisonnable tel que 1 à 50 ?
Mettre en place des partenariat avec ces entreprises d’un type nouveau qui bousculent le paysage économique traditionnel ? Ce que fait Renault avec Nissan et Samsung.
Faire adhérer les salariés à ce nouvel enjeu pour le meilleur et le pire en les impliquant davantage dans la marche de l’entreprise par la démocratie dans l’entreprise ?





lundi 24 janvier 2011

« Fric, krach et gueule de bois »


Le 11 janvier 2011 France 2 a programmé « Fric, krach et gueule de bois : le roman de la crise » un magazine sur le thème de la crise financière et de l’évolution du capitalisme et de la société depuis les années 50. Les acteurs de cette émission étaient le comédien bien connu Pierre Arditi, narrateur du reportage et qui aura le rôle du candide, le co-auteur Daniel Cohen grand spécialiste de l’économie et Eric Orsenna, également co-auteur, académicien, écrivain et très au fait de tout ce qui est société et économie.

Pendant 85 minutes le film aborde l’historique économique de nos sociétés de 1950 à la crise financière actuelle ; on a parlé des trente glorieuses, des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979, de l’influence de Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans l’avènement d’un capitalisme pur et dur, des années fric avec Bernard Tapie et Jean-Marie Messier ; on a expliqué la faillite de Lehman Brothers due à la vengeance d’Henry Paulson Secrétaire au Trésor des Etats-Unis sur Dick Fuld surnommé le gorille et PDG de la banque. On a aussi parlé des sub primes et de la titrisation, point de départ de la crise financière et sociale.

Quelle lecture peut-on avoir de ce reportage ? Quelles leçons peut-on en tirer ? Pour répondre à ces questions, il s’en est suivi un débat animé par David Pujadas. Participaient à ce débat les trois acteurs principaux (Arditi, Cohen et Orsenna) mais aussi des invités (Alain Madelin, ex ministre des finances connu pour ses positions très libérales), Xavier Mathieu (délégué CGT chez Continental qui a vécu la fermeture de cette usine) et Julienne Charton trésorière de l’UNL (Union Nationale des Lycéens) qui a fait parler d’elle lors des manifestations des lycéens sur la réforme des retraites. La réaction de ces personnages très différents a certainement été la partie la plus intéressante de l’émission.

Pierre Arditi est resté dans le rôle du candide, dénonçant cette société du fric qui ne fait pas de place à l’humain mais sans pour autant apporter de solution.
Daniel Cohen a parfaitement collé à son rôle d’économiste par une explication très technique de la crise et de ses dérives.
Eric Orsenna en tant que philosophe a déploré les excès de la société capitaliste sans pour autant la remettre en question ; il a cité l’exemple d’entreprises – entre autres dans le textile – qui, en France, continuent d’embaucher.
Alain Madelin, comme on s’y attendait, a fait l’apologie du capitalisme expliquant qu’à terme il était la réponse au plein emploi et au mieux être et que l’économie avait pour cela besoin de plus de souplesse.
Julienne Charton, 17 ans, a botté en touche lorsque David Pujadas lui a demandé s’il fallait oui ou non remettre en cause le système capitaliste, parlant alors des emplois que l’on supprime dans les services publics.
Et puis, il y a eu le témoignage de Xavier Mathieu, de loin le plus intéressant et le plus émouvant. Il a expliqué son combat pour sauver l’entreprise Continental à Clairvoix, son regret de ne pas avoir dynamité cette usine… On a été très touchés lorsqu’il nous a dit qu’il avait la haine en lui et avait perdu son âme de pacifiste.

Ce qui m’a personnellement le plus interpellé c’est Xavier Mathieu nous disant qu’il n’avait pas de patron à qui parler mais seulement des hommes de paille ; que les réels patrons, il ne les voyait pas ; peut-être que sans le savoir Xavier Mathieu a touché la raison profonde de la crise que nous vivons actuellement, raison que personne n’a évoquée dans ce débat : c’est l’évolution du profil des chefs d’entreprise. Il y a trente ou quarante ans, les capitaines d’entreprises avaient un lien direct technique avec le métier de leur entreprise : des gens comme Dassault, Renault, Citroën… était avant tout des ingénieurs ; pour eux, la valeur du travail était hyper importante ; les salariés se reconnaissaient dans leur patron qui, par sa compétence, avait une autorité toute légitime et fédérait tout naturellement ses troupes ; à cette génération ont succédé des chefs d’entreprise qui n’ont aucun lien technique avec l’activité de leur entreprise et qui sont mandatés par des actionnaires - souvent des fonds d’investissement ou fonds de pension - dont la seule motivation est le retour le plus rapide possible sur investissement ; pour eux, les hommes sont une variable d’ajustement. Recréons ce lien entre le PDG et les hommes de l’entreprise. C’est la démocratie qui en sera le moyen. Un chef d’entreprise qui devra rendre des comptes à ses salariés aura certainement un regard différent sur sa responsabilité de PDG et sur l’importance des hommes dans l’entreprise. A ce sujet, on peut remarquer que les entreprises récemment créées dont le PDG a un lien direct avec l’activité de l’entreprise – et je pense à Google, Microsoft, Facebook, Free – sont exemplaires en interne sur le plan social – et j’ai bien dit en interne.





mardi 18 janvier 2011

L’autre défi de la mondialisation


La mondialisation ne se décrète pas. Elle est l’aboutissement d’une société de progrès dans tous les domaines : les transports, les communications, la recherche, les nouvelles technologies, etc. etc. Refuser la mondialisation c’est nier le progrès.

Souvent décriée elle est à la fois le meilleur et le pire.
Le meilleur au sens où elle permet aux pays dits pauvres d’accéder à un niveau de vie plus décent, c’est le cas entre autres, du Brésil, de la Chine, de l’Inde… Le meilleur au sens où elle rapproche culturellement les peuples, ce qui est un facteur de paix. Le meilleur au sens où elle améliore les conditions de vie.
Le pire au sens où elle exacerbe la compétition avec toutes ses conséquences négatives : pression au travail, entorses à la bonne pratique des affaires, pots de vin, subventions illégales, espionnage... Le pire encore parce qu’elle accroît les inégalités : oui, comme dans toute compétition il y a des gagnants et des perdants.

Les gagnants, ce sont les multinationales qui compensent cent fois à travers leur sites étrangers ce qu’elles perdent sur leur territoire d’origine.
Les actionnaires qui profitent de la manne de ces nouvelles richesses dégagées par les multinationales ; les Echos du 07 janvier nous disaient que le CAC 40 distribuerait pour 2010 des dividendes records (40 milliards d’€, soit une hausse de 13%) et prévoyait pour 2011 une distribution de 43 milliards d’€. Autres gagnants, les grands patrons. Dans le Figaro du 15 décembre dernier ont nous dit, selon une analyse de Proxinvest, qu’en 2009 les PDG du CAC 40 ont perçu en moyenne 3,06 millions d’€ ; et ce n’est qu’une moyenne car chez Renault, Carlos Ghosn arrive en tête avec 9,2 millions d’€.

Et puis, il y a les perdants. D’abord ce sont les 1 milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim dont le nombre augmente chaque année et que la croissance laisse de côté ; ce sont souvent les plus modestes qui perdent leur emploi après la fermeture de leur usine (c’est le cas d’Unilever qui a fermé ses usines de thé Lipton à Marseille au profit d’autres sites à la main d’œuvre moins chère). Ce sont aussi ceux qui perdent leur emploi pour des raisons de délocalisations en Chine, à Taïwan ou ailleurs… Ce sont encore les 15 millions de français dont les fins de mois se jouent à 50 € près, les 64% qui n’ont pas eu une augmentation de salaire depuis deux ans et les 40% depuis cinq ans. Les perdants ce sont également ceux qui voient leurs avantages sociaux fondre comme neige au soleil…Luc Ferry nous disait dans sa chronique du Figaro du 30 décembre dernier qu’« il est maintenant urgent que nos concitoyens comprennent enfin que l’entrée dans le circuit du commerce et de l’économie internationale de l’Inde et de la Chine, c’est-à-dire de 2,5 milliards de pauvres qui travaillent jour et nuit pour des salaires de misère sans bénéficier de la moindre protection sociale, ne peut pas ne pas attaquer de plein fouet nos vieux Etats providence. Il ne s’agit évidemment pas d’un problème droite/gauche, mais d’une réalité que tous les gouvernements européens vont devoir affronter au cours de la décennie qui vient (…) La mondialisation entame à coup de dumping social massif les systèmes d’amortisseurs sociaux mis en place au fil des siècles dans nos démocraties ».

On l’a compris, au-delà de la compétition, l’autre défi de la mondialisation est d’atténuer ces inégalités en France et dans le monde.
En France, en l’espace de 50 ans, l’échelle des salaires est passée de 1 à 20 à 1 à 300 ; 80% de la richesse mondiale est détenue par 15% des habitants des pays les plus riches.
Mais sommes-nous prêts à relever ce défi ?
Sommes-nous prêts à revoir notre niveau de vie pour permettre à d’autres de mieux vive ? Oui ? Mais encore faudrait-il que les plus privilégiés donnent l’exemple et que nos leaders politiques l’inscrivent dans leur programme comme Dilma Rousseff qui veut éradiquer la pauvreté au Brésil l’a inscrit dans son programme . Au-delà de la morale, il en va de la paix sociale (cf. Tunisie) et de la paix dans le monde (cf. terrorisme). Cet autre défi passera par l’Ethique et les Valeurs qui sont les fondements de la refondation du capitalisme.





lundi 10 janvier 2011

L’appel


Ce billet est un appel à tous pour refonder le capitalisme. Il prend sa source dans le conflit d’une petite entreprise dont Yahoo actualité fait un parfait résumé dans son communiqué du 14 décembre 2010

« Ce lundi 13 décembre 2010 sur France 2, juste après un reportage consacré aux rémunérations mirobolantes de la Silicone Valley, le magazine « Complément d’enquête » nous a brutalement entraînés dans un univers à la fois plus proche, et si lointain : Venarey-Les-Laumes, bourg paumé de Côte d’Or dans la Bourgogne industrieuse.
Là, les ouvrières de l’usine de tubes métalliques Valtimet (groupe Vallourec) ont fait grève pendant dix jours, pour une augmentation de …20 €. Dans le silence quasi-complet des médias, et sans obtenir gain de cause.
Un conflit banal, une issue déprimante. Dans cette usine de 150 salariés, les ouvriers gagnent 1200 ou 1300 € par mois. Leur sommeil est bouffé par les trois-huit (tantôt 21h-5heures, tantôt 5heures-13heures, tantôt 13heures-21heures).
Valérie, ouvrière depuis quinze ans, augmentée de 5% en six ans.
Les caméras de France 2 ont suivi ces hommes et ces femmes dignes, solidaires, aux vies dures, aux familles malmenées par leurs horaires. Ils ne demandent pas la lune : juste 20 € par mois, parce qu’ils ont du mal à vivre. Le patron de l’usine, un homme jeune, propret et poli, ne cède pas. Il a la conviction de défendre l’entreprise. Pensez : 20 € par mois ! Discuter d’une prime ponctuelle liée aux résultats, çà oui, c’est possible. Mais une augmentation, c’est mettre en péril l’usine, assure-t-il.
Ils ont fait grève dix jours, du 22 novembre au 02 décembre. Ils se sont relayés 24 heures sur 24 devant l’usine, par grand froid, devant des braseros. Les trois-huit encore, ils ont perdu chacun plusieurs centaines d’€. Impossible de continuer sans mettre en danger leur famille. Et en France, dans ce type de conflit, les syndicats sont trop faibles pour constituer des caisses de solidarité. La mort dans l’âme, ils ont voté la reprise du travail. A pleurer. Le salaire de Valérie, ouvrière depuis quinze ans, a augmenté de 5% en six ans. Comme la journaliste de France 2, Nathalie Sapena l’a découvert dans l’Expansion, les dividendes versés par Vallourec à ses actionnaires depuis six ans ont augmenté, eux, de 1007 % ».

Combien de drames comme celui-ci faudra-t-il pour comprendre que c’est en ayant accès aux commandes de l’entreprise que les salariés pourront vraiment changer les choses ?
Combien de temps faudra-t-il aux syndicats pour comprendre qu’au-delà de toute revendication d’emploi, de salaire…l’important est de revendiquer l’accès au pouvoir ?
Combien de temps faudra-t-il aux syndicats pour comprendre que la lutte des classes est terminée et que dans l’entreprise il n’y a pas deux adversaires mais deux partenaires qui devraient être à égalité de droits et de devoirs ?
Combien de temps faudra-t-il aux syndicats pour comprendre que l’affrontement direct est stérile (cf. l’échec sur les revendications des retraites) et que c’est dans la voie de la coopération que leurs revendications obtiendront satisfaction ?
Combien de temps faudra-t-il aux politiques pour comprendre que la prochaine étape sociale à franchir est la démocratie dans l’entreprise ?
Combien de temps nous faudra-t-il à tous pour comprendre que pour refonder le capitalisme il faut réformer la cellule de base de l’économie qu’est l’entreprise ?












lundi 3 janvier 2011

Fracture sociale et discrimination positive


Dans Le Monde du 16.12.10 Luc Bronner  parle d’un rapport inédit réalisé par L’Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles (ONZUS) qui révèle que la fracture sociale s’aggrave entre les 751 banlieues sensibles et le reste de la France avec le risque d’une inquiétante ghettoïsation qui ne peut que favoriser le communautarisme.

Le taux de chômage dans les zones urbaines sensibles (ZUS) a atteint 18,6% contre 9,8% pour la moyenne française. Plus grave, 43% des jeunes hommes actifs et 37% des jeunes filles actives sont au chômage, on enregistre deux fois plus de personnes sous le seuil de la pauvreté, paupérisation augmentée par les mouvements de population : chaque année, 7% des habitants quittent ces quartiers et sont remplacés par des gens plus pauvres encore. La part des familles monoparentales (absence de Père) atteint 25% contre 15,8% en moyenne dans l’Hexagone. Cette pauvreté entraîne son lot de dysfonctionnements (délinquance, exclusion, dégradation de l’environnement...).

Ce problème des banlieues est un véritable casse-tête pour nos hommes politiques. Déjà en 1990, François Mitterrand avait tiré des leçons des émeutes de Vaulx-En-Velin en créant le premier Ministère de la Ville. On a ensuite créé la police de proximité, on a aussi renforcé la présence policière. Mais toutes ces mesures agissent sur les conséquences et non sur les causes. On ne peut que constater l’impuissance des pouvoirs publics - de gauche comme de droite - à enrayer ce que Jean-Louis Borloo avait appelé un « cancer de la République ». Aujourd’hui, pour expliquer ce bilan peu flatteur, on met généralement en avant la crise économique ; alibi facile qui dédouane nos responsables politiques.

Et si la cause profonde du malaise des banlieues était avant tout un problème de chômage ? Et si nous comprenions que c’est en favorisant l’emploi des personnes habitant ces banlieues par la discrimination positive que nous aurons des amorces de réponses ? On a dans ce sens créé des zones franches avec avantages fiscaux à l’appui pour inviter les entreprises à s’installer dans ces banlieues sensibles. Malheureusement, on voit bien que ces entreprises emploient le plus souvent du personnel domicilié hors de ces zones. Alors, pourquoi ne pas exonérer de charges les salaires des personnes habitant dans les ZUS ? Avantage qui inciterait beaucoup d’entreprises à embaucher ces personnes défavorisées. Cette mesure serait bien plus utile que celle en vigueur sur l’exonération des charges des heures supplémentaires d’ailleurs très controversée ! Autre piste : pourquoi ne pas imposer des quotas d’embauche pour les entreprises comme c’est pratiqué pour les personnes handicapées ? Les avantages de cette discrimination positive seraient quadruples : abaissement de la pauvreté, abaissement de la délinquance, amélioration de l’image des ZUS et incitation à habiter ces zones.

Ces mesures s’inscriraient tout à fait dans l’esprit de la refondation du capitalisme mais iraient bien sûr à l’encontre de tous ceux qui veulent un maximum de liberté pour les entreprises quitte à faire beaucoup de dégâts collatéraux.







Bienvenue !

Le 4 avril 2009 à Londres se sont réunis les chefs d'état des pays les plus riches de la planète : le G20. L'ambition affichée était de refonder le capitalisme (cf. N. Sarkozy). En fait de refondation, nous avons eu droit à un ravalement. On connaissait le bluewashing, le greenwashing, maintenant nous connaissons le whitewashing.
Le G20 a montré du doigt les paradis fiscaux et a remis en question les bonus des patrons. Mais nous l'avons bien compris : rien de fondamental pour le capitalisme dont la pierre angulaire est la loi du plus fort.
Il y a donc urgence à faire émerger des idées concrètes pour refonder le capitalisme et donner de l'espoir à ceux qui se refusent politiquement parlant d'avoir à choisir entre une droite qui fait allégeance complète au capitalisme, une gauche en panne d'imagination et une ultragauche en pleine utopie.
Voilà tout l'objet de ce blog : exprimer des idées, réagir, commenter ...